18 août 2011

Le Flamand des Corbières

J'ai connu Guido Jansegers il y a bien longtemps, à Bruxelles, lors de dégustations. Un exercice auquel il excelle - il avait même remporté le titre de meilleur nez de Belgique.

Son métier n'avait pourtant pas grand chose à voir avec le vin - il était assureur. Jusqu'à ce que sa femme et lui décident de faire de cette passion... leur vie. 
 
Guido et Marie Annick  rêvaient de Bordeaux et de Provence, mais ils voulaient aussi un toit au milieu de leurs vignes, et dans ces deux régions, c'était hors de prix. Ils atterrirent donc à Moux, au pied de la montagne d'Alaric. Leur château Mansenoble est devenu une des références de la région - en AOC Corbières, mais aussi envin de pays, pardon, IGP.

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Guido chez lui, les bouteilles à la main

 

Je le rencontre de temps à autre quand il monte à Bruxelles, ou quand je descends à Vinisud. Je ne suis jamais passé à Moux - pas eu l'occasion. Jusqu'à la semaine dernière. J'étais en famille. Venu de ma Lomagne, pour un jour à La Franqui. Le vent marin, féroce, nous a contraints à rebrousser chemin. Sur la route du retour, je vois Moux et je me dis, tentons le coup. Une chance, Guido est là. Pas de chance, il a du monde à dîner.
Je n'aurai donc pas le plaisir de sa conversation - dommage, car il faut l'écouter parler du millésime, des traitements, de son coin du Languedoc; avec lui, les mots ont un sens, il n'est pas d'ici, il n'a pas été vigneron toute sa vie, il n'enjolive pas.
A défaut, je repars avec deux bouteilles de Mansenoble. Et comme je suis curieux, (vous pouvez appeller ça de l'obsession, ou du professionnalisme) le lendemain, j'en débouche une, le Château Mansenoble 2008.

Un vin sérieux; pas austère, non, mais sérieux; nez très dense, confiture de cassis, garriguette, épices... de la garrigue. En bouche, du cuir, de l'encens, de la fumée, le tout survolant des tannins soyeux mais bien présents; en finale, de la réglisse et un peu de fruit noir vous laissent une plaisante sensation de fraicheur. L'alcool est très bien intégré. Un beau potentiel.
De la belle ouvrage, Guido.

Au fait, amis lecteurs, c'est vous qui vouliez des portraits, non?

08:52 Écrit par Hervé Lalau dans Belgique, Languedoc | Tags : vin, corbières, vignoble | Lien permanent | Commentaires (1) | | | |

19 juillet 2011

Reflets de défiance

Au sein de l'offre particulièrement large des produits "maison" des magasins Carrefour, la marque Reflets de France défend les produits de terroir, les recettes de la Frannsse profonnnde. C'est là sa promesse, son positionnement, sa crédibilité. On y trouvait même naguère des vins et des liqueurs. J'ai notamment souvenance d'un joli Floc de Gasgogne à cette marque.
Les étiquettes, sépia, nous renvoient aux temps bénis de nos grands-mères, quand les produits avaient du goût, les cuisinières un tour de main, où ce qui se faisait ici ne ressemblait pas à ce qui se faisait ailleurs. La France des cantons ruraux, des villes typiques.

Reflets de France, c'est donc l'ancrage local; et d'ailleurs, pour aider les clients qui auraient oublié leur cours de géo, Carrefour a mis sur l'étiquette une petite carte de France où un triangle bleu indique la provenance du produit. Pour la ratatouille niçoise, par exemple c'est Nice, tout en bas à droite.

Ratatouille.JPGA Nice, qu'ils disaient...

Sauf que quand on regarde sur la contre-étiquette (pour peu qu'on ait de bons yeux), on s'aperçoit que le produit est fabriqué... à Castelnaudary.

Pour ceux qui ont non seulement oublié leur cours de géo, mais qui ne connaissent pas trop la gastronomie non plus, Castelnaudary se trouve dans l'Aude, et c'est la capitale... du Cassoulet.

Au fait, fort à propos, Viamichelin nous précise que la distance entre Nice et Castelnaudary est de 517km. Pas vraiment la porte à côté.

Alors, de qui se moque Carrefour, ou plutôt, Reflets de France?

Je sais bien qu'on peut faire de la ratatouille niçoise à Pékin comme à Nice, il ne s'agit pas d'une appellation d'origine, pas plus que le Camembert (sauf le Camembert de Normandie AOP), le Gruyère (sauf le Gruyère Suisse AOC) ou le yaourt au goût bulgare.

Il n'y a donc rien d'illégal pour Carrefour à vendre de la ratatouille audoise. Mais quid de la promesse de Reflets de France? Et quelle est la logique de cette "délocalisation" pour une marque qui vante le terroir et les fournisseurs locaux?

 Ratatouille2.JPG

Et pourtant...

Demain, quand je verrai cette marque, ce sera pour moi Reflets de Défiance.

Alors je lance ici un appel solennel au responsable de ces gammes: pour votre ratatouille niçoise, s'il vous plaît, achetez niçois, ou au moins provençal... Je peux vous donnez quelques adresses. A défaut, changez le triangle sur l'étiquette et mettez le sur Castelnaudary. Ce sera ridicule, mais au moins, ce sera exact.

Et en attendant, Madame ou Monsieur le Responsable, je ne sais pas trop si je dois rire ou m'indigner. Rire de votre ignorance, au cas où vous n'auriez même pas remarqué la différence entre Nice et l'Aude; m'indigner de votre indifférence, au cas où vous auriez passé outre, en vous disant que le consommateur s'en fiche.

00:06 Écrit par Hervé Lalau dans France, Languedoc, Provence, Sud-Ouest | Lien permanent | Commentaires (1) | | | |