11 décembre 2012

IGP Gruyère contre AOC Gruyère

La décision européenne d'accorder à la France l'IGP Gruyère, "sous réserve que le gruyère français présente des trous" (contrairement à la version originale suisse) me consterne.

Voila donc deux types de fromage pour un même nom! 

Je vois pas l'intérêt - d'autant que le gruyère français existe déjà, en AOP, et sans trou: c'est le Comté (le comité qui encadre sa production s'appelle toujours "Comité Interprofessionnel du Gruyère de Comté").

Et puis, quitte à renégocier des mentions (la fameuse convention de Stresa, qui permet tout et n'importe quoi, a bientôt 100 ans), il aurait mieux valu que l'Europe empêche une bonne fois pour toutes ses membres d'employer le mot Gruyère. Une mention, qui, rappellons-le, est d'abord le nom d'une région suisse autour de la ville de Gruyères.

La Hongrie a bien réussi à empêcher la France et l'italie d'utiliser le nom de Tokay! Lla Grèce a bien réussi à faire céder les autres Européens sur l'emploi du mot Feta!

Alors, pourquoi cet accord mal ficelé, et qui introduira inévitablement la confusion dans l'esprit du consommateur?

Comment voulez-vous que j'adhère à la politique européennes des Appellations, quand il y a tant d'exemples de tartufferies?

 

00:19 Écrit par Hervé Lalau dans France, Fromages, Gastronomie, Jura, Suisse | Lien permanent | Commentaires (1) | | | |

06 décembre 2012

Mariage pour tous: l'exemple de la bière et du Comté

Ceux d'entre vous qui sont abonnés au bouquet Belgacom connaissent peut-être l'émission Tournée Générale, consacrée aux bières. C'est bon enfant, sans prétention, et au détour d'une émission, on apprend à y apprécier le patrimoine brassicole belge.

Ce midi, au Moeder Lambiek - une véritable institution de la culture de la bière à Bruxelles - on se situait à un tout autre niveau: le but de la manoeuvre était, primo, de réaffirmer la richesse de l'offre des bières belges, et deuxio, de montrer par l'exemple la belle complicité que ces bières entretiennent avec un autre grand produit de terroirs (oui, au pluriel), j'ai nommé le Comté.

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On en voit de toutes les couleurs... et de toutes les saveurs

Mon ami Marc Vanhellemont, qui excelle dans l'art des mariages (Meetic, à côté, c'est de la petite bière) nous a concocté quelques rapprochements intimes entre Indian Pale Ale et Comté, entre Zwarte Piet et Comté, entre Kriek  Cantillon et Comté, entre Orval et Comté...

Pas tous les mêmes Comtés, bien sûr! Car deux grands de la fromagerie belge étaient présents (Jacky Cange, affineur tournaisien, et Bernadette Delange, fromagère de Waterloo), qui ont pu montrer toute l'étendue de la palette des saveurs du grand fromage jurassien. Jeune, vieux; d'alpage ou de plateau; de printemps ou d'automne...

Un exemple d'accord commenté par Marc: celui de la Saison Bio de Dupont et du Comté de Belleherbe, affiné 9 mois. Blonde au teint légèrement ambré, le regard trouble, la crinière blanc moiré, elle respire le houblon et la fougère. Sa bouche franche, sans détour, vous vole un baiser léger et croquant qui communique cette amertume taquine, à peine soulignée. Elle se fait ensuite diaphane comme un bouquet printanier enveloppé d’une dentelle minérale. Avec le Comté, elle tresse un accord subtil des amertumes; celles-ci se muent en fraîcheur citronnée, en douceur lactée. Vanille, pistache grillée, chocolat blanc s’inscrivent en leitmotiv sur les papilles. D’évanescentes arabesques douces acidulées et douces amères s’insinuent dans l’espace aromatique. Il en devient plus subtil et mieux perceptible.

Et maintenant, c'est à vous d'essayer! Avec vos bières et vos Comtés. Chez vous. L'avantage, c'est qu'aucun mariage n'est vraiment à proscrire - un peu comme dans l'amour, en définitive. Je ne dis pas que ces unions-là devront toutes passer devant M. Le Maire, ni à la postérité; mais chaque tentative est intéressante en elle-même - couple infernal, explosif, décalé, fusionnel, charnel, complémentaire ou illicite, mariage de raison ou mariage d'amour, ils ont tous l'art d'égayer nos papilles. Nous voici tous gais.

Et pour ceux qui ne seraient pas familiers de Bruxelles, le Moeder Lambiek est un joli café à l'ancienne, situé Place Fontainas, au centre de la ville, à un jet de pierre de la Grand Place.

14:59 Écrit par Hervé Lalau dans Belgique, Gastronomie, Jura | Tags : mariage pour tous, comté, bière, moeder lambiek | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |