26 février 2011

Cal Demoura "Paroles de Pierre 2008"

Si je vous dis chenin, vous me répondez "Loire", bien sûr. Pourtant, d'aucuns prétendent que le véritable berceau de ce cépage se situe dans le Rouergue - et plus précisément, à Estaing.

Sur ce point, je ne me prononcerai pas, d'abord parce que je ne suis pas ampélographe; et puis parce que j'ai des amis  dans la Loire... Excusez ma veulerie...

vin,vignoble,cheninParoles de Pierre (Photo H. Lalau)

Toujours est-il que pas loin d'Estaing, il y a les Terrasses du Larzac, et Cal Demoura, qui nous propose justement un chenin-roussane (en VT, car les AOC ont souvent quelque décalage avec l'histoire...). Cela s'appele Paroles de Pierre, te rarement vin a mieux porté son nom, vu la minéralité du produit...

Au nez, une volée d'agrumes et d'épices (gingembre, herbes de Provence - pardon, du Languedoc). En bouche, beaucoup de minéral, un côté presque métallique. C'est très tendu, mais il y a aussi un peu de gras, et l'amertume en fin de bouche réveille les papilles.

A essayer d'urgence, non seulement pour refaire l'histoire des cépages, mais surtout pour se faire plaisir...

 

 

17:55 Écrit par Hervé Lalau dans Languedoc | Tags : vin, vignoble, chenin, languedoc, cal demoura | Lien permanent | Commentaires (3) | | | |

20 février 2011

Encore Bière !

Suite (et pas fin) des amours languedociennes de notre ami Eric...


Les Corbières se situent en France. Si, si, je vous jure, ayez confiance. C'est à droite sur la petite route en sortant du camping, ou à gauche après les caravanes de Hollandais. Ou pour être un peu plus précis, en venant de l’Ouest, Toulouse par exemple, vous tracez un triangle qui aurait une pointe un peu à l’Est de Carcassonne, une autre plus ou moins sur Narbonne et la troisième aux environs de Fitou. Tout ce qui se trouve à l’intérieur est en Corbières.

Villeneuve_les_Corbieres_-_The_vines.jpgPaysage des Corbières (photo Richard Randall)

C’est vaste, vaste, vaste. L’appellation est en AOC depuis vingt-six ans, elle ne compte pas moins de 2.800 producteurs. Imaginez que chacun ne fasse que deux vins, pas plus, et calculez qu’avant d’avoir envisagé de faire le tour de tout ce qui se produit là-bas, à raison d’une trentaine d’échantillons par jour, ça vous ferait plus ou moins six mois sans jour de repos. Vertigineux, hein?  En terme de volume, c'est la quatrième AOC du pays. Avec une moyenne annuelle tournant autour des 55 millions de litres, (divisez par 0,75 pour connaître le nombre de bouteilles), il y a un paquet de vins à écouler, c’est sûr.

Le plus gros de la production se fait en rouge, mais que cela ne vous empêche pas de vous lancer à la découverte des autres couleurs.  Pour les rouges, les cépages principaux sont le carignan, le grenache noir, le lledoner pelut, le mourvèdre et la syrah. Le cinsault, grenache gris, picpoul noir et terret noir sont accessoires. Les règles de proportion de l'encépagement des exploitations sont un rien bordéliques, vive la France… Deux cépages au moins doivent cohabiter. Les cépages principaux, sauf le carignan, doivent représenter au moins la moitié des surfaces. Les cépages accessoires, plus le carignan, sont limités ensembles à la moitié de l'encépagement. Le cinsault est limité à 20 % et le grenache gris à 10 %5. Si vous avez un peu de mal à comprendre, recommencez trois lignes plus haut. Sinon, il y a bien une aspirine dans l’armoire de la pharmacie. Je vous passe les détails pour le rosé, j’ai peur pour vos ulcères.

