11 janvier 2014

Deux caves au pied du Vésuve (2): Casa Setaro

La Casa Setaro se situe à Trecase, au pied du Vésuve; ses vignes font d'ailleurs partie du Parc National qui protège la zone entourant le volcan (sauf des immondices, apparemment).

Il s'agit d'une entreprise familiale; Massimo et Maria Rosaria Setaro en ont fait non seulement leur gagne pain, mais aussi une philosophie de vie, un point d'ancrage.

Les vignes, elles, s'ancrent... dans la lave. Elles sont même en pieds francs. Toute la zone a été noyée sous des tonnes de cendres et de pierres volcaniques lors de l'éruption de 79. Concrètement, aujourd'hui, on trouve principalement des graviers gris et du sable noir, riches en éléments divers (potassium, phosphore, silice, fer...). Faut-il s'étonner après ça de retrouver de la "minéralité" dans les vins? Pour une fois, le mot aurait-il un sens?

A noter, par ailleurs (mais c'est sans doute lié), le grand potentiel de vieillissement des vins. Le beau travail de l'oenologue Carmine Valentino n'y est sans doute pas étranger non plus. C'est lui aussi qui prête son talent aux vins de Rocca del Principe (Taurasi) et à ceux de San Francesco (Costa d'Amalfi), dont je vous ai déjà vanté ici les mérites.

 

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Massimo dans sa vigne, au pied du Vésuve


Lacryma Christi del Vesuvio Bianco 2012
Très franc au nez, zeste d'orange, épices du maquis, genêt; assez riche en bouche, mais beaucoup de fraîcheur, et une belle amertume en finale. Cépage: Caprettone. 14,5/20

Lacryma Christi del Vesuvio Bianco 2007
Au nez, on croirait un Marsala; belles notes de noix, de foin et de coing; la bouche est pleine de miel et de poire, très riche; et toujours cette amertume, cette sapidité en finale qui donne l'envie d'un autre verre. Superbe. Cépage: Caprettone. 16/20

Lacryma Christi del Vesuvio Rosso 2012
Fruit noirs et fumé au nez (lapsang souchong); jolis tannins, la rondeur du fruit contraste avec la fraîcheur finale, une pointe d'acidité (groseille), une note de silex. Presque exclusivement Piedirosso. 15/20

Lacryma Christi Del Vesuvio 2011
Ici le fruit est rouge, bien mûr (fraise, framboise), la bouche fondue, l'ensemble très équilibré, avec un côté un peu plus "sage" que le 2012. Beau potentiel. 14,5/20

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00:14 Écrit par Hervé Lalau dans Italie | Lien permanent | Commentaires (2) | | | |

25 décembre 2013

C'est Noël, parlons d'espoir!

Je suis convaincu que la préservation du terroir, au sens où je l'entends, et qui n'engage que moi (sols + climat + traditions et méthodes culturales) est une bonne chose, ainsi que la conception qui a présidé à la fondation des appellations, qui va dans ce sens. Je pense juste qu'elle a été dévoyée, voyez-vous.

Plutôt que de donner à nouveau des exemples de déviances, de mentions vides de sens, d'amalgames qui sont pour moi autant de tromperies sur la marchandise, j'ai envie de penser positif, de parler de ce qui va bien. Des trains qui arrivent à l'heure, parfois...

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One after 909



Quand l'origine est vraiment dans la bouteille

Une des plus belles dégustations de l'année 2013, pour moi, aura été celle des Côtes Rôtie organisées chez In Vino Veritas ce printemps. Deux maîtres mots: homogénéité dans la qualité. Cela ne voulait pas dire que tous les vins étaient pareils. Une bonne cohésion de l'AOC n'empêche pas chaque producteur d'apporter sa "patte" de vigneron.

Ni même qu'elle abrite en son sein quelques "suceurs de roue".

Dans un même ordre d'idées, mais hors de l'Hexagone, je pense à la dégustation des Fiano d'Avelino organisée sur place par Campania Stories. Là encore, tous les vins ne se ressemblaient pas (surtout que l'effet millésime jouait à plein), mais il y avait un gros fil rouge - ou blanc, en l'occurrence. Un cépage exprimant un terroir, ou vice versa - et le tout, interprété par des vignerons. Un peu comme des musiciens donnent vie à leurs instruments, eux-même mis au service d'une oeuvre, d'une partition qui date parfois de plusieurs siècles...

Toujours dans l'esprit des ces appellations qui en sont vraiment, ou qui le redeviennent, j'ai envie de citer les Baux de Provence, Patrimonio, Les Terrasses du Larzac et Bourgueil. Et puis Cahors, qui revient de tellement loin. J'en oublie, bien sûr, mais ce sont celles qui me viennent à l'esprit aujourd'hui.

Yes, they can!

Autant d'îles de typicité (même si je n'aime guère le mot, mis à toutes les sauces) dans un océan de médiocrité et de compromissions? Peut-être, je n'aime pas généraliser, car sans doute il y a-t-il de bonnes volontés un peu partout. Surtout, j'ai envie de terminer l'année sur une note d'espoir. C'est mon côté enfant de choeur.

Si ces appellations-là sont capables de le faire - je veux dire, de mettre de l'ordre dans LEUR maison, de fédérer sans diluer, de rassembler sans édulcorer, alors d'autres le peuvent.

S'il est juste de dénoncer les abus (y compris les abus de langage), il est juste aussi de reconnaître que certains ne font pas qu'utiliser leur petit coin de vignes, son nom, son histoire, sa réputation, à des fins marketing ou commerciales, mais qu'ils le mettent vraiment en valeur.

C'est souvent d'abord une aventure humaine. Une poignée de battants qui se groupent pour faire respecter leur patrimoine commun. Se battent contre les moulins sataniques de la course au volume et au rendement, de la consommation de masse, du moins disant viticole.

J'avais envie de leur rendre hommage et aussi de leur dire: vous n'êtes pas seuls. Votre combat est juste, n'en changez pas; et comme journaliste, épris de vérité, épris de la réalité derrière les mots, vous aurez toujours en moi un allié.

Bonnes fêtes à tous!

00:00 Écrit par Hervé Lalau dans France, Italie | Lien permanent | Commentaires (3) | | | |