16 septembre 2012

Tunis, septembre 2012: faut-il à nouveau brûler Carthage?

Ce n'est pas pour me vanter, mais vendredi, je me trouvais sur les hauteurs de Carthage, près des vestiges de la ville antique, quand j'ai vu monter de l'horizon, en direction de Tunis, une épaisse colonne de fumée noire. La guide qui m'accompagnait me parlait justement des 3 semaines d'incendie allumés par les Romains lors du siège de Carthage,. Cet incendie allait détruire l'orgueilleuse cité rivale de Rome, provoquant au passage ce que nous qualifierions aujourd'hui de génocide. Les archéologues retrouvent encore les traces de cadavres calcinés. En 146 avant JC, les "barbares", c'étaient nous, enfin, nos lointains ancêtres latins...

Avec ce feu impressionnant, en ce 14 septembre 2012, j'avais l'impression d'être projeté deux millénaires en arrière. L'impression était d'autant plus étrange que le paysage était d'une beauté rare; la mer qui scintillait entre le Cap Bon et la plage semblait être figée dans le temps.

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Vendredi soir à Carthage (photo H. Lalau)


Cette colonne de feu, c'était celle de l'attaque des salafistes contre l'ambassade américaine, en réaction à un obscur film qu'on dit blasphématoire.
Je ne suis pas compétent pour en juger. Eux non plus puisqu'ils n'ont pas vu le film.
Je peux juste témoigner, par contre, de la réaction des Tunisiens de la rue, à Tunis, à Sidi Bou Said, à Carthage. Ils étaient horrifiés: "Ce n'est pas notre pays! Ce n'est pas bon pour la Tunisie!"


J'étais venu en Tunisie pour goûter le vin, et bien sûr, connaissant un peu les développements politiques intervenus depuis la Révolution du Jasmin, et notamment la présence au sein de la coalition au pouvoir d'un parti islamiste, je me suis interrogé.

La Tunisie possède un héritage viticole exceptionnel, qui remonte à Carthage, mais qui ne s'est pas éteint avec elle; le protectorat français lui a redonné de la vigueur, mais l'indépendance ne l'a pas étouffé. Le Tunisien de base aime le vin et en consomme.

La qualité est là, les conditions naturelles étant très favorables et la technologie ayant formidablement progressé ces 15 dernières années. Oui, mais quid de l'avenir? Les prochaines élections, en mars, seront cruciales pour le pays et ses orientations. J'espère que la culture de tolérance que partagent la grande masse des Tunisiens (ou du moins, c'est ce que j'en ai perçu) l'emportera sur la tentation de l'extrémisme et du repli.

Les événements d'hier, et surtout les réactions très négatives des Tunisois face à la violence des débordements - notamment lors de l'attaque de l'école américaine, me donnent un espoir raisonnable. Car si, comme le disent certains médias, "plusieurs milliers" de manifestants ont tenté un assaut sur l'ambassade, combien de millions de Tunisiens les ont désapprouvés? En tout cas, de Sidi Bou Saïd à Carthage en passant par Lafayette et le Belvédère, tous les quartiers que j'ai traversés, je n'ai vu aucune manifestation d'allégresse, juste de la gêne.

Le vin n'est bien sûr qu'un petit enjeu, dans ce grand débat, mais il est un des symboles de l'ouverture du pays et de sa fierté vis à vis d'un héritage qui rassemble toutes sortes de périodes historiques, de peuples et de cultes ayant existé sur ce bout de la terre africaine.

Je n'ai aucune leçon à donner aux Tunisiens; par mon petit témoignage, qui vaut ce qu'il vaut, je voulais juste vous faire savoir que loin de se féliciter de ce que vous avez vu sur vos écrans, les gens d'ici le déplorent et le considèrent même comme une provocation, une manifestation d'un esprit anti-tunisien.

À la santé de la Tunisie!

00:31 Écrit par Hervé Lalau dans Histoire, Tunisie | Tags : actualité | Lien permanent | Commentaires (2) | | | |

29 septembre 2011

Au Liban, le vin redevient à la mode

Un ami oenologue, Eli Maamari, qui travaille pour le fameux château Ksara (le patriarche des vins au pays du cèdre), m'a amené à m'intéresser aux vins du Liban. Il faut dire que mon premier contact, le Prieutré de Ksara, dégusté lors des Sélections Mondiales de Québec en 2009, à été plus que probant. Ces gens savent faire du vin.

liban,ksara,ixsir

 

Aujourd'hui, ce vieux pays de la vigne (celui de Noé, selon la tradition) semble attirer tous les regards. Au côté des grands anciens comme Ksara, Musar ou Kefraya, on trouve bon nombre de nouveaux venus. Parmi eux,  des hommes d’affaires connus pour d'autres activités, comme Carlos Ghosn, le Pdg de Nissan-Renault.

Libanais d'origine, celui-ci s'est lancé dans l'aventure en 2007 dans la ville de Jezzine, où a été créé un domaine de 66 hectares, sous le nom d’Ixsir. Il a pour consultant de luxe  Hubert de Boüard, du Château Angélus (Saint-Emilion).

Les vignes sont réparties entre Batroun, au Nord du pays, Jezzine au Cud et les coteaux de la Békaa. Cultivées suivant les principes de l'agriculture raisonnée, les parcelles accueille aussi bien du cabernet sauvignon que de la syrah, du tempranillo, du caladoc ou encore du merlot (un cépage dont de Boüard est familier). Le premier millésime est sorti en 2009.  Je n'ai pas encore y l'occaion d'y goûter. Je ne me prononcerai donc pas.

Mais sans préjuger de l'intérêt des vins, l'arrivée de grands hommes d'affaires (on pourrait aussi citer les Saadé, à Château Marsyas) démontre que le vin est à la mode, au Liban.

Souhaitons que la filière puisse se structurer et parvenir à comuniquer de manière efficace. Dans un pays aussi complexe, où certains responsables politiques pronent toujours l'interdiction de la consommation du vin (mais dont la base électorale comporte de nombreux apporteurs de raisins), ce n'est pas une mince affaire.

Au fait, le 28 octobre prochain, les vins du Liban dégarquent à Paris. J'y serai, et je vous raconterai.



00:05 Écrit par Hervé Lalau dans Histoire | Tags : liban, ksara, ixsir | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |