30 octobre 2012

Haut Gléon dans le giron de Foncalieu

J'ai visité le Château Haut Gléon il y a une quinzaine d'années; les nouveaux propriétaires de l'époque, les Duhamel (ex propréitaires de K-Way) n'étaient pas installés depuis très longtemps. Les chambres d'hôtes, dont j'ai pu profiter une nuit, étaient flambants neuves.

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La belle bouteille du Château Haut Gléon

J'avais l'impression que la famille voulait faire souche en ce lieu. Nous avions fait un tour du domaine en 4x4. La sensation d'espace était impressionnante. 260 ha, dont 34 de vignes, c'était un bel ensemble. Les vins étaient plus qu'intéressants. Haut Gléon avait une bouteille particulière, trapue, aisément identifiable.  Le contenu, lui aussi, l'était; les Duhamel (père et fils) avaient certes amené de l'argent et de bonnes idées, mais il n'avaient pas trop changé le caractère du vin, entre puissance et élégance, très languedocien, entre épices et garrigue. Un cru bien élevé. Un boisé pas trop présent, une texture veloutée. De la fraîcheur, malgré le chaud soleil de Durban. Des Corbières comme il en faudrait plus.

Mais le bien était en indivision. Alors il a fallu vendre pour transmettre le patrimoine. Pas la propriété, l'argent.

Cet argent, c'est Foncalieu qui le met sur la table.

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Le Languedoc: un des 4 territoires où Foncalieu est implanté, avec le Rhône, la Gascogne et la Provence.

 

C'est donc un joli domaine, de réputation ancienne, qui tombe dans l'escarcelle d'une coopérative de 1200 adhérents. La fin d'une aventure familiale, d'un défi, mais pas la fin d'un domaine. Les lieux gardent la mémoire. Le montant de la transaction n'a pas été communiqué. Foncalieu en fera sans doute une belle vitrine de ses activités en Languedoc. 

On aurait tort d'enterrer trop vite le mouvement coopératif. Il est très divers; certains groupements sont très bien gérés, d'autres moins, et pour autant qu'il conservent l'aval de leurs banquiers, ils peuvent parfois dégager des moyens importants.

Foncalieu s'est vu décerné le titre de Meilleure Cave Coopérative de France par la RVF pour 2012.

Plus d'info: contact@foncalieu.com

05:19 Écrit par Hervé Lalau dans Languedoc | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

28 octobre 2012

Et si on dégraissait le mammouth des AOC?

Sur Vitisphere, il y a quelques jours, un courageux anonyme signant "un géographe" (sic) déposait un courageux commentaire, en réaction au billet de Jean Christophe Estève appellant à une restructuration des AOC.

Je cite "un géographe": "Il y a trop d'AOC... Vieille rengaine. Bon allez, on le prend à son jeu. On commence par supprimer lesquelles ? A propos, s'est-il rendu compte que les surfaces en vignes en Gironde sont devenues au fil des ans supérieures à celles du Languedoc ? On va peut-être bien commencer par la Gironde... (lol enfin à peine...).

Moi, je prends un géographe au mot. On pourrait commencer par la Gironde, en effet.

Graves de Vayres, vous trouvez que ça a du sens? Qui connaît? A quoi ça sert, et d'ailleurs, qui en déclare encore? Et quid du risque de confusion avec les Graves?

Pourquoi il y a-t-il une AOC Fronsac et une AOC Canon Fronsac? Pourquoi ne pas tout remettre sous le nom de "Canon-Fronsac"?

Barsac et Sauternes. Pourquoi pas un seul nom, Sauternes?

Saint Emilion et Saint Emilion Grand Cru. Abolissons la distinction, elle n'a plus lieu d'être. Il y a aujourd'hui plus de production en Grand Cru qu'en Saint Emilion simple, l'excellence est devenu la règle, la pyramide tient sur sa pointe...

Lussac, Montagne, Saint Georges, Parsac, Puisseguin... regroupons tous les satellites de Saint Emilion sous un seul nom. Je propose Montagne Saint Emilion. Ce qui compte, ce ne sont pas les susceptibilités locales, mais la facilité pour le consommateur... et la force du nom.

 

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Bordeaux, une appellation - que dis-je, une planète!

Bref, simplifions!

Notez que le mouvement est amorcé, les Côtes de Bordeaux se sont regroupées.

Mais le plus gros du travail, à mon sens, toucherait les AOC Bordeaux et Bordeaux Supérieur.

Vu l'absence de lien au terroir (il y a trop de terroirs différents pour que la définition tienne la route), pour moi, le mieux serait de les faire passer en IGP et d'assouplir leurs conditions de production, à l'exemple de l'IGT Toscana, en Italie.

Mais "un géographe" évoque le Languedoc.

Alors voyons ça de plus près. Si je compte bien, aujourd'hui, la région compte 15 appellations (sans compter les villages). Cela semble raisonnable.

Pourtant, si je veux être logique avec moi-même, je me dois de proposer la requalification de l'AOC Languedoc en IGP. Là aussi, trop de terroirs différents, trop vaste pour un lien au terroir.

Si l'on s'intéresse aux villages et aux crus, je propose d'abolir la distinction entre  deux Saint Chinian  Villages (Berlou et Roquebrun); géologiquement, elle ne tient pas la route.

Par contre, il faudrait couper Fitou en deux, ne garder que la zone intérieure, et faire passer le reste en Corbières.

Mais ce n'est pas tant le nombre d'AOC languedociennes qui me pose problème, que leur délimitation. Les Corbières sont trop grandes, par exemple. Avec 17.200ha, elles représentent à elles seules le tiers du vignoble languedocien. Forcément, elles englobent trop de zones disparates. Ce n'est pas moi qui le dis mais le site officiel des Corbières, au chapitre géologie: "Les Corbières offrent une grande diversité de sols (schiste, grès, calcaire, marne...). L'appellation est segmentée en quatre zones caractéristiques : le terroir des Hautes - Corbières, le terroir de Corbières - Méditerranée, le terroir des Corbières centrales et le terroir des Corbières d'Alaric."


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Diversité des Corbières...

Mon conseil: isolons de vrais crus, de vraies sous zones, auxquels on donnera des AOC spécifiques (Montagne d'Alaric vaut bien Pic Saint Loup), et passons le reste en IGP. J'ai l'air de me répéter, mais ou une idée est bonne, ou elle ne l'est pas.

Bordeaux, Languedoc; ce ne sont que deux exemples, deux régions, on peut évidemment faire d'autres propositions.

Nous autres journalistes ne demandons que ça, et comme nous n'avons aucun intérêt dans l'affaire, si ce n'est celui de nos lecteurs-consommateurs, notre avis mériterait d'être écouté.

Je constate aussi qu'alors que les nouveaux cahiers de charges des ODG auraient pu être l'occasion de mettre de l'ordre dans les vieilles appellations trop grandes et trop laxistes, il n'en a rien été - sauf exception.

On est donc face à un système à deux vitesses: l'INAO semble de plus en plus tâtillon vis-à-vis des nouvelles demandes, même les plus justifiées, mais dans les appellations dites "de tradition", c'est business as usual.

Ma consoeur Frédérique Hermine, de la RVI, dit que c'est impossible de toucher aux droits acquis, en France, dans ce domaine comme dans d'autres. Je rappelle pourtant que la production de vin n'est pas un service public. Que le système, au départ, était de l'initiative et de la juridiction exclusive des producteurs eux-mêmes. Alors, comment en est-on arrivé aujourd'hui ce que, dans la pupart des AOC, vignerons d'élite et vignerons par défaut bénéficient de la même appellation, de la même protection? Est-ce parce que les vignerons ne peuvent être juges et partie? Ou parce que la "révolution qualitative" s'est instiututionnalisée?

Je ne suis pas opposé par principe aux AOC car elles ont contribué à sauver notre patrimoine viticole. Je n'appelle donc pas à leur suppression mais à leur rénovation.

De plus, je suis partisan d'un journalisme vineux d'information; je pense que nous avons un rôle d'explication,  que nous devons faire connaître les nuances, les différences.

Mais encore faut-il qu'il y ait quelque chose à expliquer, une véritable différence, un contenu. Quand ce n'est pas le cas, simplifions la segmentation, le message, redonnons du contenu pour accroître la force de conviction et de séduction.

Les AOC ont une personnalité juridique, une sorte de vie, elles devraient aussi pouvoir mourir quand elles ne signifient plus rien. J'en ai perdu le compte. Plus de 350, je pense. C'est au moins 100 de trop.

00:05 Écrit par Hervé Lalau dans Bordeaux, France, Languedoc | Lien permanent | Commentaires (5) | | | |