19 octobre 2011

"Non Jim, t'es pas tout seul!"... ou de l'utilité des blogs de vin

Mon confrère Jim Budd rentre de Brescia, où il a assisté à l'European Wine Bloggers' Conference. Voir son billet ICI

Sur le papier, c'est une excellente idée que de se frotter ainsi aux autres blogueurs de vin. Michel Smith était là aussi, et puis Ryan Opaz, bien sûr, qui organise l'événement. Je vous cite uniquement les gens que je connais, il y en avait beaucoup d'autres.

Jim a bien écouté les interventions des conférenciers. Il nous apprend qu'elles sont souvent contradictoires, c'est normal, la blogosphère vins est plurielle, diffuse, multimorphe  (dois-je vous rappeller que j'ai moi même commis ici, avec ce goût plus que douteux qui n'appartient qu'à moi, un billet tournant en dérision certaines facettes de ce microcosme?). A Brescia, certains exposés étaient du genre "ma vie mon oeuvre", d'autres du genre "moi j'ai fait comme ça". Ou plutôt, en mode Twitter "moi g fé com ça". D'autres sont plus polémiques, d'autres encore mènent une réflexion plus générale sur leur activité...

Jim se demande cependant ce qu'il doit croire: faut-il viser à accroître son audience en élargissant sa thématique, ou au contraire se spécialiser pour devenir la référence sur un domaine précis?

Je n'ai pas de réponse et en réalité, tout cela m'ennuie royalement, comme dirait Ségolène.

Nous avons la chance, en temps que blogueurs, d'être libres de nos envies. Devons-nous abandonner cette liberté pour nous lancer dans une chasse au lecteur? Je ne le crois pas. Si les blogs se mettent au marketing, ils perdront ce qui fait leur différence: leur spontanéité.

Par rapport à la presse papier (la seule que je pratique, n'ayant jamais poussé la porte des médias audio-visuels), les blogs ont l'immense avantage de nous permettre d'échapper au formatage, au rubricage, à la ligne éditoriale...

Sur Chroniques Vineuses (pub gratuite, cliquez toujours, ça vous rajeunira de 10 mois), je me laisse guider au fil de l'actualité vineuse, de mes inspirations, de mes coups de coeur, de mes dégustations, sans devoir tenir compte des modalités pratiques de publication d'un magazine.

Dois-je abandonner cette liberté pour conquérir plus de lecteurs? Et qu'en ferais-je, de ces lecteurs?

Mon blog n'est ni payé, ni parrainé, la course à l'audience n'a donc aucun sens économique pour moi. A l'inverse, parler aux "discerning few", cela ne me déplaît pas. Je n'irai pas jusqu'à dire que plus il sont "few" et plus ils sont "discerning", mais je me rends bien compte que certains des thèmes que j'aborde sont trop pointus pour intéresser tout le monde. Au nom de quoi arrêterais-je de les traiter?

Entre "mainstream" et "cutting edge", je n'ai aucun besoin de choisir.

Jim se demande aussi si la frontière entre blogueurs et journalistes n'est pas en train de disparaître. Personnellement, je ne le pense pas. La plupart des journalistes se sont mis aux blogs, c'est une évolution inéluctable. Au départ, il s'agissait de conquérir un nouvel espace de liberté. Aujourd'hui, c'est devenu la condition pour garder une certaine visibilité, alors que le nombre de pages de vins dans les journaux se réduit et le nombre de magazines spécialisés aussi.

Mais à l'autre bout du spectre, on ne voit pas beaucoup de blogueurs devenir journalistes.

Certains analystes de la chose bloguesque, parmi les plus radicaux, se demandent s'il y a un avenir pour le journalisme vineux. Je ne suis pas devin. J'aurais envie de dire que oui, pour autant qu'il apporte quelque chose de plus. Une réflexion, un recul, une analyse. Mais je n'en suis pas bien sûr. Nos lecteurs le demanderont-ils encore dans 10 ans?

Je pense que nous sommes à une charnière: jamais l'information sur le vin n'a été aussi riche et aussi accessible. Mais le niveau de bruit est tel qu'il devient difficile pour une seule voix de se faire rentendre. Par ailleurs, le buveur change. En plus du passionné qui peut en remontrer à pas mal de journalistes (y compris votre serviteur), parce qu'il déguste des vins rares et qu'il se documente en profondeur, il y a les buveurs d'étiquette, qui veulent du statut, et qu'on doit rassurer sur leur mauvais goût, et puis les hédonistes, qui veulent tout sauf qu'on leur impose nos goûts, et puis le centre mou, qui ne sait pas trop ce qu'il veut.

Difficile de plaire à tout le monde, surtout quand tout le monde a la possibilité, aujourd'hui, de donner son avis sur tout.

Quoi qu'il en soit, je pense du blogueur ce que je pense du bon producteur de vin: il ne doit pas appliquer des recettes, il ne doit pas chercher à plaire, à adapter son produit à une hypothétique clientèle potentielle. Il doit être sincère, "fournir" quelque chose qui lui ressemble, qui soit fidèle à sa vraie personnalité.

C'est ainsi, je crois, qu'il gagne et qu'il conserve l'audience qu'il mérite. Evidemment, cela exclue la production de type industriel. Mais celle-ci, vous l'aviez déjà compris si vous suivez ces chroniques, n'est pas mon principal souci.

14 septembre 2011

A l'aveugle (suite): septembre

A la demande générale de Marc Vanhellemont, voici la page Septembre du calendrier Vinocom.

Bonne lecture! Et bonnes vendanges!

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08:45 Écrit par Hervé Lalau dans Belgique, Italie | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |