15 octobre 2010

A propos des Corbières

Sur le blog des 5 du Vin, ici mon confrère et ami Michel Smith nous offrait hier une très belle chronique sur le Cru Montpeyroux.

Si je partage globalement son analyse sur la qualité et l'antériorité de ce cru (d'autant que j'ai eu l'occasion de déguster chez Sylvain Fadat en la compagnie de Michel), j'émets quelques réserves sur une petite phrase: celle où Michel, emporté par sa verve, nous parle "des vins à la qualité aussi évidente que Faugères, Corbières ou Minervois".

Pour Corbières, notamment, je mets un petit bémol.

Pour moi, s'il y a une appellation fourre-tout, c'est bien celle-là. Promue AOC en 1985, Corbières est ce que j'appellerai une AOS - Appellation d'Origine Syndicale, voulue par "la base", les coopérateurs; et la base, à cette époque, ne manquait pas de relais en haut lieu. Il ne fallait pas désespérer Billancourt, certes; mais l'Aude non plus. Quant à l'INAO, elle n'a pas été trop regardante sur les aires classées: au total, 10 cantons, pas loin du tiers de la superficie de l'Aude en terme de territoires communaux, 13.500ha en exploitation, 600.000 hl de production.

decouvertes-corbieres-grands-vins-couleur-nat-L-3.jpegLes Corbières côté terre et côté mer

 

Résultat: 10 ans après, on réfléchissait déjà à morceler ce territoire; on discernait alors 11 terroirs (Alaric, Boutenac, Quéribus, Lagrasse, Sigean...). Les crus se profilaient déjà à l'horizon, alors que l'appellation dans son ensemble avait de la peine à faire vivre ses producteurs. Mais que signifiait-elle au juste? Comment avait-on pu mettre dans le même grand sac un terroir côtier comme celui de Sigean et  une zone d'arrière pays comme le Terménès ou Quéribus? Il fallait toutes les ficelles du marketing  pour justifier ce grand écart. Ecrire "terroirs" avec un grand "s". Il est vrai qu'à l'époque, on ne parlait pas encore d'AOP, ni de son fameux "lien au terroir" (au singulier).

Bref, dès 1985, à mon sens, il y avait  là comme un péché originel, le péché de gourmandise de ceux qui se disent: "Et pourquoi pas moi?"

Alors pour revenir au point de départ, à l'article de Michel, on peut certainement parler des qualités au pluriel (pour les meilleurs), et de la non-qualité (pour le tout venant), mais guère de "qualité Corbières".

Et Dieu sait pourtant que j'aime les bons Corbières: la Cuvée Romain Pauc, de La Voulte Gasparets, la Cuvée Marie Annick de Château Mansenoble, la Cuvée Cairo de Haut Gléon, la Réserve de Lastours, ou même, les cuvées de base de Villemajou et L'Etang des Colombes, dans les bonnes années. Sans oublier, bien sûr, les nectars de la Coop d'Embres et Castelmaure - La Pompadour et la Grande Cuvée.

Mais l'arbre ne peut cacher la forêt. Je me mets au niveau du consommateur: bien sûr, il n'est pas systématiquement volé en achetant son Corbières de hard discount, mais s'il achète parfois en dehors de ce circuit, il doit quand même avoir de la peine à comprendre comment, sous un même nom, on peut trouver des vins d'ambitions si différentes, et surtout si divers, du plus rèche au plus subtil, du plus rond au plus corsé, du plus dilué au plus robuste. Je sais bien que la "mixité" est aujourd'hui louée sous tous les tons, mais là, on est à la limite de l'erreur de casting.

Parfois, je me dis que les VDQS avaient du bon. Il paraît que les Costières de Nîmes envisagent de déclasser une bonne partie de leurs parcelles les moins qualitatives (elles passeraient en IGP), pour repartir du bon pied avec la nouvelle AOP. Voilà sans doute une piste pour les Corbières. Quitte à relancer la piste des Crus pour les zones qui produisent vraiment différent. Mais qui suis-je pour dire à des vignerons ce qu'il convient de faire de leur mention qualitative? Je peux juste dire ce que je pense des vins qui la portent. A chacun sa peine.

 

06 octobre 2010

L'oenotourisme institutionnel, miroir aux alouettes?

Mon excellent confrère André Deyrieux (www.winetourisminfrance.com) annonce la fermeture probable de la Cité de la Vigne et du Vin de Gruissan. Un constat d'échec qui devrait alerter les responsables du futur Centre Culturel et Touristique de Bordeaux Bacalan, et au-delà, dans la sphère publique, tous ceux qui veulent le bien du vigneron malgré lui. D'une part, l'engagement des seuls pouvoirs publics et des institutionnels ne suffit pas à faire vivre de telles structures. De l'autre, un seul lieu centralisant les offres oenotouristiques, et draînant le public, ce n'est sans doute pas la meilleure formule pour les adeptes du terroir profond. Bref, c'est dans le vignoble que ça se passe... ou que ça ne se passe pas.

Echec pour l'oenotourisme

"La Cité de la vigne et du vin (CVV) de Gruissan, qui dépend de l'INRA de Pech Rouge, va fermer ses portes. En tout cas, depuis le 30 septembre, elle n'a plus de soutien financier.
Preuve que la vague (lente) de l'oenotourisme ne suffit pas à garder à flot cette structure alliant (comme le dit justement le communiqué du personnel) "la connaissance, la culture, y compris scientifique, et des lieux d'échanges éducatifs". La Cité recevait 20 000 visiteurs par an et assurait des formations pour les professionnels.
Les facteurs de cet échec dans la première région viticole du monde ?
Plus que l'absence d'implication publique, l'absence de vision oenotouristique du territoire.
Plus que l'absence de rentabilité d'une structure isolée, l'absence de mise en oeuvre et de valorisation d'un réseau des richesses oenotouristiques (les domaines, les paysages de la vigne, les initiatives "wine friendly" en sentiers découverte, en restauration et en hébergement...).
Ajoutons-y la focalisation sur une rente touristique littorale, plutôt que l'ouverture à une offre alternative - touristique et culturelle - autour des patrimoines vitivinicoles millénaires de la région.
Et si plutôt que de "rechercher une solution" (objectif du comité de pilotage-sauvetage qui vient d'être créé), on inventait un projet territorial ?
Gageons - parce que nous ne voulons pas croire à "l'indifférence générale" que le sujet sera abordé aux prochaines Assises du Tourisme à Narbonne le 18 octobre."

André Deyrieux

13:51 Écrit par Hervé Lalau dans France, Languedoc | Lien permanent | Commentaires (1) | | | |