21 décembre 2012

Fontjoncouse by night

C'est pas pour me vanter, mais mercredi soir, j'ai dîné à l'Auberge du Vieux Puits, à Fontjoncouse, chez Gilles Goujon.

Mon premier 3 étoiles Michelin, je crois bien.

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Gilles Goujon

J'ai adoré. D'abord, Gilles est un homme charmant, affable; il a la créativité tranquille, pas exaltée. Et il a le sens du détail. Ensuite, sa cuisine m'a plu. Pas seulement ses "oeufs pourris" (à la truffe); pas seulement son gibier (un lièvre à la royale réinterprété de façon magistrale); non, le tout, des noix de Saint Jacques (parfaites) à la fausse poire à la pâte d'amandes du dessert.Ses plats sont un régal pour les yeux comme pour le palais.

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Mon "oeuf pourri"... à la truffe

C'est d'autant plus remarquable que nous lui avions laissé carte blanche, c'est donc lui qui avait tout choisi.

D'autres que moi, plus experts en haute gastronomie, diront mieux que moi si cette cuisine est révolutionnaire, inspirée, novatrice - toujours est-il qu'elle m'a séduit, de même que l'ambiance - petites attentions, mais pas  trop. Beaucoup de grands étoilés sont un peu guindés, à ce qu'on dit; mais là, est-ce le fait d'être au fin fond des Hautes Corbières? Ou cela tient-il simplement au "genre de la maison",  toujours est-il que je me suis senti chez moi, en confiance.

Et ce qui ne gâtait rien, les vins choisis à notre l'attention étaient plus qu'intéressants. Compétent, disert, mais pas envahissant, juste ce qui faut, le sommelier (un défricheur doublé d'un passionné) a su nous titiller sans nous choquer.

Sans doute parce qu'il avait reconnu en nous des gens curieux, il a osé nous servir des vins nature mais pas déviants. Des vins de la région, en plus. Bien lui en a pris, et c'est à saluer, je pense. A tort ou à raison, les tables de prestige ne brillent généralement pas par leur prise de risque. A ce niveau de réputation, c'est le plus souvent "A cuisine d'exception, vins classiques", ou quelque chose du genre. Mais pas chez Gilles Goujon.

De cette soirée, je retiens notamment "Le Désordre 2010", d'Antony Tortul (Domaine La Sorga), un assemblage inhabituel de Mourvèdre et de cabernet franc, qui ne vient ni de Bandol, ni de Bourgueil, mais de Vias, entre Agde et Béziers.

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Le contenu est beaucoup plus avenant

L'étiquette est affreuse et illisible, mais on s'en tape, car le vin, lui, est d'une rare pureté; les épices (poivre noir, réglisse) du mourvèdre ouvrent le feu, bientôt suivis d'une bordée de fruit noir et d'un joli petit acidulé. Une  sorte fluidité qu'on dirait ligérienne pour avoir l'air un minimum initié. Ce qui n'est pas le propos: le propos, c'est que ce vin était parfait et mettait admirablement en valeur la texture du lièvre.

Merci à Sarah Hargreaves de m'avoir offert ce beau moment. Merci à Gilles Goujon de faire de son métier un art sans jamais prendre la grosse tête. Et bravo de garder l'addition à un niveau raisonnable malgré les étoiles.

Auberge du Vieux Puits, +33 4 68 44 07 37

Domaine de la Sorga, +33 6 77 79 38 45

00:09 Écrit par Hervé Lalau dans France, Languedoc | Lien permanent | Commentaires (4) | | | |

05 décembre 2012

Redécouvrir le Languedoc...

Pour fêter les 30 ans des AOC du Languedoc, l'Association des sommeliers du Languedoc Roussillon et le CIVL ont proposé à la presse et aux vignerons une sélection de cuvées (récentes ou plus anciennes). De cette sélection, j'ai tiré la mienne, que voici. Elle ne prétend ni à l'objectivité, ni à l'exhaustivité, elle a seulement pour but d'attirer l'attention sur une région qui, à mon sens, mérite beaucoup mieux que sa vieille réputation.
Et merci à mes amis Lincoln et Marc pour avoir joué pour moi les "rabatteurs"...
 
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Chapeau, Lincoln Siliakus!

Pech Redon La Clape L'Epervier 2010
Suave, fruit rouge mur, réglisse, franc, péchu, équilibré.
 
Domaine de Montclamès 2009 Terrasses du Larzac
Bien, équilibre, frais,  cuir, épicé mais bien intègre, civilisé
 
Clos Marie Pic Saint Loup 2006
Syrah, jolie trame, fin, bois fin 
 
Le Conte des Floris 2009 Villafranchien
Magnifique de soyeux, de fruit noir, de réglisse, puissance contenue. J'adore!
 

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Mas de la Séranne cuvée Antonin et Louis 2009 Larzac
Beaucoup de cuir, d'épices, poivre, menthe... et encore beaucoup de fruit noir derrière tout ça.
 
Domaine de l'Homme cuvée Habilis 2009
Très beau nez de fruit noir et rouge; rondeur et puissance en bouche, et pour finir, une certaine élégance, une vivacité insoupçonnée.
 
Domaine d'Aupilhac Montpeyroux La Boda 2010
Génial! Un nez très direct, réglisse, clou de girofle, cassis; bouche précise, avec beaucoup de punch, finale harmonieuse sur les épices.
 
Château Rouquette sur Mer Cuvée Henry Lapierre La Clape 2010
Les herbes de la garrigue le disputent aux myrtilles et aux mûres; en bouche, beaucoup de fraîcheur - menthe, zan. Très beau vin, complexe et complet.
 
Château de la Négly La Porte du Ciel La Clape 2009
Au nez, cuir, épices, cerise (syrah?); en bouche, c'est à la fois suave et fin, le bois est bien fondu. On est bien près de franchir la porte...
 
Pas de l'Escalette Le Grand Pas 2009 Terrasses du Larzac
Enorme! Du fruit noir et rouge en veux-tu en voila, de la mûre, de l'airelle; puis déboulent les herbes de la garrigue, qui vous emmnèenent tout en gaut du Pas. la bouche est ample, charnue, mais pleine de vivacité. Puissance et délicatesse se donnent la main, jusqu'à la finale. Magnifique.
 
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Mas Haut Buis 1999 Terrasses du Larzac
Poivre, camphre, moka. Évolué, mais long d'être usé; Bouche fluide, élégance; finale poivrée, assez délicate.
 
Domaine d'Aupilhac Montpeyroux Le Clos 2000
(Mourvèdre, carignan, syrah). Un vin complexe, sur le cuir, les épices, le cacao, le moka. Belle longueur en bouche. Parfait aujourd'hui.
 
Domaine des Aurelles Pézenas Aurel 2008
Nez très fin de petits fruits noirs, de cuir, de sous bois; en bouche, notes de résine de pin, épices douces, pas mal d'ampleur, finale toute en tension, sapide, presque saline. Joli vin.
 
Mas Cal de Moura Terrasses du Larzac Les Combariolles 2007
Encore très jeune; fringant; fruit noir et réglisse au nez, vif en bouche, tannins bien soyeux, fluides, aériens. Boisé bien intégré. C'est équilibré, mais pas mièvre, cependant; entre charnu et charnel...

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Autres belles cuvées: Les Vignes Oubliées 2010 (Olivier Jullien & Jean-Pierre Granier), Mas Jullien 2001, Stella Nova 2006
 
En résumé: bien sûr que le Languedoc n'est plus un océan de bibine! Ce n'est sans doute pas non plus la future Californie française, et c'est mieux ainsi. Mais elle fourmille des bons vignerons qui réinterprètent leurs terroirs comme de grands musiciens réinterprètent une belle partition. Vous croyiez connaître le Languedoc? Retournez-y d'urgence, et changez d'avis!
 

00:19 Écrit par Hervé Lalau dans France, Languedoc | Lien permanent | Commentaires (4) | | | |