28 mars 2011

Arvinis 2011

En seize éditions, Arvinis est devenu le plus important salon des vins de Suisse romande (22.000 entrées en 2010). Cette année, du 13 au 18 avril, y seront présentés plus de 2.500 vins venus du monde entier.

Malgré la crise, le salon de Morges ne fait que croître. Preuve de l'intérêt des Suisses pour le vin. Le leur et celui des autres pays. Il attire aussi de plus en plus d'étrangers (moi, par exemple). C'est que le vin suisse, ça se mérite!

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Chaque année depuis sa création, Arvinis invite un hôte d'honneur - une démarche didactique qui permet aux visiteurs de découvrir des appellations ou des associations de qualité. Après le Beaujolais en 2009 et la Californie en 2010, place cette année au Pays d’Oc IGP.

Par ailleurs, le salon propose plusieurs dégustations à thème.

-Pour les aficionados des grands crus de Bordeaux, une verticale de Château Ausone (de 1970 à 1988),

-Pour les amateurs de grands Bourgogne, une dégustation de Clos-Vougeot.

Et puis aussi, des découvertes gourmandes plus locales (avec notamment des accords autour de la truffe et des poissons du lac tout proche); de l’histoire, avec un retour sur le millésime 1990 en Romandie. Sans oublier les initiations à la dégustation proposées cette année en français et en anglais.

Surtout, au fil des stands, cette édition serra l'occasion rêvée de se faire une idée juste de la qualité de 2010 en Suisse.

Plus d'infos: www.arvinis.com

00:09 Écrit par Hervé Lalau dans Languedoc, Suisse | Tags : vin, vignoble, suisse | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

20 mars 2011

Des vins et des mots: le Mas Jullien

Parfois, le vin est juste un peu plus qu’une boisson alcoolisée destinée à expliquer le mystère de la vie à quelques amateurs, comme nous le rappelle l'ami Eric Boschman...

Le vin peut, parfois, être plus qu’une boisson. Je hais l’idée que je vais développer, mais pourtant j’y crois.

vin, vignoble, Eric BoschmanMas Jullien - bien joué, Olivier!

 Le vin peut, dans certains cas, confiner à l’art. Contrairement à la cuisine, qui, pour l'essentiel, tient plutôt de l’artisanat.

Le vin est un produit souvent industriel. Pas à la manière du pop art, non, non, vraiment à la manière d’une industrie. Avec le côté bête et méchant des corrections techniques visant à compenser les faiblesses naturelles des produits. Et puis on va mettre un coup de flash pasteurisation après une grosse filtration tangentielle sur des vins qui auront passé l’étape de l’osmose inverse. Là, entre une chaîne de montage de chez Renault et la production de vin, le seule différence résiderait probablement dans l’efficacité des services de contre-espionnage de l’entreprise.

 

Et puis, il a des vins qui sont pensés autrement. Est-ce à dire qu’ils sont forcément meilleurs? Non, la réponse est malheureusement non. La pantalonnade actuelle de la mode des vins "nature" en est la meilleure preuve; pour quelques bouteilles exceptionnelles, combien de cochonneries même pas bonnes à foutre à l’évier sous peine de risquer des ennuis avec les membres de Gaïa ou les amis de Brigitte? Pourtant, ce qui compte le plus dans le vin, c’est l’état d’esprit du vinificateur. Le terroir ne s’exprime que par le talent de l’humain, on pourrait même aller plus loin et se dire qu’il n’existe que par sa volonté.

Mais je ne vais pas encore une fois vous bassiner avec le terroir. C’est bon maintenant, si après autant de temps vous ne savez pas encore ce que j’en pense c’est que j’ai loupé un truc. Je sais, il y a de nouveaux lecteurs chaque semaine, et ceux-là ne sont pas censé connaître mon point de vue sur la question. Allez pour eux, et uniquement pour eux, les autres allez voir deux lignes plus bas, je considère que le terroir n’intervient que pour une petite partie dans le vin. L’élément dominant est l’humain, c’est lui qui décide tout. Un gros veau sur un magnifique terroir ne fera jamais de grand vin, alors que l’inverse est possible.

Voilà,  mais, parfois le vin est un peu plus encore, un truc complexe où le vigneron dépose une série de valises qui font de lui un personnage particulier. Pas de grand vin sans esprit, c’est une certitude. Il existe un tas de vins dit grands, parce qu’ils sont «côtés» par l’un ou l’autre critique anglo-saxon faiseur d’opinion, ou parce qu’ils sont vendus à des prix défiant la décence, voire, c’est courant, les deux  à la fois; mais le plus souvent, les grands vins ne figurent pas dans ces catégories là.  Pour faire bien monomaniaque, j’aurai du ajouter les «vrais» grands vins, mais c’est le genre de mot qui m’use un peu.

Il y a trois catégories de vins. D’une part les vins que l’on oublie avant d’avoir avalé la première gorgée. Ils remplissent une fonction; celle de remplacer d’autres breuvages. Il représentent l’immense majorité des vins et ne sont pas l’apanage d’une région, d’un pays ou d’une catégorie de prix particulière, c’est une question universelle. On peut dire qu’ils représentent plus ou moins quatre-vingts pour cent du marché.  Puis viennent les vins dont on se souvient vaguement. On sait qu’ils avaient une couleur, plus ou moins de quel coin ils viennent et quelques infos supplémentaires. Ils représentent entre dix et quinze pour cent des votes. C’est fluctuant, mais cela dépendra surtout du point de vue de celui qui en parle. S’il est optimiste, il vous dira dix pour cent, s’il est pessimiste, il vous dira quinze. Et puis, viennent les vins qui suscitent une émotion, qui laissent une trace dans vos neurones et sur vos papilles. Souvent, des années plus tard vous pouvez vous en remémorer les saveurs et, surtout, le moment. Car un grand vin c’est aussi un moment d’exception.

Un rosé dans un gobelet en plastique et deux glaçons peut aussi être un grand vin à condition que vous l’ayez savouré avec des amis devant cette fameuse plage où se doraient quelques créatures de rêve presque totalement dévêtues. C’est simple, hein?

Et puis, souvent, un vin est plus grand lorsque vous avez eu l’occasion de rencontrer son producteur, si vous avez trainé quelques quarts d’heures au domaine pour discuter le bout de gras et refaire un peu le monde, si vous avez échangé quelques idées en sa compagnie, alors là, son vin sera toujours meilleur que celui du voisin et certainement plus grand, c’est imparable. Aujourd’hui, la bouteille vient du Sud, de chez Olivier Jullien. Il y a très longtemps que je ne l’ai pas croisé, c’est la vie, mais je reste fidèle à ses bouteilles. C’est qu’il fait grand, bon et pas extrêmement cher. C’est ce qui fait son charme. On est ici dans un vin hors normes, le talent d’un homme qui a oublié de se prendre la tête et qui fait des choses qui lui ressemblent. C’est une bouteille magnifique, toute en finesse, en simplicité, un grand vin en somme. Et puis, après deux verres vous prendrez le temps de lire l’étiquette encore et encore, car le vin c’est un peu plus que ça, c’est parfois des mots aussi. Soyez heureux.

Les Etats d’âme du Mas Jullien, Récolte 2008, Terrasses du Larzac, en vente chez les cavistes pour plus ou moins 21€

Eric Boschman

00:05 Écrit par Hervé Lalau dans Belgique, France, Languedoc | Tags : vin, vignoble, eric boschman | Lien permanent | Commentaires (1) | | | |