20 mai 2011

A propos des "Grands Crus" du Languedoc

Avec brio, Michel Smith a relancé le débat des Grands Crus du Languedoc (voir ICI).

Je me permets de rebondir sur son intervention, parce que c'est un thème que j'ai déjà abordé ici; cela ne fait pas de moi un expert, mais la critique étant au journaliste ce que l'autorité est aux responsables, je me sens bien dans mon rôle. Je suis sceptique, comme la fosse du même nom, à un c près.

Je ne me fais aucune illusion sur l'impact de ces quelques lignes sur un plan déjà sur les rails, et déjà  bien "vendu" aux producteurs par l'Interprofession (cela fait un an qu'on en parle, à tout le moins); mais j'ai bien peur que les consommateurs ne me donnent raison; car même quand les concepteurs sont de bonne volonté, tout ce qui est incompréhensible est insignifiant. Mais revenons en arrière.

Rien de plus normal de la part d'un grand bassin de production que de vouloir mettre en avant ses locomotives. L'Alsace l'a fait, Cahors devrait le faire... Pourquoi pas le Languedoc? Surtout quand on trouve sous le même nom d'AOC des vins à 2 et à 80 euros, de qui fait un peu désordre. Rien de plus normal non plus pour des producteurs que de vouloir décider eux-mêmes de leur organisation, de leur avenir, de leur hiérarchie. C'est même très sain: face à un négoce et à une distribution de plus en plus dure, voire hard, vouloir mettre de la clarté dans l'offre, c'est bien vu.

Mais le diable est dans les détails.

Vouloir donner le nom de "grands crus" à des ensembles comprenant des dizaines de communes, quand ce nom est réservé ailleurs à des domaines (notamment à Bordeaux, sauf à Saint Emilion) ou à des parcelles, comme en Bourgogne ou en Alsace, c'est surréaliste. C'est galvauder le concept. Cela n'a rien à voir avec le livre de Michel, où il qualifie de grands crus des domaines bien identifiés, et particulièrement méritants par leur production, (et non par leur localisation), un peu sur le modèle  des classements bordelais.

couv-livre-gds-crus-1-.jpgAppellation Grand Smith Controlée

D'aucuns diront sans doute que je mène un combat d'arrière garde: quand on nous parle de terroirs à l'échelle d'une région, pourquoi  ne nous parlerait-on pas d'un cru à l'échelle d'un canton? Une fois que les bornes sont passées, il n'y a plus de limite...

Reste que la nouvelle hiérarchisation proposée entre Grands Vins et Grands Crus (même si elle n'sst pas destinée pour l'instant à apparaître sur les étiquettes, réglementation oblige) ne me convainc pas, ni comme dégustateur, ni comme amoureux de l'Histoire. Comme pour le projet de Premiers Crus à Bordeaux, les mots sont très mal utilisés: ils sont vagues, ils sont grandiloquents - avez-vous déjà vu un producteur revendiquer un "petit vin"?

Or ce qui se conçoit bien s'énonce clairement. Je l'ai écrit ici même le 30 août 2010 http://hlalau.skynetblogs.be/archive/2010/08/30/comprenne...

Personne au CIVL ne m'a fait l'honneur de me répondre. Jancis et Michel auront peut-être plus de chance que moi.

On a parfois l'impression de prêcher dans le désert (de Saint Guilhem), alors que pourtant, on ne demande qu'à aider, qu'à comprendre. Mais non, les interpros préfèrent régler leur linge propre ou sale en famille. Et nous, pauvres besogneux de la plume, n'avons qu'à diffuser leurs messages, qu'à broder sur leurs jolis ourlets, voire à faire semblant d'y croire. Désolé, pour moi, c'est non. Je ne crois pas plus aux Grands Crus version CIVL qu'au Sauvignon, "atout de la Touraine".

Plus globalement, la qualité ne se décrète pas, pas plus que les prix - or le CIVL va jusqu'à préconiser des fourchettes de prix. De deux choses l'une; ou bien le CIVL croît  vraiment qu'il faut faire entrer toute la production dans des catégories de prix prédéfinies, et c'est de l'économie planifiée façon Combinat Intersoviétique de la Valorisation du Languedoc; ou bien il s'agit seulement d'une préconisation établie à l'attention des producteurs mais aussi de la grande distribution, et on est là dans le wishful-thinking, bref, dans l'abstrait.

Même si je reconnais au CIVL le mérite d'essayer de faire bouger les choses, de fédérer, de sensibiliser, je ne crois pas que la méthode soit bonne. Il faut plutôt à mon sens purger les AOC de vins qui n'ont rien à y faire, c'est pour ça qu'on a mis en place les IGP et le Vin de France. Réduire les volumes en AOC plutôt que de complexifier les messages. Si l'AOC Languedoc devenait une vraie référence qualitative en elle-même, en se refusant aux vins médiocrres, qui aurait besoin de mettre en orbite de prétendues sous-zones plus qualitatives, et une pyramide des prix?

De toute façon, c'est le marché qui tranchera. La Provence a des Crus Classés aussi (des Châteaux, pas des zones d'appellation). Mais qui les connaît? Et quel avantage cela représente-t-il vraiment pour eux en termes de prix?

Je souhaite bon vent aux vrais Grands Crus et aux vrais Grands Vins du Languedoc, à tous ceux que nous connaissons déjà et qui, s'ils n'en ont pas encore le titre, en ont le niveau (vous n'avez qu'à lire le livre de Michel, ils sont tous là). Le mistral et la tramontane souffleront sur les projets du CIVL mais ces domaines resteront en place. S'ils étaient espagnols, ils porteraient sans doute la mention "pago". C'est que là-bas, un pago, c'est une mention accordée à une exploitation, pas à une zone. Et il faut 10 ans au moins de production sous le même nom. Cela ressemble fort aux crus d'excellence proposés par le regretté René Renou. C'est drôle que ce soit l'Espagne qui nous fasse la leçon aujourd'hui, non?

00:04 Écrit par Hervé Lalau dans Espagne, France, Languedoc | Tags : appellation | Lien permanent | Commentaires (7) | | | |

19 avril 2011

Enchères record pour Toques et Clochers 2011

Un an déjà: à la même époque, en 2010, j'assistais à la sympathique vente des Toques & Clochers, à Limoux. Sympathique par l'ambiance bon enfant, la solidarité vigneronne, et par l'excellente qualité des chardonnays de la région.

2011 aura été un très grand cru, puisque le record des enchères est tombé: 12.500 euros pour la première barrique de la Cuvée Le Serpent d'André Cavaillès (un habitué des sommets), adjugé au chef Alain Ducasse.

En parlant de chef, notons la performance du "régional de l'étape", Gilles Goujon (3 étoiles, Auberge du Vieux Puits à  Fontjoncouse, qui a réalisé le menu gastronomique du banquet de... 680 personnes!

Tous lots confondus (122 barriques), la vente a rapporté 617.000 euros (+23% par rapport à 2010), soit un prix moyen de 5.050 euros la barrique (+13%).

Chaque année, l'argent récolté est réinvesti dans la rénovation d'un clocher du canton de Limoux.

Cette année, ce fut celui de la basilique Notre-Dame de Marceille à Limoux; l'an prochain, ce sera celui de l'église fortifiée d'Antugnac, près de Couiza.

09:39 Écrit par Hervé Lalau dans Languedoc | Tags : vin, vignoble, limoux, toques et clochers | Lien permanent | Commentaires (1) | | | |