10 avril 2011

Un peu d'histoire... le Liban

Au cours de pérégrinations parfois lointaines, comme au Québec, puis, plus récemment, aux Vinalies de Paris, j'ai pu nouer des liens avec un sympathique oneologue libanais, Eli Maamari, de Château Ksara. Mon intérêt pour ce pays en en a été titillé. Eli m'a expliqué un peu de l'histoire viticole de ce pays où la vigne remonterait à Noé - bref, elle n'est pas de la dernière averse dans la Békaa, même si la pluie y est plus rare qu'à Loudéac...

Je vous livre ici un rapide aperçu de ma toute jeune science - et oui, je suis partageur!

Si les historiens situent la "découverte" de la vigne et du vin dans le Caucase, aux alentours de -6000 avant Jésus Christ, c'est au Liban et en Syrie que l'on place les débuts de sa culture, de sa "domestication".

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Les vendanges à Château Ksara

Les Phéniciens, qui peuplaient cette région, étaient un peuple d'habiles navigateurs et de commerçants qui fondèrent dès moins 3000 av J.C. de nombreux comptoirs en Méditerranée orientale. C’est même par cette expansion commerciale que la vigne va conquérir l’Europe. Le vin est partie intégrante de leur culture.

Au Liban même, après les Phéniciens vinrent les Grecs, et ensuite les Romains qui élevèrent un temple à Bacchus au premier siècle après J.C., dans l’enceinte du fameux site de Baalbek. Par la suite, avec la conquête musulmane et l’interdit religieux pesant sur l’alcool, la culture de la vigne se tourna vers la production de raisins de table.

Il fallut attendre 1857 pour voir les Jésuites renouer avec la tradition viticole. Ils plantèrent quelques vignes destinées au vin de messe au Château Ksara, qu’ils avaient acheté. Ce précurseur (aujourd'hui dans des mains séculières) garde encore  une empreinte importante sur le vin libanais. Mais ce ne n'est qu’à partir du mandat français sur la région (entre 1920 et la 2è guerre mondiale) que la viticulture connaît son véritable essor.

Ksare se développe. Parallèlement, deux nouvelles caves voient le jour: Château Nakad, en 1926, et Château Musar, en 1930, le plus connu peut-être. Ensuite, durant les années 1970, les choses s’accélèrent; hélas, quinze ans de guerre civile, de 1975 à 1990, vont freiner cet élan.

Le Liban vinicole d’aujourd’hui

Une fois la paix revenue, de nouveaux investisseurs vont surfer sur le développement mondial de la production vinicole pour abattre leurs atouts dans ce pays. C’est que les conditions géo-pédologiques et climatiques y sont favorables. La «plaine» de la Békaa notamment; il s’agit en fait d’un plateau situé à 900m d'altitude et longé par deux chaînes de montagnes: le Mont Liban, qui le protège des influences méditerranéennes et l'Anti-Liban, une pro- tection contre les influences désertiques.
L'ensoleillement y est en moyenne de 280 jours par an, les hivers y sont humides avec en moyenne 500mm de précipitations, tout en étant froids - les températures passent en dessous de zéro. Par contre, les étés y sont secs et chauds, plus de 35 degrés. Le sol argilo-calcaire, la luminosité intense, le vent quotidien et les écarts de températures nuit/jour de plus de 15 degrés lui confèrent sa spécificité.

Les chiffres et l’image

Aujourd’hui, 80% des quelques 2.500 ha de vignes que compte le Liban sont situé dans la vallée de la Békaa. Cela dit, ces dernières années, on a vu d'autres régions se mettre à la vigne, comme dans les villages chrétiens du Sud-Liban, dans le Chouf, ou encore dans les collines côtières au nord de Beyrouth, vers Byblos et Batroun.
Le secteur commence à peser dans la vie agricole du pays : la vingtaine de domaines libanais produisent entre six et huit millions de bouteilles par an, dont 2 millions sont exportés. Ces vins sont donc aussi une carte de visite à l’étranger pour ce pays de gastronomie raffinée.

Merci, Eli, pour ton aide! Et aussi, bravo à Château Ksara, qui, même avec une des ses cuvées de base (Le Prieuré), m'a tout à fait bluffé l'an dernier à Québec. Du fruit, de la mâche, de l'expression, de la personnalité. Un excellent ambassadeur pour le Liban du vin.

 

 

04:45 Écrit par Hervé Lalau dans Histoire, Liban, Vins de tous pays | Tags : liban, vin, vignoble | Lien permanent | Commentaires (4) | | | |