24 octobre 2011

Le Terroir en dégustation

Mon ami et co-dégustateur d'IVV Youri Sokolow me fait parvenir ce rapport circonstancié d'une belle dégustation de son club d'oenophiles, avec comme thème, je vous le donne en mille... le terroir. Mais je cède la parole à Youri.

Qu’est-ce que le Terroir? C’est un des termes les plus difficiles à définir - au même titre que l’Amour. Eternel débat dans le monde du vin et de la dégustation. De manière cartésienne, le Terroir est l’adéquation entre le sol, la vigne et le climat. Tout cela serait très simple, mais alors comment expliquer la production de vins médiocres sur des grands terroirs et de grands vins sur des terroirs qui le sont moins? C’est là qu’intervient le vigneron ; qui aura une influence sur le sol (labours, herbicides, …), sur la vigne (taille, rendement, …) et jusqu’à ce jour pas encore sur le climat, quoique l’irrigation est permise dans certains pays et que l’imagination humaine n’a pas de limite. Ensuite interviendront la vinification et l’élevage, qui gommera ou transcendera le terroir originel, tout dépend du point de vue.
 
Au travers de cette dégustation, nous avons exploré différentes expressions du terroir. Nous avons débuté la soirée avec le Vin de Savoir Marin Clos de Pont du domaine Delalex, qui nous a offert une belle expression minérale et saline du Chasselas. Pour suivre nous avons exploré l’Alsace et le Riesling au travers de 3 crus et de 3 propriétaires sur le millésime 1995. Le Brand de Josmeyer était ample, mais manquait un peu de profondeur et de complexité. C’est sans conteste le Clos Saint-Hune de Trimbach qui nous a offert l’expression la plus minérale et la plus pure du Riesling (La plus marquée par le terroir, diront certains). Le Rangen de Thann de Zind Humbrecht fut le plus controversé, trop vinifié pour certains, trop jeune pour d’autres.

En rouge, nous avons commencé par 3 vin issus du terroir d’Aniane, sur le millésime 1998, un bel exemple de l’influence du vigneron sur le terroir originel ; au départ d’un même millésime, sur la même commune, la manière d’assembler, de vinifier et d’élever aura donné trois vins diamétralement opposés. De loin le Domaine de Grange des Pères a dominé les débats avec un vin suave, élégant et harmonieux. À l’inverse le Mas de Daumas Gassac était dur, austère, quasi imbuvable tant la charge tannique était importante. Le Plos des Baumes, du Domaine d’Aupilhac, bien qu’également très tannique, apparaissait plus harmonieux et les tannins plus enrobés.

Ensuite, nous nous sommes rendus en Italie pour une exploration de 3 terroirs au travers de 3 vinificateurs. Débat houleux autour du premier vin, le Vino Nobile de Montepulciano Grandi Annate 2006 d’Avignonesi, expression superbe de l’élégance du Sangiovese pour les uns, vin fabriqué pour les autres. Le Valpolicella Classico 2003 de Romano Dal Forno, bien que plus élevé, apparaît suave et équilibré, belle expression du potentiel de cette appellation souvent décriée. Pour terminer, le Toscana Vigna l’Apparita 2006 de Castello di Ama, un 100 % Merlot sur le terroir de Chianti, est apparu trop jeune et masqué par le bois actuellement, mais semble posséder un solide potentiel d’évolution.

Pour terminer, avec 3 vins oxydatifs, du domaine Macle, issus du terroir de Château Chalon, mais en appellation Côtes du Jura, assemblage de 80 % Chardonnay et 20 % Savagnin. Le 2007 allie jeunesse de fruit et tension, le 2001 est plus minéral et concentré, le 1998 est de loin le vin le plus complexe et le plus long.

Au cours de cette dégustation, nous n’avons pas trouvé de réponse à notre question initiale. Finalement le Terroir ne serait-il pas simplement l’Amour du bon vin ?

Le Classement des 14 vins dégustés

1.    Vin de Pays de l'Hérault Domaine de la Grange des Pères 1998        17,50/20
2.    Alsace Riesling Clos Sainte-Hune 1995 Domaine Trimbach        17,22/20
3.    Côtes du Jura 1998 Domaine Macle                    16,36/20
4.    Côtes du Jura 2001 Domaine Macle                    16,07/20
5.    Vin de Pays de l'Hérault Les Plôs des Baumes 1998 Domaine d'Aupilhac    15,75/20
6.    Alsace Grand Cru Rangen de Thann Clos Saint-Urbain Riesling 1995 Domaine Zind-Humbrecht                                 15,72/20
7.    Valpolicella Classico Superiore 2003 Romano Dal Forno            15,56/20
8.    Alsace Grand Cru Brand Riesling 1995 Domaine Josmeyer        15,50/20
9.    Côtes du Jura 2007 Domaine Macle                    15,36/20
10.    Vino Nobile de Montepulciano Grandi Annate 2006 Avignonesi        14,81/20
11.    Toscana Vigna l’Apparita 2006 Castello di Ama                14,43/20
12.    Vin de Savoie Marin Clos de Pont 2009 Domaine Delalex            14,25/20
13.    Vin de Pays de l'Hérault Mas Daumas Gassac 1998            13,00/20

Youri Sokolow

00:05 Écrit par Hervé Lalau dans Alsace, Italie, Jura, Languedoc, Midi, Savoie, Vins de tous pays | Tags : dégustation, vin, vignoble, terroir | Lien permanent | Commentaires (1) | | | |

19 octobre 2011

"Non Jim, t'es pas tout seul!"... ou de l'utilité des blogs de vin

Mon confrère Jim Budd rentre de Brescia, où il a assisté à l'European Wine Bloggers' Conference. Voir son billet ICI

Sur le papier, c'est une excellente idée que de se frotter ainsi aux autres blogueurs de vin. Michel Smith était là aussi, et puis Ryan Opaz, bien sûr, qui organise l'événement. Je vous cite uniquement les gens que je connais, il y en avait beaucoup d'autres.

