22 décembre 2010

Pas de bulles en IGP de Loire

Le Journal du Vin publie cet entrefilet qui me laisse songeur: "Les producteurs de vins de pays du Val de Loire ont fait machine arrière, et ont finalement abandonné leur projet de mettre sur le marché des vins de pays effervescents, avec la mention Loire sur l’étiquette. Le projet avait fait beaucoup de bruit dans le vignoble ligérien, et avait notamment soulevé l’hostilité des vignerons d’appellation. Le syndicat des vins de pays a donc décidé de ne pas l’inscrire dans son cahier des charges, qui sera en vigueur pour les vendanges 2011."

A ma connaissance, il n'y a plus de vins de pays en France ni en Europe, juste des IGP et des AOC/AOP, ou bien des vins sans indication de provenance.

Si le Journal du vin fait allusion aux IGP du Val de Loire (dont la "raison sociale" reste à définir), je ne vois pas en quoi le fait qu'ils soient ou non effervescents change quoi que ce soit à leur provenance (l'IGP reconnaissant un territoire, pas un terroir, et ce territoire ayant démontré depuis des lustres qu'il était propice à la bulle).

Si leur syndicat (ODG?) s'oppose à ce qu'on inclue des effervescents dans leur cahier des charges au nom d'une concurrence possible avec les AOC de la région, je trouve ce scrupule bien curieux: pourquoi juste les effervescents? Et puis, se rogner ainsi volontairement les ailes n'est-il pas contraire à la philosophie du nouveau système européen qui prétendait libérer les vins hors AOC des contraintes qui pesaient sur eux, afin de les aider à concurrencer les pays tiers?

Vraiment, je ne vois aucune raison objective à ce revirement, mais plutôt la marque d'un marchandage entre opérateurs.

 

22:45 Écrit par Hervé Lalau dans France, Loire | Tags : vin, terroir, territoire, igp, loire | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

01 décembre 2010

Berrysiens et Parichons, ou quand le mot compte plus que la chose

Depuis que j'ai visité ses charmantes bourgades de Sancerre et de Menetou-Salon, je m'intéresse de plus près à l'actualité berrichonne.  Et voici que j'apprends par la presse que les Berrichons ont bien failli perdre... leur  nom. Deux cabinets spécialisés en communication, CRP Consulting et DDB, mis à contribution par les édiles locaux, et chargés de "vendre" cette destination touristique, ont rendu la recommandation suivante: ne parlons plus de Berrichons mais de... Berrysiens.

Les habitants de la Berrysie n'ont guère apprécié la reco des Parichons, s'il faut en croire les commentaires dans la presse locale. Pourquoi changer ce que l'histoire et la langue ont consacré? Pourquoi remplacer une identité par un concept? Vouloir développer le tourisme, c'est bien, mais faut-il le faire malgré les habitants? Berrichon c'est pourtant "Berry nice", ou "Berry schön", comme diraient nos amis Allemands...

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Le Berry (ou Berri) est la plus vieille province de France après l'ile de France. Le Duché de Berry était d'ailleurs l'apanage du fils ou de la fille du Roi.

 

On touche là aux limites du marketing, de l'emballage verbal, de l'euphémisme érigé en mode de gouvernement. Il n'y a plus d'aveugles, seulement des mal-voyants. Plus de Romanichels, mais des gens du voyage. Plus de clochards, mais des SDF. A force de ne plus appeller les choses par leur nom, on en oublie non seulement le vrai sens, mais l'existence. Ne parle t-on pas de "non-vie", dans les assurances? Drôle de monde, tout de même, où les mots comptent plus que la réalité. Toute ressemblance avec Orwell et le Newtalk n'est pas vraiment fortuite.

Quoi qu'il en soit, au vu de la réaction des indigènes (tiens, encore un mot désuet), il y a peu de chances que les élus donnent suite, malgré le prix payé aux deux agences. On parle de 500.000 euros, mais pour une étude plus large. Pour ce prix, j'aurais fait mieux: j'aurais proposé de délocaliser le ministère de la Culture à Bourges, par exemple. Les petits marquis du parisianisme seraient devenus... Berruriers. On nagerait en plein San Antonio.

Tiens, au fait, on n'apprend cette recommandation qu'aujourd'hui, alors que l'info date de début novembre. La galaxie Gutenberg, c'est bien beau, mais les nouvelles circulent mal sur les départementales de l'information.

Alphonse Allais l'a dit bien avant moi: il faudrait mettre les villes à la campagne.


00:05 Écrit par Hervé Lalau dans France, Loire, Pour rire | Tags : berri, berry, euphémisme | Lien permanent | Commentaires (4) | | | |