10 mai 2010

Sicile, continent du vin

Intéressant séminaire sur les vins de Sicile, mardi dernier, au Concert Noble de Bruxelles.

Voici une très grande île, la surface de la Belgique, à peu près. Un patchwork géologique, aussi, car il s'agit d'un morceau de Maghreb arraché à l'Afrique. Sans parler des influences culturelles qui s'y sont succédées depuis l'Antiquité (les Grecs, les Carthaginois, les Romains...) et le Moyen-âge (les Normands y ont fondé un royaume).

Sicile

Un vrai terroir de Sicile, qui mériterait la DOCG: l'Etna, comme ici chez Benanti (Photo H. Lalau).

 

Côté vins, la Sicile se profile aussi comme un formidable conservatoire de cépages autochtones, Nero d'Avola, Nerello mascalese, Frappato, Grillo, Cattarato, Insolia, j'en passe et d'encore moins connus. Et une juxtaposition de terroirs curieusement imbriqués, de la mer jusque sur les flancs de l'Etna...

Bon, tout ça, si vous lisez cette chronique, vous le savez déjà, puisque j'ai consacré à la Sicile un long post voici deux ans, suite à un voyage sur place. C'est ici

Mais voici un petit debriefing du séminaire de mardi.

Sur le papier, la Sicile avait bien fait les choses, avec une belle présentation académique, complétée par une petite sélection de vins prétendument représentatifs des différentes zones de production. Qu'il me soit toutefois permis de discuter les choix effectués - après tout, les journalistes sont là pour ça.

Le premier blanc, un grillo, était plus neutre que la Suisse; le troisième, un chardonnay aussi boisé que le massif vosgien, faisait plus honneur à son tonnelier qu'à son île. Au contraire du deuxième, un insolia-sauvignon à la fois précis, salin et nerveux - et pour tout dire, pas très sauvignon.

Côté rouges, j'ai eu un gros faible pour le vin de l'Etna qui nous était présenté, élégant, avec quelques notes fumées. Le reste était moins typé. Pas inintéressant, mais pas vraiment démonstratif.

En définitive, mes deux coups de coeur sont venus plus tard, lors de la visite des stands des quelques caves présentant leurs vins.

Pour le Frappato de Terra di Giurfo, d'une part, un rouge du genre fruité, mais élégant et nerveux; et puis pour l'incontournable Ben Ryé de Donnafugata, un Moscato Passito di Pantelleria qui vous donne l'envie, rien qu'un court instant, de passer votre retraite entre Sicile et Tunisie, à trier les fruits secs des agrumes, le floral de l'iodé, le doux de l'amer...

00:03 Écrit par Hervé Lalau dans Italie | Tags : degustation, sicile, vin | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

12 février 2010

Pelissero à Bruxelles

A l'Amigo, au coeur de Bruxelles, avait lieu récemment une présentation de la gamme de vins piémontais de Pelissero, importés depuis peu en Belgique par Fourcroy.

Les vins étaient excellents - la petite verticale des Barbaresco Vanotu, de 1995 à 2006, a permis de mettre en évidence le potentiel de vieillissement du Nebbiolo sur ces beaux terroirs. Mais le "simple" Barbera (2007, si je ne m'abuse) était aussi une merveille de plaisir fruité.

Les commentaires du sommelier vedette milanais Enrico Bernardo étaient inspirés, les explications du propriétaire et vinificateur, Georgio Pelissero, très pertinentes.

 

giorgio-terrazza

Giorgio Pelissero sur ses terres

 

Voici un homme affable, au verbe précis, qu'on sent habité par le désir de bien faire. Il parle de ses terroirs sans emphase, c'est un drôle d'aliiage de paysan piémontais et de chevalier  d'industrie qui  va régulièrement défendre ses produits à Chicago, à Toronto ou à Stockholm.

Il montre aussi une grande culture vineuse: "Nous autres Piémontais, on est assez ouverts sur les vins d'autres régions. Bon nombre de producteurs apprécient les grands Bourgogne, par exemple. Peut-être parce que le pinot noir a quelques points communs avec notre nebbiolo, c'est un cépage difficile mais tellement intéressant." C'est tout juste s'il ose s'étonner que les Bourguignons, en bons escargots qu'ils sont, connaissent si mal les vins piémontais. "Mais savent-ils seulement qu'on fait du vin au Piémont?"

Rejeton d'une famille de poly-cultivateurs, il n'a pas hérité d'un très grand domaine: 5 ha, seulement. Lui s'est résolument tourné vers la vigne, en 1994. Et il a considérablement augmenté son domaine au fil des années (jusqu'à 35 ha), ce qui n'est pas une mince affaire du côté d'Alba où le terrain devient presqu'aussi cher qu'en Champagne, mais il garde la tête froide. Il a donné à sa grande cuvée (Vanotu) le surnom de son grand père, mais il l'élève en en barriques neuves. Sa tradition, il la réinvente un peu chaque jour.

Le comble, c'est que je n'ai perçu aucune trace de ce bois neuf; ces Vanotu (une sélection de parcelles) doivent avoir une sacrée matière pour ne pas en sortir marqués. Je me demande quel résultat donnerait un élevage en foudre.

Pelissero ne fait pas l'unanimité, d'aucuns lui reprochant une approche trop moderniste, trop américaine. Il est vrai que ses vins sont séducteurs, même jeunes, ce qui peut surprendre pour un nebbiolo censé ne donner le meielur de lui même qu'apèrs des années. Maias n'est-ce pas là la tendance générale - le consommateur n'a plus de cave, seul l'amateur pointu attend encore ses vins. Et puis, les plus vieux Pelissero (le 1995, par exemple) sont très fidèles au profil Barbaresco: authentique, élégant, racé, aux tannins fins et une bonne acidité. Ce qui est remarquable, chez Pelissero, c'est la suavité de ces tannins, justement.

J'ai dit authentique, élégant et suave. Voila trois qualificatifs qui iraient comme un gant à Giorgio, le paysan devenu vinificateur et homme d'affaires.

Pour les commentaires de dégustation proprement dit, je vous renvoie au dernier In Vino Veritas.

 

BARBARESCO VANOTU 2004

 

 

06:00 Écrit par Hervé Lalau dans Italie | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |