14 septembre 2014

Château de la Salade Saint Henri, au Pic Saint Loup

Au Château de La Salade, Anne Vialla-Donnadieu ne vous en raconte pas; d'ailleurs, ses vins parlent pour elle.

Et de quoi parlent-ils donc? D'un petit coin du Pic Saint Loup, plutôt vers le bas de l'appellation, à Saint Mathieu de Tréviers. De belles syrahs et de vieux grenaches gorgés de soleil et de fruit. Son mari est artiste - il a dessiné ses étiquettes. Elle l'est aussi, à sa manière, dans ses assemblages, dans sa recherche du toujours mieux, du toujours plus pur.

Un must pour les amoureux de vins sincères et goûteux.

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Au pied du Pic Saint Loup (Photo (c) H. Lalau 2014)

Depuis peu, Constance, jeune œnologue, a rejoint sa maman à la cave.

Je me suis régalé à les écouter discuter les mérites de tel ou tel vin, sa longueur, son potentiel de garde; d'autant que moi, je les trouve tous intéressants!

Voici ma sélection.

Château de la Salade Rosa Rosae Pic Saint Loup rosé 2013

Une avalanche de fruits rouges biens mûrs (groseille, cerise, fraise), accompagnés de quelques fleurs, une bouche ample, à la fois souple et vive. Un grand rosé qui plaira autant à l'apéritif qu'au cours d'un repas. 16/20

Château Aérien 2012

Une cuvée issue des jeunes vignes. Un joli fruité rouge, une bouche friande, des tannins suaves, beaucoup de fraîcheur, que demander de plus? 15/20

Château de la Salade Cuvée Mille Huit Cent Trois 2013

Un assemblage syrah grenache de vignes de 40 ans

Un nez superbe, à nouveau, plus sur le fruit noir, la mûre, le cassis, la cerise de Bâle. Belle structure en bouche, les tannins sont bien présent, les épices abondent, mais l'ensemble reste velouté; la finale, réglissée, joyeuse, invité au deuxième verre... 16/20

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 Cuvée Mille Huit Cent Trois (Photo (c) H. Lalau 2014)

Château de la Salade Cuvée Aguirre 2009

Du fruit bien mûr (fraise, framboise), enveloppé par les notes de cuir et de fumé apportés par un bois très bine dosé; un vin solaire, capiteux - j'ai pensé à un Gigondas - bien  anis fumé bien que le grenache soit minoritaire dans la cuvée. En arrière bouche, quelques notes anisées et un retour du fruit mûr. 16/20

Château de la Salade Cuvée Aguirre 2010

Le nez est plus frais, le fruit (cerise, mûre, airelles) un peu plus serré; la bouche est très marquée syrah; le bois bien intégré délivre quelques notes de cacao. Les épices déboulent dans la foulée, rafraîchissant la finale, tout est en place pour de très beaux moments gastronomiques. 17/20

Château de la Salade Cuvée Aguirre 2011

Un peu plus marqué par le bois actuellement (moka), mais un grand potentiel; la bouche est volumineuse; la finale grillée est encore un peu austère. A attendre. 14,5/20 

 

12:04 Écrit par Hervé Lalau dans France, Languedoc | Tags : domaine de la salade | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

12 septembre 2014

Mas, c'est plus

Mas, cela veut dire plus en espagnol et en occitan.

C'est aussi le nom d'un producteur languedocien, Jean-Claude de son prénom.

J'ai rencontré hier. 

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Jean-Claude Mas

Il y a plus dans cet homme qu'un homme d'affaires à succès. Il y a un homme de la terre. Un homme de vin. Un vrai passionné qui a fait plus pour le renom du Languedoc à l'étranger - en Italie, par exemple, où il est leader des ventes de vin français, ou encore en Australie, au Panama, aux Pays-Bas... que trois générations de coopératives.

Je l'ai vu déguster ses échantillons de blanc 2014. J'ai perçu, je crois, un peu du perfectionnisme qu'il met dans tout ce qu'il fait, de l'assemblage de ses vins au choix de la ferronnerie et du carrelage de son restaurant (Côté Mas), en passant par le dessin de ses étiquettes. Sa motivation et celle qu'il insuffle à ses équipes.

Je l'ai entendu raconter son attachement pour son morceau de terre, son Conas, son Pézenas, son Languedoc. La lente maturation de son aventure viticole. Ses débuts dans le commerce international. Son retour au pays. La reprise du domaine de son père viticulteur, mais pas vigneron. Son apprentissage du métier de vigneron. Le démarrage et le développement de son entreprise, d'abord par l'exportation. Le rachat de domaines à Limoux, à Aigues-Vives et en Terrasses du Larzac. La synergie entre vins de marques (type Arrogant Frog) et les vins de cru. la croissance sur deux pieds - pour chaque achat d'un hectare d'AOP, 5 hectares d'IGP... Le rachat des parts de son frère. Les dispositions qu'il veut prendre pour pérenniser l'entreprise, son avenir au sein de la famille ou pas...

Bien sûr, on jalouse sa réussite. C'est un mal bien français. D'aucuns parlent de vin industriel. Lui collent l'étiquette de négociant - oh, le vilain mot! Et tant pis si Mas est le premier propriétaire privé de vignes en France - hors Champagne. Un vrai vigneron, donc, qui chouchoute ses domaines. 

Quand, pour pousser le terroir de Pézenas, il vinifie une "cuvée fusionnelle" regroupant la production des 40 vignerons du cru, et en mettant au service du collectif son réseau commercial, ses détracteurs ont beau jeu de parler de récupération. Il en est même pour trouver ses vins trop boisés. Même les vins qui n'ont jamais vu le bois. Les ont-ils seulement goûtés? 

Ce pays doit-il crever de sa mesquinerie. Ou bien de sa sclérose? Faut-il tirer sur tout ce qui bouge, sur tout ce qui crée, sur tout ce qui développe? Faut-il appeler tradition ce qui n'est que de l'immobilisme?

"Le Languedoc a plein d'atouts à faire valoir; idéalement, c'est la tradition française, le style de la Toscane, le dynamisme de la Californie.C'est le terroir revivifié par la modernité", explique Jean-Claude Mas.

Cela va au delà du slogan: il suffit de déguster son Clos des Mûres 2013 pour s'en convaincre. Personne avant lui n'avait eu l'idée de vinifier séparément cette parcelle de syrah qui mûrissait toujours un peu mieux que les autres. Alors le raisin filait dans l'assemblage. C'était tellement plus facile. On faisait comme on avait toujours fait.

Aujourd'hui, cette parcelle produit un des Languedoc les plus expressifs qui soient. Un fruit très pur - framboise, mûre, un touche de menthol, un belle fraîcheur en bouche, des tannins veloutés (la marque de fabrique de tous les rouges de la maison), une impression de puissance contenue, le boisé qui souligne sans jamais dominer, un retour du fruit en finale... tout y est , et même, peut-être, un petit mas, un petit plus, ce supplément d'âme, ou appelez ça comme vous voulez. Un peu du Nouveau Monde qui débarquerait sur les rives de l'Hérault. Pas pour dénaturer. Pour dépoussiérer.

Vous pensez que je passe la brosse à reluire?

Soyons clairs. M. Mas ne me doit rien, je ne lui dois rien non plus. Il m'a reçu chez lui, j'ai dégusté une cinquantaine de ses vins, que j'ai très bien notés, pour la plupart; et ce, à tous les niveaux de prix. Ce que je trouve remarquable. Parce qu'il y a autant de mérite à produire 200.000 bouteilles d'un beau vin à petit prix que 1.000 bouteilles d'un grand vin cher.

J'ai partagé quelques moments avec lui. Je l'ai écouté. J'ai apprécié son intelligence, sa lucidité, sa sincérité. L'exigence qu'il met dans tout ce qu'il entreprend. Ce n'est peut-être pas un type consensuel, ni un caractère facile, mais c'est un Grand Monsieur.

Alors, pour ce que cela vaut, et rien pour le plaisir d'embêter les jaloux et les médiocres, trois petits mots: "Chapeau, M. Mas!"

01:31 Écrit par Hervé Lalau dans France, Languedoc | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |