10 septembre 2011

Montalcino: le Consorzio perd la bataille du Rosso 85/15

A une écrasante majorité, les membres de l'Association des producteurs de Montalcino réunis en assemblée le 7 septembre dernier ont repoussé le dernier projet de "leur" Consorzio.  Ce projet  déposé en urgence et en pleine période de vendanges, prévoyait d'instituer deux nouvelles catégories de Rosso de Montalcino (Superiore et Sangiovese), avec toujours l'obligation des 100% sangiovese, mais d'ouvrir dans le même temps le Rosso di Montalcino "simple" à d'autres cépages, à concurrence de 15%. Bref, de faire ce que permet déjà la DOC Sant'Antimo, qui possède la même aire d'appellation. Mais pas la même force commerciale, apparemment.

Les supporters du projet entendaient "répondre à la demande des marchés", notamment des marchés allemands et américains, où selon eux, on préfèrerait des Rosso di Montalcino plus souples, moins durs.

Leurs collègues ne l'ont pas entendu de cette oreille.

A Ezio Rivella, le bouillant président du Consorzio, qui doit être bien déçu, lui qui souhaite également assouplir les règles du Brunello di Montalcino, je propose une solution pour passer outre l'opposition de sa base vigneronne décidément rétive au changement: il suffirait d'élargir son corps électoral en acceptant  dans l'association des producteurs des membres étrangers, notamment allemands ou américains, et surtout des gros importateurs pas trop regardants sur le contenu des bouteilles. Au passage, on pourrait aussi adapter la mention DOCG.

Car apparemment, il ne s'agit plus de devoir garantir une origine, mais un débouché. Je propose donc la création d'une DOCC: la Dénomination d'Origine à Caractère Commercial.

12:22 Écrit par Hervé Lalau dans Italie | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

31 juillet 2011

Morella, ou une wallaby dans les Pouilles

En réponse à ma question du mois dernier, "Qu'est-ce qui vous intéresse sur un blog?", quelques uns d'entre vous ont évoqué les portraits de vignerons ou de vigneronnes, les histoires d'hommes et de femmes. Qu'à cela ne tienne, je peux vous parler d'une belle recontre que j'ai faite dans les Pouilles, lors du concours Radici.

La dame (car c'est une vigneronne) s'appelle Lisa Gilbee. Elle est Australienne, et elle a d'abord exercé ses talents d'oenologue dans la Margaret River. Mais cela fait une bonne quinzaine d'années qu'elle traine ses guêtres en Italie, d'abord au Nord, puis dans les Pouilles, où elle a rencontré Gaetano Morella, son mari. C'est le nom de son domaine et de ses enfants.

L1030676.jpgLisa Gilbee (Photo H. Lalau)

Lisa a une jolie tête bien pleine; elle parle en mots simples de sa carrière, de son parcours, de ses aspirations, de ses vins. On devine en elle le bouillonnement des sentiments, l'attachement à sa nouvelle terre, et le désir d'en tirer le meilleur.  Il faut parfois venir d'ailleurs pour se rendre compte du potentiel, pour pouvoir passer outre les usages, les habitudes, les banalités. Lisa sait faire, car c'est est une fonceuse, une femme de caractère; aussi aime-t-elle les vins de caractère, si vous me permettez ce raccourci facile.

En tout cas, elle s'est mise en tête de réhabiliter les vieilles vignes de Primitivo, les "bush vines", comme elles les appelle - n'y voyez aucune allusion à son Australie natale, c'est comme ça que les Anglophones appellent les vignes en gobelet.

Avant de faire la conversation à ces vieilles signoras, j'ai dégusté le blanc du domaine, un fiano:

Morella Fiano 2010
De la poire, de l'aubépine et de jolies notes fumées au nez, une belle bouche très lisse, crémeuse, un boisé harmonieux, et en finale, une superbe amertume. Un vin puissant 14/20


J'ai poursuivi avec les rouges. D'abord un assemblage de jeunes vignes vinifiées en "open fermenters".

Morella Primitivo negroamaro 2008
On a bien le fruit noir du negroamaro au nez, les notes sauvages et épicées du primitivo arrivent plutôt en bouche; final un peu sur le bois, mais pas exagéré 14/20


J'ai aussi dégusté un assemblage inhabituel:

Morella Primitivo Malbek 2008
Au nez, c'est plus serré, on donne dans la cerise et la groseille à maquereau; en bouche, c'est frais, plus tannique, avec de belles notes fumées en finale. 13,5/20. Notez l'orthographe local de Malbek. Un cépage qu'on prend pour local, dans les Pouilles, depuis qu'il a été planté ici par les Bordelais à l'époque du phylloxéra.

 

Passons maintenant aux choses sérieuses... ou en tout cas, à ce qui passionne la belle Lisa; et notons que sa technique semble s'améliorer un peu avec chaque millésime. Je veux dire, on voit qu'elle sait vinifier, c'est sûr. Mias elle gagne en précision dans l'approche de ses vignes et de leur potentiel.

Enfin, pour autant qu'un quart d'heure avec elle et ses vins me permettent d'en juger. Un portrait, c'est chouette à faire, mais il faudrait vivre un peu avec les gens pour affiner le trait... Mais il y avait d'autres vins à déguster ce jour-là, c'était la présentation qui préludait au concours.

Morella Old vines primitivo 2007
Grenade, amande amère, moka au nez; en bouche, cacao, fumé, une belle interprétation du primitivo, de superbes tannins lisses, et aussi une très belle fraîcheur acide. La preuve qu'on peut être à la fois un vin sérieux et gourmand. 16/20

Morella La Signora 2007
Nez plus austère,  fruit noir cuir, notes grillées; en bouche, une belle profondeur, les tannins sont plus rugueux, on note aussi pas mal de salinité. A attendre. 14,5/20. Il s'agit d'une parcelle de clones différents, les vignes ont 60 ans

Morella La Signora 2005
Fruit sauvage, cassis, réglisse au nez; en bouuche, du cacao, des épices, des herbes du maquis; un vin plus sauvage,  le Primitivo reprend le dessus. 15/20

Morella Old vines  Primitivo 2001
Plus poussiéreux au nez; en bouche, la texture est presque crayeuse; c'st plus strict, plus sévère. En finale déboule du fruit cuit, confituré amis c'est un peu court.13/20


00:00 Écrit par Hervé Lalau dans Australie, Italie, Vins de tous pays | Tags : vin, vignoble, pouilles, australie | Lien permanent | Commentaires (1) | | | |