En blanc, les cépages principaux sont le bourboulenc, le grenache blanc, le macabeu, la marsanne, la roussanne et le vermentino. Les cépages accessoires clairette, muscat blanc à petits grains, piquepoul blanc et terret blanc. Le décret impose une proportion supérieure ou égale à 90% pour les cépages principaux, mais n'impose pas un nombre de cépages assemblés.  Ainsi, un Corbière blanc peut-il être à 100% issu d'un des cépages principaux. On appelle ça de la simplification commerciale à usage des consommateurs qui ne seraient pas encore retournés dans leur lit, voire leurs lits. 

Au vu de cette petite liste de cépages, on constatation s’impose: comment déterminent on le sexe d’un cépage alors que pour l’immense majorité d’entre eux ils sont hermaphrodites? Et, question corollaire, sous-jacente mais néanmoins induite (qui vaut mieux que deux tu l’as eu), pourquoi certains cépages changent ils de sexe sans pour autant prendre quelques vacances au Brésil, au Maroc ou à Bruxelles? Doit-on dire le syrah ou la syrah ? Mais qu’est ce qu’on s’en tape, ce qui compte c’est ce qu’il y a dans la boîte c’est bien connu.

En matière de Corbières, ce qu’il y a de remarquable, c’est l’utilisation de variétés locales, et pas de joujou avec du Charbernet et autres cépages globaux. Le décor étant planté, il vous manque un peu de lumière et de musique. Fastoche! imaginez un bleu éclatant, lavé avec Persil, ajoutez le bruit du vent dans les branches, les parfums des garrigues, les stridulences douces de différentes bestioles qui hantent les herbages locaux, mixez le tout, ponctuez un peu de temps en temps avec des coups de fusils et vous y serez.

Maintenant que vous êtes au bord de l’orgasme voici l’histoire du jour. Bon, d'accord, je triche, elle ne nous vient pas tout à fait des Corbières mais de juste à côté, du Minervois.

C’est l’histoire d’Yves Bru, un vigneron qui ne met pas d’eau dans son vin. Digne descendant de plus d’un siècle de vignerons, de quatre générations de femmes aussi, en passant, il s’est associé, il y a quelques années, à trois hommes d’affaires liégeois pour pouvoir grandir et développer son domaine, le Domaine de Sainte Luchaïre.

banner9.jpgLes mousquetaires de Sainte Luchaire

Celui-ci est situé sur des coteaux plein Sud, sur le terroir des Mourels, tout près de Minerve. Le sol est de la marne, une roche sédimentaire contenant de l’argile et du calcaire. Des bancs de grès constituent l’autre composante du sol, rendant difficile la progression des racines, très typique des terroirs Minervois. Ce terroir est appelé "marnes gréseuses" et il donne des vins concentrés, chauds et complexes. La cuvée 1884 est composée à 55% Syrah et 45% grenache. Elle suit un vieillissement en barriques pendant 14 mois : 25% de barriques neuves, 75% de barriques 2 à 3 vins. En bouche, j’ai adoré, c’est top fin, délicat, avec une très belle matière. Les tannins sont élégants, bien fondus sur ce millésime-ci et la longueur en bouche est vraiment belle. J’ai fort aimé le côté fruits cuits mais pas alcooleux et la touche épicées. Bref, au détour d’une allée de la foire du livre, ce fut une bien belle surprise que cette dégustation. Car il y a un joli livre qui raconte un peu l’histoire du vin dans le village d’Aigne, un véritable coup de cœur en fait pour la région écrit par une Belge tombée en amour pour le coin, et qui se vend avec une bouteille de rosé du domaine pour passer un bel été au bord de la piscine. Mais vous n’êtes pas obligés d’attendre si longtemps…

La cuvée 1884 du domaine Sainte Luchaire se vend aux environs de 11 € chez Maag à Visé, à la Cave des Vignes Célestes à Milmort, et au Cellier Saint Paul à Liège

Plus d’infos sur www.sainte-luchaire.com

Eric Boschman

00:14 Écrit par Hervé Lalau dans Belgique, Languedoc | Lien permanent | Commentaires (1) | | | |