17 octobre 2010

"Vignobles et découvertes 2010": premiers sites labellisés

Le Secrétariat d'Etat au Tourisme et le Conseil Supérieur (français) de l'Oenotourisme ont annoncé la liste des sites ou circuits oenotouristiques labellisés  "Vignobles et Découvertes", en cette toute première promotion.

En Beaujolais, la destination "Beaujolais des Pierres Dorées".

En Bourgogne, la Colline de Montrachet, la Colline de Corton et  Dijon - Côtes de Nuits.

A Cognac, "Le vignoble de Cognac".

En Loire, La Vallée du Layon, la Vallée du Loir et la Vallée de la Loire Chinon - Bourgueil - Azay.

En Rhône, le projet "Vallée du Rhône Crussol Côtes du Rhône".

Dans le Sud-Ouest, le Pays des Bastides et vignoble du Gaillac.

Pas de label cette année pour la Provence, l'Alsace, la Champagne, la Savoie, le Centre-Loire, le Jura ni le Languedoc-Roussillon.

09 octobre 2010

La Palisse en Muscadet

Joël Forgeau est le président de l’ODG Muscadet. C'est peu de dire que son appellation fait face à une crise grave: elle vient d'envoyer 80.000 hectos à la distillation, au prix de 4 euros... l'hecto. Rappellons ce chiffre pour ceux qui penseraient que la distillation est un débouché. Eh bien non, la distillation est au vin ce que la soupe populaire est à la grande restauration.

Interrogé par nos confrères de Vitisphère, ce même Forgeau a eu ces mots impérissables: «Il nous faut des contrats avec un prix de référence basé sur le prix de revient».

Dans la même veine, je propose: "Il faut que le soleil se lève pour que ce soit le jour".

Bon, bien sûr, je caricature, M. Forgeau n'a pas dit que ça. De plus, c'est trop facile de se payer la tête des responsables quand, soi-même, on n'est responsable de rien.

Mais j'aimerais développer.

Pourquoi le Muscadet produit-il plus qu'il ne peut vendre?

Cette AOC ne manque pas de notoriété. Elle a même été très tendance, naguère, des zincs parisiens jusqu'aux supermarchés anglais.

Rappelez-vous, dans les années 80, à Paname, quand on demandait un "bon petit blanc", il y avait une chance sur deux de boire un Muscadet, au comptoir. Ou alors, un Sancerre.

Je vous parle d'un temps que les accros de la wii ne peuvent pas connaître, la guiguette a fermé ses volets, etc...

Mais aujourd'hui, le Sancerre se vend plutôt bien, merci pour lui. Alors que le Muscadet...

Que s'est-il donc passé?

La demande s'est effondrée. C'est un phénomène général. La France boit moins de vin, et quand elle en boit encore, elle boit plutôt du meilleur. Les Muscadets se situant plutôt dans la catégorie des vins de soif, ils ont subi de plein fouet cette évolution. Les efforts à l'exportation peuvent d'autant plus difficilement compenser cette baisse que le Muscadet n'a pas le prestige qui fait de certaines AOC des références dans leur catégorie. Contrairement à Sancerre, par exemple, ou à Chablis.

On ne peut pas reprocher aux  "responsables" que j'évoquais tout à l'heure d'avoir manqué de claivoyance: en 2004, déjà, le Comité Interprofessionnel des Vins de Nantes (aujourd'hui intégré à Interloire) évoquait la nécessité de maîtriser la production, de hiérarchiser les qualités pour repositionner les produits. L'introduction de nouvelles mentions sous-régionales (Côtes de Grandlieu, Coteaux de la Loire, etc...) devait être le signal d'une sortie par le haut, du genre de celle que le Professeur Pitte appelle de ses voeux.

Le premier objectif, la baisse des volumes, a été atteint, puisqu'on est passé de 770.000hl en 2002 à 630.000 en 2009. Même si c'est avec des hauts et des bas (650.000 hl en 2005, à peine 300.000 en 2008).

Côté positionnement, c'est moins clair. Et surtout, il y a le problème du prix.

En Grande Distribution française - son premier débouché - le Muscadet est bradé entre 1,8 et 3 euros, selon les chiffres d'Interloire. Mais malgré cela, ses ventes ne progressent pas. Quant à l'export, il est très mal orienté: on est passé de 125.000 hl en 1998 à 75.000 en 2007... et 39.500 en 2009!

Tout cela pour dire qu'il ne suffit pas de décréter qu'on va produire moins et mieux (ce qui est un bon début, certes) pour sauver la France du vin. C'est tentant. J'ai souvent ce réflexe, moi-même. Mea culpa. Devant le niveau d'infamie atteint par certains vins d'entrée de gamme, qui ne recommanderait aux producteurs de fermer les robinets? Mais le Muscadet l'a fait, justement. Parallèlement, plus haut dans la fourchette des prix, on n'a jamais bu d'aussi bons Muscadets. Et ça ne suffit pas.

Peut-être parce que le consommateur ne boit pas les bons Muscadets. C'est un cercle vicieux: image de petit vin, prix plancher, pas de grand vin "là où ça se passe", en matière de volume. Alors comment le consommateur s'y intéresserait-il? Pourquoi les distributeurs s'y intéresseraient-ils? Avez-vous déjà vu des grands noms du Muscadet mis en avant dans les Foires aux Vins, comme les Grands Crus de Bordeaux? Imaginez-vous les Leclerc, les Carrefour, se battre pour un Landron, quitte à acheter en parallèle?

Avec tout ça, je crains de ne pas être très constructif. Serais-je moi aussi victime du syndrôme de Lapalisse?

Peut-être la presse du vin a t-elle un rôle à jouer? Pour réhabiliter les bons Muscadets. Leur redonner une identité au sein de l'ensemble ligérien, où ils sont un peu noyés. Pour trier le bon grain de l'ivraie. Pour mettre en avant les vignerons méritants. Cela mettrait peut-être la puce à l'oreille des cavistes et des sommeliers. On peut toujours essayer. C'est bientôt le salon d'Angers, j'irai fouiner du côté des vins de Nantes...

 

00:00 Écrit par Hervé Lalau dans Loire | Lien permanent | Commentaires (7) | | | |