25 mai 2011

Terra incognita

A 50 ans bientôt, je regarde derrière moi et je me dis que j'ai eu la chance de visiter pas mal de vignobles au monde, de l'Europe en passant par le Chili et l'Afrique du Sud. Mais l'esprit humain est ainsi fait qu'il voit souvent le verre à moitié vide. Avec un peu d'avance, j'adresse donc au Père Noël ma liste de voyages encore à faire.

Des coins dont j'ai pu goûter les produits, ou pas; des vignobles tout près, ou très loin. Des appellations réputées, ou pas. Des voyages qui font rêver, ou pas.

Voici donc les endroits que j'ai vraiment envie de voir dans les années qui viennent, mes zones blanches sur la carte du vignoble mondial, ma "terra incognita":

-Coteaux du Vendômois/Coteaux du Loir

-Coteaux du Layon

-Duras

-Ardèche

-Gaillac

-Irouléguy

-Béarn

-Saint Véran

-Saint-Chinian

-Minervois

-Crépy

-Die

-Thann

-Alsace Grand Cru Schoenenbourg

-Gigondas

-Coteaux d'Aix

-Côtes Roannaises

-Châteaumeillant

-Saint Pourçain

-Quincy

-Morgon

-Pays d'Auge (Calvados)

-Armagnac

-Madiran

-Corneilla de la Rivière

-Saint Honorat

-Ribera del Duero

-Costers del Segre

-Açores

-Lanzarote

-Santorin

-Nemea

-Mantinia

-Samos/Lesbos

-Tunisie

-Hermanus

-Olifantsrivier

-Nouvelle-Zélande

-Cinque Terre

-Calabre

-Franciacorta

-Neuchâtel

-Bio-Bio

-Neuquen

-Salta

-Baja California

-Speyside

Comme vous le voyez, j'ai du pain sur la planche.

01 mai 2011

Eric Boschman en "live" depuis Santorin

Mais qu’est ce qu’elle est belle cette île lorsque l’on se présente devant ses falaises de toutes les couleurs. Il suffit d’un demi rayon de soleil pour illuminer les strates des différents résidus éruptifs. Si au fond de vous sommeille un petit Haroun Tazieff, c’est le moment, c’est l’instant!

santorin.jpgSantorini: la vue

Il faut dire que c’est vraiment fascinant, les teintes des roches vont du vert foncé au rouge sang séché en passant par le noir de geais et j’en passe et des meilleures. Une fois arrivé sur la faîte de ce morceau de cratère, les reliefs tourmentés succèdent aux plaines bosselées, ça c’est un concept un peu particulier dont je suis très fier, partout, entre les maisons éclatantes de blancheur, poussent les vignes.

S’il est bien un endroit dans le monde où le génie de l’humain à su adapter la liane sacrée aux conditions climatiques complexes et extrêmes c’est ici. Il aura fallu des siècles et des siècles pour que les hommes puissent produire un vin hors normes qui fera la réputation de l’endroit. L'histoire de Santorin commence dans la fureur du volcan sur lequel les habitants de "Kallistè" (la Très Belle) vivaient peinards. Vers 1700 av. J.C., le réveil du volcan provoqua une explosion de lave et de pierre ponce qui recouvrirent l'île d’une épaisse couche, détruisant toute vie, aboutissant au morcellement de l'île originelle en une multitude de petites îles et à la formation d'une caldèra dans laquelle s'est engouffrée la mer. Santorin en est le plus grand fragment. Le sous-sol de l'île est constitué de couches de scories, tuf et lave. Le sol est un mélange de pierre ponce et de cendre volcanique.

Vignes à Santorin.jpg

Santorini, la vigne

Trois siècles après, l'île fut à nouveau habitée. Les habitants durent apprendre à survivre sur une île aride battue par les vents, avec pratiquement pas de pluie et disposant d'un sol peu propice aux cultures, c’est le moins que l’on puisse en dire. Au fil des siècles, ils inventèrent des méthodes de culture particulières, adaptées aux conditions extrêmes de l'île. Afin de limiter les dégâts du vent sur les vignobles, les viticulteurs créèrent des systèmes de terrasses à l'aide de morceaux de lave pétrifiée pour les murets.

Si le climat et les sols sont peu propices à la culture de la vigne, les sols sableux de l'île ont permis aux vignobles d'échapper aux ravages du phylloxera et de figurer parmi les rares vignobles francs de pied. La culture de la vigne se fait toujours par marcottage sans le recours aux greffes. Mais les vignobles locaux doivent supporter d'autres contrariétés et, notamment, les faibles ressources en eau. A défaut de pluies, les vignes reçoivent des brumes marines qui, durant les nuits d'été, déposent une quantité d'eau non négligeable. Le sol poreux absorbe très rapidement cette humidité, ce qui empêche son évaporation. A ce phénomène vient s'ajouter un autre facteur climatique, les "meltèmes", vents saisonniers qui soufflent le jour en été, venant diminuer le degré d'humidité atmosphérique et protégeant les vignobles de la pourriture grise. Les conditions climatiques avec des températures élevées, une longue période estivale, de très faibles précipitations et des vents violents, ont conduit les viticulteurs à développer au fil des générations des pratiques culturales spécifiques, adaptées aux besoins des vignes.

C'est ainsi que les vignes ont été taillées en corbeille, "ampéliès", protections végétales contre le sable fin qui pourrait meurtrir les bourgeons et les raisins. Pour former ces corbeilles si caractéristiques, les vignerons pratiquent un système de taille appelé le "gobelet en couronne" qui consiste en une courbure et un entrelacement des sarments. Aujourd'hui cette pratique qui requiert patience et expérience est pratiquée sur l’ "assyrtiko", le principal cépage blanc indigène de l’île.

Le patrimoine viticole de Santorin, fait des cépages les plus anciens des Cyclades, est à tout point de vue exceptionnel et unique en Grèce. Mais cette terre, qui de tout temps a parlé la vigne, est devenue beaucoup plus rentable à partir du moment ou elle a découvert le tourisme ; depuis les trente ou quarante dernières années. A la place des ceps ont commencé à pousser sur l'île des hôtels, des maisons à louer, et j’en passe et des meilleures, un fléau! Le moindre mètre carré est devenu terrain à bâtir. Aucune mesure n'est prise à Santorin pour empêcher le délire ; il n'y a pas de plan directeur pour l'utilisation du sol. En d'autres termes, la terre agricole en général, le vignoble en particulier ne bénéficient d'aucune protection. Si le vignoble de Santorin est encore vivant, il le doit aux grands et petits viticulteurs qui achètent des terrains et continuent à les cultiver. Mais les résultats, parfois spectaculaires, de ces initiatives privées ne doivent pas tromper. Le vignoble de Santorin est engagé dans un combat, presque, d’arrière garde. Seule une protection efficace pourrait l'en détourner avant qu'il ne soit définitivement un goût du passé.

La semaine prochaine, c’est promis, on goûte !



00:10 Écrit par Hervé Lalau dans Grèce | Tags : boschman, santorin, vin, vignoble | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |