06 juillet 2011

Avé, Avéla!

Sur l'étiquette de sa cuvée Théodore 2006, qu'il a eu la gentillesse de m'envoyer, Franck Avéla se présente comme vigneron éleveur.

Rarement description aura été aussi exacte. D'abord, parce que s'il a choist de me faire déguster un 2006n c'est qu'il estime que c'est à présent qu'il est prêt. Voila qui n'est pas banal pour un "simple" Vin de Pays de l'Hérault. Mais vous savez qu'il faut se méfier des mentions sur l'étiquette. Ensuite, parce qu'à déguster son vin, c'est tout à fait la notion qui me vient à l'esprit: il s'agit à l'évidence d'un vin bien élevé, rond, suave, où tout est bien intégré, y compris le bois, qui souligne mais ne domine pas. Un vin bien assemblé, aussi, carignan, grenache, syrah. J'ai plus reconnu les deux premiers que la troisième, au moins au nez.

Avéla.jpgLa vie, Théodore

Du fruit noir bien mûr, de la prune au nez; en bouche, du poivre, du cuir, de la myrte, on est dans un registre déjkà un peu évolué, mais absolument pas passé. C'est encore très juteux. On est dans le registre du bon vin de garde ouvert au bon moment.

Le domaine est situé à Creissan, au dessus de Béziers. Un petit coin de Languedoc encore très nature que je n'ai pas la chance d'avoir visité à ce jour..

C'est sans doute pour ça que je ne connais pas Franck Avéla - d'ailleurs, c'est lui qui m'a connu, via la blogosphère; ici ou sur les 5 de Vin, je ne sais plus. Mais s'il ressemble à son vin, alors c'est un vrai Monsieur.

Ce Franck, je l'imagine à la fois ouvert et rigoureux. Mesuré, mais capable d'enthousiasme, quand même. Modeste, mais fier de son travail. Tout sauf ostentatoire, en tout cas. Oui, ça existe encore, des gens et des vins comme ça.

 

 

00:33 Écrit par Hervé Lalau dans Languedoc | Tags : vin vignoble, avéla, languedoc, vin de pays, hérault, creissan | Lien permanent | Commentaires (2) | | | |

01 juillet 2011

Pas de Grands Crus pour le Languedoc - qui l'eût crû?

Le CIVL ne peut utiliser le terme Grand Cru dans sa communication, a dit l'INAO. «Dès juillet 2010, nous avions alerté le CIVL sur le fait que la mention Grand Cru répondait à une définition bien précise. C’est une mention traditionnelle réservée à certaines appellations qui l’ont inscrit dans leur cahier des charges. Cette mention est protégée au niveau européen et définie dans le règlement 607-2009. Nous avions fait une présentation conjointe avec les fraudes pour bien définir le cadre juridique de cette mention», précise Catherine Richer, délégué régionale de l’INAO en Languedoc-Roussillon, à mes confrères de Vitisphere.

vin,vignoble,cru,languedocMon ami Michel Smith a été un des premiers à parler de grands crus en Languedoc; mais c'était là license poétique d'auteur...

Mais il aura fallu un an au CIVL pour obtempérer.

Pour Jérôme Villaret, le délégué général du CIVL, le débat semble anecdotique: «Peu importe la mention qu’on utilise; depuis 5 ans, la réflexion est en cours pour faire émerger les meilleurs terroirs du Languedoc sans que cela aboutisse. Cette année, nous avons fait un pas de géant en lançant cette hiérarchisation. Nous avons réussi à faire savoir qu’on pouvait faire des grands vins en Languedoc. Jamais nous n’avons eu autant d’articles de presse sur les vins haut de gamme de la région. Nous allons poursuivre avec l’INAO cette hiérarchisation, l’objectif étant à termes d’obtenir le classement des meilleurs terroirs en grands crus».

Bref, si je lis entre les lignes, en utilisant illégitimement la mention grand cru, on obtient de meilleurs résultats qu'en respectant les textes. On attend l'extrême limite de la patience des autorités de tutelle, en l'occurrence l'INAO,  et de la Répression des Fraudes, pour se mettre en conformité; et de cette manière, on obtient un impact supérieur. Peu importe si une certaine confusion s'installe dans les esprits, notamment hors de France. Pour nos amis d'ailleurs, en effet, curieusement, les mots ont un contenu. A force d'entendre les Français leur vanter la différence de leurs Grands Crus, à tort ou à raison, les Etrangers ont fini par y croire! Ils sont braves, ces Estrangers.

"Terroirs d'exception", dit M. Villaret. Pourquoi pas, mais ne faudrait-il pas plutôt parler de "vins d'exception", dans l'acception du regretté René Renou. Dans ce schéma, on classerait les domaines, pas des ensembles géographiques; ce serait plus conforme à la réalité - je veux dire: M. Villaret peut-il certifier que tous les vins produits dans les zones pressenties pour un éventuel classement en "terroir d'exception" le méritent?

Au fait, quelle est la taille idéale d'un terroir? Comment la mesure-t-on? C'est important si l'on veut établir un vrai lien au terroir (et non un simple lien à la coopérative, à l'intercommunale, au syndicat local, ou au potentiel de marché).

Le Grand Cru, le Premier cru, c'est une notion bourguignonne, de petite surface, de climat, de parcelles, qui ne peut pas correspondre à une zone aussi étendue qu'une appellation pluricommunale comme dans le projet du CIVL. Même les Alsaciens l'ont compris quand ils ont fondé leurs Grands Crus.

Quant à Saint Emilion, c'est le contre-exemple par excellence: cette mention n'aurait jamais dû être acceptée par l'INAO, car elle ne répond absolument pas à une notion de terroir; et d'ailleurs aujourd'hui, les Grands Crus sont plus nombreux à Saint Emilion que les Saint Emilion simple, ce qui montre bien la dérive de ce système.

Bon, que de temps perdu à discuter de choses tellement évidentes, quand on pourrait parler de bon vin; ce qui compte, c'est ce qu'il y a dans le verre, c'est que la confiance du connsommateur envers une mention soit bien placée. Raison de plus pouyr que les mots aient un sens, qu'ils n'induisent pas le buveur en erreur.

Allez en paix, M. Villaret, et ne péchez plus.

00:05 Écrit par Hervé Lalau dans France, Languedoc | Tags : vin, vignoble, cru, languedoc | Lien permanent | Commentaires (1) | | | |