30 octobre 2008

Brunello: Sangiovese 1, Visiteurs 0

Les défenseurs du Brunello 100% Sangiovese ont gagné leur pari: lors de l'assemblée des producteurs, 96% des votes (662 sur 692) ont dit non à tout changement de l'encépagement.

Par une large majorité également, les producteurs ont rejeté toute modification de l'encépagement du Rosso, et sur les rendements des différentes appellations de Montalcino; ils ont également rejeté l'idée de regrouper les appellations sous une seule dénomination.

Ces votes vont à l'encontre des souhaits exprimés par Banfi, notamment (une tolérance de 3 à 5% pour d'autres cépages que le Sangiovese dans le Brunello).

Pendant ce temps, les enquêtes sur les fraudes continuent; 1,1 milion de litres de Brunello ont été déclassés en IGT, tandis que 4,4 millions de litres restent confisqués.

Et la presse spécialisée italienne parle déjà de l'hypocrisie de certains votes.

 

08:27 Écrit par Hervé Lalau dans Italie | Tags : vin | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

11 octobre 2008

Marches avant, toute!

Malgré ses plages adriatiques croulant sous l’invasion estivale, les Marches, c’est encore un peu la deuxième division de l’Italie touristique. Côté vins, c’est un peu le même constat : la région n’a ni la réputation de la Toscane, ni la gamme des grands négociants du Veneto. Elle se cherche encore une identité.

Pourtant, elle compte sur son sol une spécialité de blanc qui s’exporte très bien: le Verdicchio dei Castelli di Jesi, dénomination tirée économiquement par la locomotive Fazi Battalia ; elle possède aussi deux DOCG de rouge (Conero Riserva et Vernacchia di Serrapetrona), malheureusement encore peu connues. Ainsi qu’une dizaine de DOC dont on extraira Rosso Picino (sangiovese plus montepulciona) et surtout l'originale Lacrima di Morro d’Alba.

Les Marches sont une petite région à l'échelle italienne, aussi bien en termes de superficie (9.700 km²) qu'en termes de population (1,5 million d’habitants). Elles comptent 4 provinces: Ancone, Ascoli Piceno, Macerata et Pesaro-Urbino.

La surface de vignes est de l'ordre de 25.000 ha, dont 10.500 ha en DOC/DOCG.
La production annuelle tourne autour de 1,7 millions d’hl, dont 25% en DOC. Il s'agit d'abord d'un région de blanc (à 70%) - verdicchio oblige.

L'histoire en Marches

«Marche de l’Empire» longtemps disputée entre la Papauté et les seigneuries environnantes, les Marches n’ont pas vraiment d’unité historique (l’emploi du pluriel est à lui seul un indice).
Géographiquement, on parle souvent «d’Italie en réduction»: dans les Marches se juxtaposent plages de sables et petites criques, montagnes et collines, vignobles et vergers parsemés de petits bourgs et de cités rempardées, à l’image de Jesi, petite capitale endormie du Verdicchio, à peine à quelques kilomètres du grand port d’Ancone.
Les influences des régions environnantes ont souvent été déterminantes, aussi. Ainsi de la viticulture : avec le Verdicchio cohabite souvent le Montepulciano, que la région partage avec les Abruzzes.

 

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Au coeur des Marches (Photo H. Lalau)



Longtemps organisée sur un système productiviste, un peu comme celle de la grande plaine de l’Emilie-Romagne, la viticulture marchegiane s’est réorientée vers des produits de qualité dans les années 1980, notamment grâce à l’intérêt des touristes et la demande étrangère.
Quelques terroirs particuliers ont été mis en exergue : le Conero, promontoire rocheux aux abords d’Ancone, est le plus identifiable. Il bénéficie depuis peu d’une DOCG, pour ses Riserva uniquement. Mais avec une vingtaine producteurs, dont la plupart de petite taille, elle peine à se faire connaître. Idem pour le  Lagrima di Morro d’Alba, DOC basée sur un cépage étonnamment aromatique (eau de rose, cassis frais), très intéressant, mais dont les couleurs ne sont guère défendues que par une quinzaine de producteurs, petits pour la plupart. On confine ici avec le confidentiel.
Parallèlement, le Verdicchio s’est vu attribuer une aire «classique», autour de Jesi.
Globalement, on ne sait trop s’il faut regretter ou non le manque de notoriété de la région, qui a sans doute permis d’éviter l’écueil de la standardisation des vins, mais qui rend les appellations fragiles, compte tenu de l’individualisme ambiant.
Comme ailleurs sur la planète vin, il y a les règles, et ceux qui croient pouvoir s’en affranchir.
A plusieurs reprises, nous avons constaté des rendements trop élevés, surtout en blanc.
De même, pas sûr que tous les lacrimas di Morro d’Alba contiennent bien au minimum85% du cépage (comme il est plus cher à l’achat, la tentation est grande de lui substituer sangiovese ou montepulcianio). Mais restons positifs, il y a assez de gens honnêtes dans les Marches, et qui travaillent bien. Ce qui manque le plus, c’est la capacité à travailler ensemble, à porter les couleurs et les valeurs communes. Une association, l’Assivip, œuvre dans ce sens. Souhaitons lui bonne chance.

 

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Aux environs de Morro d'Alba (photo H. Lalau)

 

En attendant, voici ma sélection de caves "plus que recommandables":  Le Terrazze, Vicari, Marica, Santa Barbara, Casal Farneto, Pievalta, Pontemagno, Piantate Lunghe, Velenosi, Moroder.

Autres maisons présentant de beaux produits: Umani Ronchi (pour son Plenio Riserva), Laila (Lailum), Stefano Mancini, Garafoli (Podium), Marchetti, Conti di Buscareto, Fazzi Battaglia (pour son Massaccio).

Vous retrouverez les commentaires des vins dans un prochain In Vino Veritas.

10:50 Écrit par Hervé Lalau dans Italie | Tags : vin | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |