17 janvier 2015

Faut-il réapprendre à déguster?

Voici une phrase qui m'interpelle. Elle est signée Thierry Germain (Domaine des Roches Neuves, Saumur-Champigny).

«Faut-il réapprendre à déguster ? Il est de plus en plus difficile d’apprécier un vin de grande expression tant nous sommes habitués à goûter les vins techniques, ronds, gras et sucrés que le monde nous a dictés».

Association d'idées, ceci me fait repenser à la répartition des vins (et de leurs adeptes) en deux blocs, selon le critique américain Eric Asimov - à moins qu'il s'agisse de mon excellent confrère québécois Marc-André Gagnon (je n'ai pas pu les départager). A savoir, les vins A et les vins B.

Les premiers étant les vins dits "européens", plus acides, plus "tendus". Plus cerise, pour les rouges, au moins.

Les seconds étant les vins du "nouveau monde", plus ronds, plus sucrés. Plus pruneau.

Si on croise les deux conceptions, celle de M. Germain (qui est grosso modo celle de beaucoup de vignerons bio ou biodynamistes, notamment), et celle de MM. Asimov ou Gagnon, on en arrive à la conclusion que les vins européens ont le plus d'expression.

Je ne suis pas convaincu. 

Je pense qu'il y a plein d'exceptions. 

Il faudrait faire le tri selon les cépages et la latitude, notamment. Un grenache n'aura jamais le profil d'un sangiovese. Un viognier celui d'un sauvignon.

Et où classer des vins peu alcooleux, acides ET sucrés comme ceux de la Moselle allemande?

Enfin, j'ai dégusté des pinots noirs chiliens, ou des chenins sud-africains qui n'avaient rien à envier à leurs homologues européens en terme d'expression. Par ailleurs, l'Europe ne manque pas de vins techniques non plus. 

Je crains bien que cette classification ne soit trop réductrice.

Et vous?

09:27 Écrit par Hervé Lalau dans Afrique du Sud, Allemagne, Chili, France, Italie, Languedoc | Lien permanent | Commentaires (3) | | | |

26 novembre 2014

Au Mas d'Amile

Amélie d'Hurlaborde Carceller exploite avec son frère Sébastien le Domaine d'Amile, à Montpeyroux.

Amile, c'est le nom que lui donnait son grand père vigneron - il aurait voulu un garçon.

Quelle idée! Le vigneron est donc une vigneronne, et alors?

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"Amile" et ses vins (Photo H. Lalau (c) 2014)

Le domaine, lui, compte 7 ha. Démarré en 2007 autour du seul carignan du grand père (80 petits ares), il s'est agrandi au fil des rachats - du grenache, du merlot, et même du terret blanc. 

Jusqu'à présent, son vin est en IGP Hérault car ni Languedoc ni Languedoc Montpeyroux n'admettent un vin à majorité de carignan. Avec l'arrivée du grenache, Amélie va pouvoir faire officiellement de l'AOP. 

Ce changement coïncide avec la construction d'une nouvelle cuverie (jusqu'à présent, Amélie travaillait dans le garage du grand père, en compagnie de son frère Sébastien, et avec l'aide de son mari Jérôme.

Vu les résultats obtenus, aujourd'hui déjà, dans ces conditions quelque peu précaires, on se dit que la concurrence n'a qu'à bien se tenir...

Espérons seulement qu'elle nous garde quelques quilles de Carignan... Comme ces deux-là: 

Vieux Carignan 2012 IGP Hérault

Les vignes ont plus de 80 ans, mais le vin est tout jeune encore.

Joli nez, bonne acidité, fin, tannins suaves, joli réglissé et mûr en finale

Vieux Carignan 2011

Joli fruit noir, profond comme la robe; la bouche est assez tannique, voire rugueuse, mais c'est cette rusticité qu'on aime, d'autant qu'elle est contenue, comme enrobée dans le fruit qui revient en finale.