01 novembre 2015

Ma bouteille de Chianti au Canada

Travaillant dans un pays, la Belgique, où l'on embouteille encore une bonne partie des vins importés (on pourrait aussi dire "enbibés", puisque certains grands distributeurs belges logent aujourd'hui le vin de petit prix en carton plutôt qu'en bouteille), je n'ai guère de philosophie arrêtée sur la question de l'embouteillage dans la région de production ou non.

Comme consommateur, j'ai tendance à préférer l'embouteillage à la propriété, non parce que cela me semble plus qualitatif, mais parce que cela correspond mieux à l'idée que je me fais d'un "vin de producteur", totalement responsable de son vin de la vigne à la bouteille. 

Même si je sais bien que le vin portant la mention "embouteillé à la propriété" est parfois embouteillé... au camion.

Par ailleurs, j'ai du mal à percevoir l'avantage réel que procure l'embouteillage dans la région de production - ou même, dans l'aire de production. On évoque souvent un meilleur contrôle. J'ai mes doutes. En quoi un lot de vin produit à Wissembourg m'offrirait-il une meilleure garantie d'authenticité parce qu'il est embouteillé à Colmar ou à Thann plutôt qu'à Nancy, à Belfort... ou même, à Bercy ou à Bruxelles? Qui contrôle quoi, et comment? Combien de cuves ou de camions-citernes font-elles l'objet d'une analyse? 

Des scandales révèlent régulièrement des fraudes aux appellations, ou même aux noms de cépages, que ce soit pour des ventes de vrac que pour des ventes de bouteilles, hors appellation ou en appellation; je pense aux affaires du Brunellogate, du pinot noir de Limoux, ou plus récemment, à Labouré-Roi. Il ne me semble pas évident que le lieu de mise en bouteille garantisse en rien le contenu du produit fini, ni même les contrôles officiels, puisque la plupart de ces affaires ont été révélées sur dénonciation.

Quoi qu'il en soit, si telle est la réglementation censée protéger le producteur et (accessoirement) le consommateur, alors, il s'agit qu'elle soit effectivement respectée.

Mazia.jpg

Que faut-il penser, dès lors, du vin d'Antonili Mazia, un Chianti Classico DOCG embouteillé... au Canada, évoqué voici peu par mon excellent confrère Marc André Gagnon.

Rappelons en effet que le Disciplinare de cette DOCG interdit la vente en vrac (et même l'embouteillage hors de la zone de production, sauf communes limitrophes).

Nous autres journalistes rigolons souvent de cette mention italienne: "Dénomination d'Origine Contrôlée ET Garantie". A cause de la redondance. Comment peut-on contrôler sans garantir?

Nous avons à présent la preuve que l'on peut garantir sans contrôler. Et ce n'est pas qu'un problème italien, notez bien.

Quant à la réaction du Consorzio ("sujet sensible, no comment"), elle contraste violemment avec la volonté de transparence et de traçabilité affichée jusque sur son site, dont c'est justement une des rubriques!

Et si, finalement, la solution était de moins promettre, de moins réglementer, pour ne pas avoir à tricher ou à dissimuler?

A propos d'Antolini Mazia (dont je n'avais jusqu'ici jamais entendu parler), j'observe que cette marque apparemment bien introduite au Canada vend également au monopole de l'Ontario un pinot grigio de raisins italiens et canadiens.

01:17 Écrit par Hervé Lalau dans Italie | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

19 octobre 2015

Trop aromatique?

Un vin peut-il être trop aromatique?

Dit comme cela, ça paraît curieux, surtout de la part de quelqu'un comme moi, qui avoue être très "nasal" dans son approche du vin.

Et pourtant, la réponse est oui. Surtout si l'idée est d'assortir le vin à des plats.

J'en veux pour preuve ce spumante italien rapporté d'une récente dégustation chez In Vino Veritas.

 

Arômes.jpg

Cette cuvée, notre panel ne l'avait pas sélectionnée, justement à cause de ses arômes entêtants de raisin, de maracuja et de pomme verte. Pourtant, le vin était propre, net, et j'ai donc voulu le tester dans d'autres conditions - au calme, chez moi, à l'apéro, puis sur différents plats.

Le verdict est très mitigé. Pas de doute, c'est bien fait, mais le nez est vraiment envahissant. J'ai servi le vin à mes filles - respectivement 20 et 24 ans, en me disant que c'était peut-être un style trop jeune pour moi.

Elles aussi ont été étonnées par la richesse des arômes, brièvement séduites, mais aussi rapidement lassées. 

Aucun accord - poisson fumé, viande blanche en sauce n'a fonctionné. 

Même avec les cacahuètes, j'ai eu un peu de mal à finir mon verre!

C'est peut-être moins une  question d'arômes que d'équilibre - ce qui plaît sur un Asti, ou une Clairette ancestrale, quand les agrumes et les fruits blancs semblent survoler le vin, quand l'acidité fait un mariage d'amour avec le sucre, peut devenir devient agaçant dans ce type de spumante.

Bref, voilà, me semble-t-il, une fausse piste. D'autant plus regrettable que ni la matière première ni la compétence oenologique ne me semble en cause - je ne sais pas si ce sont les levures utilisées, ou la maturité des raisins qui peut expliquer ce déferlement d'arômes. Je suis certain que c'est délibéré (la maison est sérieuse), que c'est c'est l'effet recherché, et à ce titre, rien à dire, le but est atteint.

C'est juste que ça me gave, comme on dit chez les moins de 20 ans.

A bon entendeur, salut! 

 

 

09:30 Écrit par Hervé Lalau dans Italie | Lien permanent | Commentaires (7) | | | |