08 juin 2011

Graticciaia ou l'"Amarone" des Pouilles

En marge des sessions du concours Radici, j'ai visité hier soir le Castel Serranova. Outre une histoire quasi-millénaire, l'endroit jouit d'une réputation plus récente pour son Graticciaia, un vin issu de raisins passerillés, un peu sur le mode du governato vénitien. La différence, c'est qu'on utilise ici du Negro Amaro, et qu'on laisse une partie des raisins sécher au soleil, sur le toit du Castello.

Je n'ai pas tout pigé du procédé (et surtout pas comment on obtient des vins de 14° seulement à l'arrivée, vu que les raisins perdent au bas mot 40% de leur volume). Les vignes de la Tenuta Flaminio sont vieilles, en tout cas (80 ans en moyenne), et le vin passe une partie de son élevage en tonneaux. D'après ce que j'ai compris, le nom du vin provient des claies en espaliers (graticci) utilisées pour le passerillage. Le reste garde une part de mystère...

italie,gratticciaiaLe Castel Serranova (photo H. Lalau)

Franco Ziliani, qui fait toujours bien les choses, nous a organisé une dégustation de 4 millésimes, auxquels le propriétaire, M. Vallone, a ajouté un 1990, en cadeau.

 

Gratticciaia 2005

Dans ce vin, tout a été concentré: le sucre, l'alcool, mais aussi l'acidité, ce qui nous donne une trace de verdeur au nez, et en bouche, une curieuse balance entre richesse et finesse. L'alcool domine un peu en finale, tout de même. 14/20

Graticciaia 2003

Pruneau, réglisse au nez, épices en bouche; beaux tannins, très présents mais pas secs grâce au sucre résiduel (10g environ). L'impression de chaleur est encore plus marquée. 13/20

Graticciaia 1997

Cerise au nez (y compris les noyaux); la bouche est assez vive, les tannins un peu plus secs, une année moins riche, sans doute, mais pas mal de finesse. 14/20

italie,gratticciaiaGratticciaia

Graticciaia 1994

Très dense, rode très sombre; au nez, des notes de bonbon des Vosges, de réglisse, de pivoine; la bouche est très veloutée, avec des nuances de sous bois (ceps, morille, truffe). L'alcool ets très bien intégré. Le vin paraît à son optimum. 15/20

Graticciaia 1990

Le "cadeau". Déjà bien évolué. Viandeux. "Noyau de cerise, le retour". Un peu décharné, par rapport aux précédents, tout de même. L'oenologue est enthousiaste et parle d'émotion, de respect, d'héritage. Moi, un peu moins. 12,5/20.

La famille Vallone possède d'autres domaines dans la région (600ha au total) et propose bien d'autres produits (j'ai apprécié leur Fiano, notamment). Le Graticciaia est une peu la cerise sur le gâteau. D'ailleurs, M. Vallone souligne que ce type de traitement des fruits (les raisins, mais aussi les figues) a toujours existé dans les Pouilles, et qu'on s'en servait jadis pour le vin de la réserve familiale, celui des grandes occasions.

Ce soir, j'ai donc appris quelque chose!

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

00:05 Écrit par Hervé Lalau dans Italie | Tags : italie, gratticciaia | Lien permanent | Commentaires (5) | | | |

07 juin 2011

Revoir Bari... (Concours Radici)

Première journée  du concours Radici, près de Bari, dans les Pouilles. A la découverte des vins de cépages autochtones du Sud de l'Italie.

Le cadre est très classe, une résidence hotelière flambant neuve, le Borgo Egnazia, à quelques encablures de la Grande Bleue, toute en pierre blanche, imitation village apulien.

Question dégustateurs, je suis gâté, j'ai à ma droite Pierre Casamayor, à ma gauche Marek Bienzyk; en face, il y a Franco Ziliani; et au bout de la table, Jancis Robinson qui remplit à merveille son rôle de présidente.

Voila des gens qu'on ne présente plus, je suppose, dans notre petit monde. Des gens qui n'ont plus rien à prouver, et ceci expliquant cela, des gens pas trop compliqués. Sans vouloir cracher dans la soupe, ce n'est pas le cas de tous le monde dans ce métier; "il y en a qui se la pètent", comme on dit à Castelnaudary.

Bref, l'ambiance est excellente, le côté formel des dégustations n'empêche pas une sérieuse dose d'humour, une fois les notes rendues.

Radici 1.jpgLes dégustateurs (à gauche, au premier rang, le Professeur Casamayor et au fond, Jancis Robinson).

Et les vins? Je n'ai jamais dégusté autant de cépages différents (et parfois inconnus) dans un seul endroit: falanghina, fiano, bombino bianco, bombino nero, greco, aglianico, nero di troia, minotolo... à côté de ceux-ci, le negro amaro, le nero d'avola et le primitivo font presque figure de vieilles connaissances...

C'est là une bonne partie du plaisir de ces sessions, on s'étonne autant qu'on s'étalonne le palais, on apprend, on progresse. Tout n'est pas bon, oh que non, mais c'est moins la faute aux cépages qu'aux vinifications, entre ceux qui survinifient, ceux qui gomment, ceux qui lissent, et ceux qui boisent, ceux qui laissent les vins s'oxyder prématurément, aussi, il y a une belle collection de défauts techniques. L'horreur est humaine.

Mais tous les 3 à 4 vins, il y a des choses intéressantes, du plaisir, de l'inédit; un exemple entre dix: le minutolo, un cépage blanc local qui évoque à la fois le savagnin et le gewurztraminer - des senteurs de litchi, et pour les meilleurs, une bouche vive, bien sèche, bien minérale qu'on n'attend guère des blancs du Sud. J'ai aussi épinglé quelques jolis rosés de Negroamaro, et côté rouges, d'excellents nero d'avola.

En résumé, amis buveurs, vous pouvez préserver ces cépages aux vieilles racines, cette diversité, cette différence, en leur donnant votre préférence quand vous achetez des vins de cette région. On fait sans doute quelques bons chardonnays, merlots et cabernets dans le Mezzogiorno, mais quelle nouvelle couleur apportent-ils à la palette des vins du monde?

Radici2.jpgVue du Borgo Egnazia

La suite demain si j'ai du courage...

00:00 Écrit par Hervé Lalau dans Italie | Tags : vin, vignoble, bari, pouilles, radici, italie, concours | Lien permanent | Commentaires (2) | | | |