28 octobre 2012

Et si on dégraissait le mammouth des AOC?

Sur Vitisphere, il y a quelques jours, un courageux anonyme signant "un géographe" (sic) déposait un courageux commentaire, en réaction au billet de Jean Christophe Estève appellant à une restructuration des AOC.

Je cite "un géographe": "Il y a trop d'AOC... Vieille rengaine. Bon allez, on le prend à son jeu. On commence par supprimer lesquelles ? A propos, s'est-il rendu compte que les surfaces en vignes en Gironde sont devenues au fil des ans supérieures à celles du Languedoc ? On va peut-être bien commencer par la Gironde... (lol enfin à peine...).

Moi, je prends un géographe au mot. On pourrait commencer par la Gironde, en effet.

Graves de Vayres, vous trouvez que ça a du sens? Qui connaît? A quoi ça sert, et d'ailleurs, qui en déclare encore? Et quid du risque de confusion avec les Graves?

Pourquoi il y a-t-il une AOC Fronsac et une AOC Canon Fronsac? Pourquoi ne pas tout remettre sous le nom de "Canon-Fronsac"?

Barsac et Sauternes. Pourquoi pas un seul nom, Sauternes?

Saint Emilion et Saint Emilion Grand Cru. Abolissons la distinction, elle n'a plus lieu d'être. Il y a aujourd'hui plus de production en Grand Cru qu'en Saint Emilion simple, l'excellence est devenu la règle, la pyramide tient sur sa pointe...

Lussac, Montagne, Saint Georges, Parsac, Puisseguin... regroupons tous les satellites de Saint Emilion sous un seul nom. Je propose Montagne Saint Emilion. Ce qui compte, ce ne sont pas les susceptibilités locales, mais la facilité pour le consommateur... et la force du nom.

 

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Bordeaux, une appellation - que dis-je, une planète!

Bref, simplifions!

Notez que le mouvement est amorcé, les Côtes de Bordeaux se sont regroupées.

Mais le plus gros du travail, à mon sens, toucherait les AOC Bordeaux et Bordeaux Supérieur.

Vu l'absence de lien au terroir (il y a trop de terroirs différents pour que la définition tienne la route), pour moi, le mieux serait de les faire passer en IGP et d'assouplir leurs conditions de production, à l'exemple de l'IGT Toscana, en Italie.

Mais "un géographe" évoque le Languedoc.

Alors voyons ça de plus près. Si je compte bien, aujourd'hui, la région compte 15 appellations (sans compter les villages). Cela semble raisonnable.

Pourtant, si je veux être logique avec moi-même, je me dois de proposer la requalification de l'AOC Languedoc en IGP. Là aussi, trop de terroirs différents, trop vaste pour un lien au terroir.

Si l'on s'intéresse aux villages et aux crus, je propose d'abolir la distinction entre  deux Saint Chinian  Villages (Berlou et Roquebrun); géologiquement, elle ne tient pas la route.

Par contre, il faudrait couper Fitou en deux, ne garder que la zone intérieure, et faire passer le reste en Corbières.

Mais ce n'est pas tant le nombre d'AOC languedociennes qui me pose problème, que leur délimitation. Les Corbières sont trop grandes, par exemple. Avec 17.200ha, elles représentent à elles seules le tiers du vignoble languedocien. Forcément, elles englobent trop de zones disparates. Ce n'est pas moi qui le dis mais le site officiel des Corbières, au chapitre géologie: "Les Corbières offrent une grande diversité de sols (schiste, grès, calcaire, marne...). L'appellation est segmentée en quatre zones caractéristiques : le terroir des Hautes - Corbières, le terroir de Corbières - Méditerranée, le terroir des Corbières centrales et le terroir des Corbières d'Alaric."


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Diversité des Corbières...

Mon conseil: isolons de vrais crus, de vraies sous zones, auxquels on donnera des AOC spécifiques (Montagne d'Alaric vaut bien Pic Saint Loup), et passons le reste en IGP. J'ai l'air de me répéter, mais ou une idée est bonne, ou elle ne l'est pas.

Bordeaux, Languedoc; ce ne sont que deux exemples, deux régions, on peut évidemment faire d'autres propositions.

Nous autres journalistes ne demandons que ça, et comme nous n'avons aucun intérêt dans l'affaire, si ce n'est celui de nos lecteurs-consommateurs, notre avis mériterait d'être écouté.

Je constate aussi qu'alors que les nouveaux cahiers de charges des ODG auraient pu être l'occasion de mettre de l'ordre dans les vieilles appellations trop grandes et trop laxistes, il n'en a rien été - sauf exception.

On est donc face à un système à deux vitesses: l'INAO semble de plus en plus tâtillon vis-à-vis des nouvelles demandes, même les plus justifiées, mais dans les appellations dites "de tradition", c'est business as usual.

Ma consoeur Frédérique Hermine, de la RVI, dit que c'est impossible de toucher aux droits acquis, en France, dans ce domaine comme dans d'autres. Je rappelle pourtant que la production de vin n'est pas un service public. Que le système, au départ, était de l'initiative et de la juridiction exclusive des producteurs eux-mêmes. Alors, comment en est-on arrivé aujourd'hui ce que, dans la pupart des AOC, vignerons d'élite et vignerons par défaut bénéficient de la même appellation, de la même protection? Est-ce parce que les vignerons ne peuvent être juges et partie? Ou parce que la "révolution qualitative" s'est instiututionnalisée?

Je ne suis pas opposé par principe aux AOC car elles ont contribué à sauver notre patrimoine viticole. Je n'appelle donc pas à leur suppression mais à leur rénovation.

De plus, je suis partisan d'un journalisme vineux d'information; je pense que nous avons un rôle d'explication,  que nous devons faire connaître les nuances, les différences.

Mais encore faut-il qu'il y ait quelque chose à expliquer, une véritable différence, un contenu. Quand ce n'est pas le cas, simplifions la segmentation, le message, redonnons du contenu pour accroître la force de conviction et de séduction.

Les AOC ont une personnalité juridique, une sorte de vie, elles devraient aussi pouvoir mourir quand elles ne signifient plus rien. J'en ai perdu le compte. Plus de 350, je pense. C'est au moins 100 de trop.

00:05 Écrit par Hervé Lalau dans Bordeaux, France, Languedoc | Lien permanent | Commentaires (5) | | | |

19 octobre 2012

Château Pech-Latt "Vieilles Vignes" 2009

Aujourd'hui, par la magie d'une bouteille, je vous emmène dans les Corbières; plus précisément, à Ribaute, "Rve haute" de l'Orbieu, entre la montagne d'Alaric et la colline de la Bade.

Les vieilles vignes du Château Pech Latt (carignan, mourvèdre, syrah, grenache noir, les cuvées compliquées ne font pas peur à l'oenologue!) nous emportent dans une farandole de parfums: réglisse, mûre, raisin rouge, cuir, herbes de la garrigue; en bouche, c'est ample, mûr, gras, séduisant,  mais la finale est fine sur des notes de griottines, légèrement acidulées.

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Une gourmandise...

Pech Latt (large colline, en langue d'Oc) est un domaine bio certifié; il appartient au négociant bourguignon Louis Max, qui se targue ici "de ne rien faire, ou le moins possible"... Comprenez, de vendanger à maturité (pas si facile avec 4 cépages), de vinifier "simplissime" avec levures naturelles, de pratiquer un élevage court - et en cuves ciment.

A l'arrivée, une très grande réussite, qui prouve que même des as du monocépage et de la barrique peuvent s'adapter au contexte languedocien et en tirer le meilleur.

Je laisse à de plus pointus que moi le soin de distinguer dans cette gourmandise liquide ce qui vient du bio et ce qui n'en vient pas, ce que le terroir a dicté et ce que l'homme en a fait; quoi qu'il en soit, voici un grand vin qui donne envie de redécouvrir les Corbières. L'aire de cette AOC a beau être bien trop grande, elle recèle de vrais trésors.

Pech Latt/Louis Max, http://www.louismax.com/fr/vin-chateau-pech-latt.php

07:30 Écrit par Hervé Lalau dans Bourgogne, Languedoc | Lien permanent | Commentaires (1) | | | |