Jim a bien écouté les interventions des conférenciers. Il nous apprend qu'elles sont souvent contradictoires, c'est normal, la blogosphère vins est plurielle, diffuse, multimorphe  (dois-je vous rappeller que j'ai moi même commis ici, avec ce goût plus que douteux qui n'appartient qu'à moi, un billet tournant en dérision certaines facettes de ce microcosme?). A Brescia, certains exposés étaient du genre "ma vie mon oeuvre", d'autres du genre "moi j'ai fait comme ça". Ou plutôt, en mode Twitter "moi g fé com ça". D'autres sont plus polémiques, d'autres encore mènent une réflexion plus générale sur leur activité...

Jim se demande cependant ce qu'il doit croire: faut-il viser à accroître son audience en élargissant sa thématique, ou au contraire se spécialiser pour devenir la référence sur un domaine précis?

Je n'ai pas de réponse et en réalité, tout cela m'ennuie royalement, comme dirait Ségolène.

Nous avons la chance, en temps que blogueurs, d'être libres de nos envies. Devons-nous abandonner cette liberté pour nous lancer dans une chasse au lecteur? Je ne le crois pas. Si les blogs se mettent au marketing, ils perdront ce qui fait leur différence: leur spontanéité.

Par rapport à la presse papier (la seule que je pratique, n'ayant jamais poussé la porte des médias audio-visuels), les blogs ont l'immense avantage de nous permettre d'échapper au formatage, au rubricage, à la ligne éditoriale...

Sur Chroniques Vineuses (pub gratuite, cliquez toujours, ça vous rajeunira de 10 mois), je me laisse guider au fil de l'actualité vineuse, de mes inspirations, de mes coups de coeur, de mes dégustations, sans devoir tenir compte des modalités pratiques de publication d'un magazine.

Dois-je abandonner cette liberté pour conquérir plus de lecteurs? Et qu'en ferais-je, de ces lecteurs?

Mon blog n'est ni payé, ni parrainé, la course à l'audience n'a donc aucun sens économique pour moi. A l'inverse, parler aux "discerning few", cela ne me déplaît pas. Je n'irai pas jusqu'à dire que plus il sont "few" et plus ils sont "discerning", mais je me rends bien compte que certains des thèmes que j'aborde sont trop pointus pour intéresser tout le monde. Au nom de quoi arrêterais-je de les traiter?

Entre "mainstream" et "cutting edge", je n'ai aucun besoin de choisir.

Jim se demande aussi si la frontière entre blogueurs et journalistes n'est pas en train de disparaître. Personnellement, je ne le pense pas. La plupart des journalistes se sont mis aux blogs, c'est une évolution inéluctable. Au départ, il s'agissait de conquérir un nouvel espace de liberté. Aujourd'hui, c'est devenu la condition pour garder une certaine visibilité, alors que le nombre de pages de vins dans les journaux se réduit et le nombre de magazines spécialisés aussi.

Mais à l'autre bout du spectre, on ne voit pas beaucoup de blogueurs devenir journalistes.

Certains analystes de la chose bloguesque, parmi les plus radicaux, se demandent s'il y a un avenir pour le journalisme vineux. Je ne suis pas devin. J'aurais envie de dire que oui, pour autant qu'il apporte quelque chose de plus. Une réflexion, un recul, une analyse. Mais je n'en suis pas bien sûr. Nos lecteurs le demanderont-ils encore dans 10 ans?

Je pense que nous sommes à une charnière: jamais l'information sur le vin n'a été aussi riche et aussi accessible. Mais le niveau de bruit est tel qu'il devient difficile pour une seule voix de se faire rentendre. Par ailleurs, le buveur change. En plus du passionné qui peut en remontrer à pas mal de journalistes (y compris votre serviteur), parce qu'il déguste des vins rares et qu'il se documente en profondeur, il y a les buveurs d'étiquette, qui veulent du statut, et qu'on doit rassurer sur leur mauvais goût, et puis les hédonistes, qui veulent tout sauf qu'on leur impose nos goûts, et puis le centre mou, qui ne sait pas trop ce qu'il veut.

Difficile de plaire à tout le monde, surtout quand tout le monde a la possibilité, aujourd'hui, de donner son avis sur tout.

Quoi qu'il en soit, je pense du blogueur ce que je pense du bon producteur de vin: il ne doit pas appliquer des recettes, il ne doit pas chercher à plaire, à adapter son produit à une hypothétique clientèle potentielle. Il doit être sincère, "fournir" quelque chose qui lui ressemble, qui soit fidèle à sa vraie personnalité.

C'est ainsi, je crois, qu'il gagne et qu'il conserve l'audience qu'il mérite. Evidemment, cela exclue la production de type industriel. Mais celle-ci, vous l'aviez déjà compris si vous suivez ces chroniques, n'est pas mon principal souci.