25 novembre 2013

La plus vieille vigne du monde!

Jusqu'à preuve du contraire, j'ai vu mardi dernier la vigne la plus vieille du monde.

Je visitais la vallée de Tramonti, près d'Amalfi, dans le cadre de Campania Stories. C'est là que se niche cette auguste grand mère, dans un écrin de verdure. Le lieu-dit est prédestiné: il s'appelle Vigna Paradiso.

Conduite en pergola, cette vigne produit toujours -  entre 200 et 300 litres de vin pour un seul pied! Il s'agit de Tintore, un cépage rouge local. Le nom du vin: "E Iss" (c'est lui, en napolitain).

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Tramonti, jolie vallée de Campanie (Photo H. Lalau)

Cette vigne - que dis-je, ce monument! - est pré-phylloxérique, bien sûr. C'est la couche de pierre ponce léguée par le Vésuve qui aurait écarté le nuisible insecte. Son tronc principal fait à peu près 40cm d'épaisseur et ses bras une dizaine de mètres de long. Ses propriétaires, la famille Di Palma, de la Tenuta San Francesco, assurent qu'elle a plus de 400 ans.

Qui dit mieux?

ampélographie

Gaetano Bove, de la Tenuta San Francesco, devant sa vigne pluri-séculaire (Photo H. Lalau)

 

Difficile, bien sûr, quand on déguste le vin de cette vigne, de faire totalement abstraction du contexte, de ne pas penser à toute la chaîne de viticulteurs qui l'ont entretenue, liée, taillée, soignée - qu'un seul ait failli à la tâche, et elle aurait pu disparaître.

J'ai fait de mon mieux. Je ne peux pas dire que j'ai senti une différence majeure, cela reste du vin, mais c'est un superbe produit, surtout remarquable par sa salinité en bouche, sa vivacité, une certaine profondeur (aussi bien dans le 2010, encore très jeune que dans le 2007, plus fondu mais peut être un poil moins structuré).

Autre belle découverte chez San Francesco: Per Eva (DOC Costa d'Amalfi), un blanc qui assemble la falanghina à deux cépages encore plus confidentiels (au moins pour moi), la ginestra et le pepella. Le 2012 est très flatteur (poire, pêche, un côté viognier mais beaucoup de vivacité en bouche; le 2009 arbore une robe un peu plus dense, son fruit a gagné en complexité (toujours la poire, mais aussi le coing, miel, truffe) sa bouche en profondeur (beurre, gras), l'acidité est superbement intégrée et l'on finit sur une salinité dont je ne saurais vous dire si elle vient de la mer, du sol, des cépages ou de ma langue qui redemande une deuxième verre...

 

ampélographie, la plus vieille vigne du monde

Et pour les prosaïques qui veulent savoir ce que vaut le vin d'une vigne quadri-centenaire: de 20 à 25 euros à la tenuta, selon les millésimes. Ce qui ne fait pas cher rapporté au nombre d'années...

Plus d'info: aziendasanfrancesco@libero.it

PS. Il y a bien d'autres raisons (vineuses) de découvrir la Campanie, comme j'ai pu m'en apercevoir ces jours-ci. La côte, la montagne, le Vésuve, les blancs, les rouges... J'y reviendrai.

09:22 Écrit par Hervé Lalau dans Italie, Vins de tous pays | Tags : ampélographie, la plus vieille vigne du monde | Lien permanent | Commentaires (4) | | | |

19 novembre 2013

Lacryma Christi

Me voici à Naples, ou plutôt, à Furore, sur la Côte Amalfitaine, à la découverte des vins de Campanie.

Je ne boude pas mon plaisir: c'est un merveilleux endroit; un balcon avec vue sur la Grande Bleue (un peu grise par temps de pluie), et dont le nom serait dû, non pas aux accès de rage du Vésuve (distant d'une quarantaine de kilomètres), mais aux flots tourmentés qui se déchaînent parfois sur sa côte.

J'ai cité le Vésuve. Intéressons-nous un instant à ce volcan. D'abord, c'est le dernier en activité de toute l'Europe continentale; mais c'est aussi un des premiers dans l'histoire dont une éruption a pu être décrite  en direct et par le menu. C'était en 79 de notre ère et le reporter de l'époque s'appelait Pline (le pauvre a perdu son oncle dans l'histoire; Rome, elle, a perdu Pompei et Herculanum).

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Le Vésuve vu de Pompei (Photo Lordwigg)

Ce qui intéressera un peu plus l'oenophile, sans doute, c'est de savoir que les flancs de se monstre à peine assoupi sont très fertiles et accueillent la vigne; et notamment, une Dénomination au nom curieux: Lacryma Christi.

Le lien avec le Christ? Les terres ont longtemps appartenu à un monastère. Et la légende raconte que ceux-ci, ayant vu les ravages du volcan, la lave qui s'écoulait de sa bouche comme un feu de l'enfer, en aurait déduit que Jésus en aurait pleuré. Difficile de concilier l'anecdote avec l'histoire du Nazaréen, mais comme on dit en Italien, "se non è vero, è bene trovato".

Cette Dénomination - vantée par Voltaire et Dumas - produit du blanc, du rosé et du rouge, que j'espère bien pouvoir déguster d'ici peu.

Les blancs assemblent verdeca (un cépage que je n'ai jamais dégusté), coda di volpe et falanghina.

Le rouge assemblent piedirosso et sciascinoso (alias avellinese).

Je n'ai qu'un seul souhait: que ces vins me tirent des larmes de joie, plutôt que de dépit...

PS. Quelques soucis informatiques m'empêchent de poster avec la régularité coutumière. Merci de votre compréhension.

00:05 Écrit par Hervé Lalau dans Italie | Tags : lacryma christi, naples, campani, amalfi | Lien permanent | Commentaires (3) | | | |