28 septembre 2009

Compagnons de la Feuille Ronde

Marc Vanhellemont (Oenosphère, in Vino Veritas) s'intéresse (entre autres) aux cépages oubliés. Il nous en ramène un de Toscane, j'ai nommé la "foglia tonda"...

La brume, le soir tombant, l’enfilade de vallées parfois encaissées…  les Colli Aretini nous plongent dans un décor byronien…  Le romantisme classique d’une charmille détrempée nous mène à la ferme viticole des Mannucci Droandi. Une surprise nous y attend, sous la forme d’un cépage à la feuille toute ronde. Mais n’anticipons pas…

 

Foglia

La Toscane secrète

Mannucci Droandi


L’histoire de ce domaine familial remonte au 18ème; elle mélange bonne tradition et élan calibré vers le futur. Futur qui se traduit ici par l’implantation de cépages anciens. Bien entendu, le domaine offre une gamme de Sangiovese. En voici deux illustrations :
-Ceppeto Chianti Classico 2006 Docg
Grenat foncé. Un nez qui sent la figue, la datte, relevées de cannelle, puis la cerise confite et la prunelle mouillées de marasquin, le poivre noir, la baie de genévrier. Le touché soyeux de la bouche surprend, le grain tannique tisse le volume buccal qui se resserre autour du fruit plus frais en bouche qu’au nez ! Le minéral introduit une aspérité rafraîchissante, comme un sur-point qui dessine un contour amer au goût de réglisse. La longueur s’étire sur une déclinaison de cerise, de la queue au noyau.
-Ceppeto Riserva 2005 Docg
Ce vin évolue sur le même type d’arôme, mais en plus confit, en plus dense, quoique étonnamment plus élégant par son port aérien. 
Pour info, Ceppeto est le nom du vignoble de 6 ha perché à 350 m d’altitude sur la colline qu’occupe le château de Starda, sur la commune de Gaiole in Chianti, à l’est des monts du même nom, au nord-est de Sienne. Cet ensemble orienté au sud offre ses pentes aux Sangiovese, Merlot, Canaiolo et d’autres cépages traditionnels voués à un développement ultérieur. 

 

Foglia Tonda 3

La Foglia Tonda

 

D’un vignoble à l’autre


La rivière Caposelvi traverse le Ceppeto et mène jusqu’à l’autre partie du domaine, le Campolucci. Quelques kilomètres les séparent, suffisants pour changer de province et passer dans la sous-région des Colli Aretini. Toujours sur la face orientale des Monts du Chianti, à une altitude plus basse de cent mètres, le vignoble regarde le sud et fait face à l’ancien bourg fortifié de Caposelvi sur la commune de Montevarchi, province d’Arezzo. Cabernet et Syrah s’ajoutent à la liste des cépages déjà cités. C’est là que pousse également la Foglia Tonda.

La cellule expérimentale…
Il est toujours curieux de parler de vignoble expérimental et d’y cultiver, en fait, des cépages anciens, presque oubliés de tous. Comme pour boucler la boucle ou suivre sa philosophie, le Domaine Mannucci Droandi collabore avec l’Institut Expérimental pour la Viticulture du Ministère des Politiques Agricoles et  Forestières de la section d’Arezzo.
Collaboration à deux niveaux: la première recherche des méthodes de lutte contre les affections cryptogamiques et parasitaires. Action qui vise à diminuer au maximum l’emploi de produits chimiques en vue d’une viticulture éco-compatible.
La deuxième replante de vieux cépages en voie d’extinction qui pourtant étaient répandus autrefois dans la région. De la petite centaine de variétés étudiées, le domaine en a sélectionné quelques-unes, dont une première seule en bouteille, la Foglia Tonda (feuille ronde)!
Le premier témoignage de l’existence de la Foglia Tonda remonte à 1877. Giuseppe dei Conti Di Rovasenda le cite dans son essai « Saggio per una ampelografia universale », l’ayant trouvé dans le vignoble du Castello di Broglio, propriété du Baron Ricasoli. Disparu ou presque avec le phylloxera, il n’est réapparu qu’il y a une vingtaine d’années sans qu’on sache vraiment pourquoi…
Cépage vigoureux, il est un rien plus tardif que le Sangiovese. À rendements bien maîtrisés, il offre un pH bas, une bonne acidité et un taux élevé de polyphénols. Il est cependant sensible à la pourriture grise et à l’oïdium. Sa feuille est de taille moyenne et peu découpée, sa grappe conique présente des grains bleu noir, serrés et de forme ovoïde. Son moût permet d’obtenir un vin de couleur sombre, aromatique, floral et fruité, au taux en tannins élevé et demande par conséquent élevage et vieillissement.
La Foglia Tonda se rapproche-t-elle de la Fonja Tonda, cépage autochtone de la Vallagarina, cultivée et mise en bouteille par Albarino Armani, dans le haut Trentin ? La question reste pour l’instant sans réponse !

