20 octobre 2010

Le Mas Noir Collection Grand Cru «Moelleux»

Vous prenez un terroir de galets roulés, dans les Grès de Montpellier. Des vieux grenaches, du cinsault et 10% de muscat. Vous laissez passeriller sur souche ou sur fil pendant trois semaines, et vous récoltez fin septembre par tris successifs. Vous ne comptez pas votre peine. Et vous ne cherchez pas le rendement. Surtout, vous ne mutez pas, vous ne filtrez pas.

Et qu’est-ce que vous obtenez ? 10.500 bouteilles d’une sorte d’OVNI viticole. Au nez, c’est super mûr, confit, plein de fruits secs, d’abricot, de figue, de kumquat. Mais en bouche, la douceur s’équilibre de tannins bien présents, et cela reste du vin, presque élégant sous les vagues fruitées qui évoquent presque le porto.

Bref, c'est la Collection Grand Cru du Mas Noir, une bouteille dégustée voici quelques semaines chez IVV.

Comme c'était à l'aveugle, on a pas mal déliré sur l'origine et les cépages - on devinait bien que c'était sudiste. Mais pour le reste! Ça existe, des trucs pareils? Enfin, de guerre lasse, on a enlevé la chaussette noire de la bouteille, et on s'est tous regardés.

C'est pas tout les jours qu'on voit un OVNI. Alors en boire, vous pensez...

00:00 Écrit par Hervé Lalau dans France, Languedoc | Tags : vin, vignoble, languedoc, ovni, dégustation, moelleux, mas noir | Lien permanent | Commentaires (15) | | | |

18 octobre 2010

Lettre ouverte à Christelle Ballestrero

Suite du triste feuilleton "Version Femina", voici la lettre reçue de Christine Ontivero, attachée de presse.

Elle s'adresse à Christelle Ballestrero, journaliste à France 2 ("C'est au Programme"), auteur de l'article dont je vous parlais hier.

Version Femina.jpgL'article en question

 

Bonsoir Madame,

C’est toujours délicat de faire remarquer à un journaliste qu’il est mal informé, mais la lecture de votre article ci-joint intitulé “Vin et Santé, la fin du mythe” ne peut pas rester sans réponse de ma part.
Je suis attachée de presse, spécialisée dans le vin depuis 29 ans, et je pense donc bien connaître le sujet ce qui, si vous le permettez, ne semble pas être votre cas.

Vous écrivez :”aujourd’hui, il est difficile de trouver un vin de table au-dessous de 12°. Et les appellations sont de plus en plus nombreuses à proposer des 13, 14, voire 15° comme les vins du Languedoc”. Jusque là tout va à peu près bien. Mais ... vous dérapez dangereusement dans ce qui suit: “L’explication ? Pour des raisons économiques, on a considérablement raccourci la durée de macération des raisins“

Où avez vous trouvé cette information fausse et archi fausse ?

“avec, à la clé, une moins bonne qualité”

Depuis combien de temps n’avez-vous pas dégusté de vins du Languedoc ?   

Le pire et le plus grave qui mérite un rectificatif  de votre part est cette dernière phrase :
“auquel on doit ajouter des produits chimiques et du sucre de betterave (qui élève le taux d’alcool) pour le stabiliser et lui permettre de se défendre contre les bactéries, entre autres”.

Vous êtes journaliste n’est-ce pas ? Donc, normalement, vous devriez vérifier vos informations ou alors,
je n’ai rien compris au métier. Si vous aviez vérifié, vous auriez pu apprendre que le Languedoc-Roussillon est l’une des rares régions qui n’a pas le droit “d’ajouter du sucre” comme vous dites, ce qui, en langage professionnel, s’appelle la chaptalisation, autorisée dans bien d’autres régions comme Bordeaux, Bourgogne, etc...

Tout le monde a droit à l’erreur mais quand les erreurs sont aussi graves, on ne peut pas laisser passer.

Concernant le cancer, on lit et on entend bien des choses contradictoires. Je peux en tout cas vous apporter mon témoignage personnel. Il vaut ce qu’il vaut mais il est authentique.

Mon mari, journaliste spécialisé en vins, a dû être opéré, voici un an et demi d’un double cancer : prostate
+ vessie. L’intervention s’est déroulée à Montpellier où les hôpitaux sont très réputés pour leur connaissance de
cette maladie. A force de lire et d’entendre tout et n’importe quoi, vu que mon mari boit en moyenne 3 verres de
vin par repas, j’ai fini par me persuader que le vin était peut-être l’une des causes de sa maladie. Sans le lui dire,
j’ai appelé le chirurgien en lui demandant s’il ne se mettait pas en danger en buvant “autant” de vin. La réponse
a été très claire : “Mais madame, ça n’est pas beaucoup”. Le jour où il a quitté l’hôpital, il a lui-même demandé  au professeur responsable du service urologie, un ponte en la matière : “Est-ce que je peux continuer à boire du vin”. Ce dernier lui a répondu “j’y compte bien”. Les chirurgiens qui opèrent des cancers tous les jours seraient-ils irresponsables ?

Ca fait mal de lire des informations aussi fausses concernant le Languedoc, région où il y a quantité de bons vignerons. Vraiment, ils ne méritent pas ça !

Salutations

Christine Ontivero

Petit commentaire perso

Au-delà de ce seul article, cette lettre pose de vraies questions: celle la formation des journalistes, de la pluralité de leurs sources, et celle de l'exercice toujours périlleux du métier de journaliste en dehors de sa vraie sphère de compétence.

Si Mme Ballestrero a, semble-t-il, ses entrées à l'INRA et à l'Institut National du Cancer, elle n'a pas jugé utile d'interroger des confrères spécialisés dans le vin, ni même des producteurs de la seule région qu'elle expose à la vindicte populaire, le Languedoc - qui est pourtant loin d'être la seule à proposer des vins à fort degré d'alcool. Et au-delà, notre consoeur, en faisant marcher ses petites cellules grises, aurait dû comprendre que son "conseil de modération", limiter les vins de fort degré aux occasions festives, est bien superflu. Les consommateurs se modèrent par eux-mêmes, les vins alcooleux ne sont pas propices à une consommation à fort volume.

Quant à ses conclusions en matière de cancer, totalement pompées de la très discutable "étude" publiée l'an dernier par l'INCa, là encore, elles ne nous donnent pas une très haute opinion de sa recherche de l'information pluraliste.

Quant au lien établi entre cancer, macérations courtes et alcool (il suffit à Mme Ballestrero d'un petit "donc"), il est tout simplement allucinant. "Digo, ergo est".

Ce genre d'articles illustre à merveille un désolant paradoxe: ce sont les journalistes qui en savent le moins sur le vin qui touchent le plus large public, et colportent ainsi le plus de fausses informations.

Sans aller jusqu'à suivre Coluche et son "pinard obligatoire", on souhaiterait qu'un minimum de "connaissances pinard" soit obligatoire pour ceux qui choisissent de parler du vin - après tout,  personne ne les y oblige, et qu'ils n'en dégoûtent pas les autres en lui faisant de mauvais procès...

Hervé Lalau

00:00 Écrit par Hervé Lalau dans France, Languedoc, Vins de tous pays | Tags : vin, santé, mythe, journalisme, ballestrero, france 2 | Lien permanent | Commentaires (13) | | | |