Foglia Tonda 2006 Toscana IGT


D’un rubis sanguin, le vin fait éclater le parfum des fraises en plein nez, après l’explosion fruitée, la violette discrète fait son apparition, suivie d’aiguilles de pin et d’un soupçon de cannelle. Les tanins heurtent quelque peu la bouche, c’est qu’elle a une tournure rustique, la Foglia ! Bien vite, ses formes pleines, sa grande fraîcheur et la texture moelleuse de ses pâtes de pruneaux et de figues sèches modère les velléités tanniques.
Il fait nuit, la route reste glissante, vous nous permettrez de prendre congé…

Marc Vanhellemont

Contact: Mannucci Droandi mannuccidroandi@tin.it   www.mannuccidroandi.com
Importé par Selezzione Vini Italia

07:49 Écrit par Hervé Lalau dans Italie | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

22 août 2009

Rome au Rantin

Où sans avoir l'air d'y toucher, Eric Boschman nous parle de bio-diversité...

 

Rome au Rantin, c’est quand même mieux que Pâques aux tisons. Et je ne vous parle même pas des Parques aux Grisons. Mais je m’éloigne et j’en oublie que vous êtes là, alors que j’élucubre en solitaire, comme disait Manset.

Il y a peu, durant un salon professionnel sis en Bordelais, il m’a été rapporté que des autorités réfléchissaient, au Portugal, à diminuer le nombre de cépages autorisés dans les appellations. Ceci a des fins de plus grande compréhension du public. Car, pas vous chers lecteurs, le public est con. C’est du moins ce qu’en pensent les penseurs et les décideurs. Il faut lui simplifier la compréhension. Ce qui est difficile est rebutant, donc si l’on veut vendre, il faut faire simple, voire simplet. Tant pis pour ce qui fait le charme de nos vies : nos différences. En matière de pinard, cela se traduit par des mouvements subtils, mais violents, d’alignement sur le voisin. Voyez les nouvelles appellations, les nouvelles règles. Non pas qu’il ne faille pas évoluer, et bien sûr qu’il faut simplifier, mais est-ce pour cela qu’il faut tout réduire en bouillie?

 

Cheverny
Cheverny, côté cour

 

Ne parlons plus de ces nouvelles règles européennes, qui sont en fait vachement complexes, parlons, en vitesse, une dernière fois de cette magnifique pantalonnade pré-électorale à propos des rosés de coupage. Pour rappel, il s’agissait de donner la possibilité aux producteurs de rosé en vin de table et vin de pays d’assembler des blancs et des rouges pour en faire des rosés. Pour commencer, consensus, mou, mais consensus quand même de nos éminences agricoles européennes. Dont le ministre français de l’agriculture qui a osé signer seul, Nico étant occupé ailleurs. Bon, ça râle un peu, mais le temps passe. Arrivent les élections européennes, dont pratiquement personne, sauf les éligibles, n’a rien à secouer. Et là, soudainement, ça commence à gronder dans le landerneau. Bille en tête, les syndicats de vignerons d’appellation contrôlée, montent au créneau. Donc, les pas concernés. Mais personne ne moufte. Soudain, le projet de la Commissaire européenne est retiré. Victoire sur toute la ligne. Mais de qui? De personne, d’autant qu’en appellation, que dis-je, dans la plus grande appellation productrice de rosé en France, il est autorisé d’assembler des raisins rouges et blancs dans une certaine proportion pour faire du rosé. Mais les miniss' con-cernés ont pu poser, la main sur le cœur, en compagnie de leurs potes de la terre, pour célébrer la chose.

C’est y pas beau ? Bref, pour en revenir à mes boutons, le but du jour était de vous parler d’un cépage rare, à peine 50 ha de production dans le monde, situé à deux heures de Paris, vers l’Ouest. C’est François 1er qui fit venir 80.000 pieds de ce cépage de Bourgogne à Romorantin. Charmante cité solognote où il avait demandé à Léonard de Vinci de lui bâtir un château qui ne fut pas de la gnognote. Ce fut commencé, mais comme toujours avec Léo, ça n’alla pas plus loin que les fondations. Le castelet fut donc bâti à Chambord, et le cépage fut planté à Cheverny et dans les environs. Pour les tintinophiles, c’est là que se trouve le modèle de Moulinsart, mais vu ce que boit le journaliste, revenons au vin.

Ce romorantin donne des vins qui doivent vieillir un peu avant de pouvoir s’exprimer pleinement. De l’anti simplification, de l’anti marketing. C’est n’importe quoi. Et en plus, c’est incompréhensible pour les dégustateurs qui ne connaissent pas ses caractéristiques. Bref, c’est pas un truc de simplets, pas un truc pour pris de la tête, juste un truc qui fait plaisir aux neurones, un vin que l’on n’a jamais goûté encore. Et comme ça se passe près de chez nous, c’est bon pour le bilan carbone, y’a moins de transport. Pour que l’on puisse parler de bio-diversité longtemps encore…

Eric Boschman

 

En complément d'information: selon l'université californienne de Davies, le romorantin serait issu d'un croisement de Gouais blanc (un des cépages les plus courants au Moyen-Age) et de pinot noir - tout comme le gamay, le melon, le chardonnay, l'auxerrois et l'aligoté, qui sont donc des cousins à la mode de Bourgogne.

Hervé Lalau

18:42 Écrit par Hervé Lalau dans Italie | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |