22 février 2008

J'aime le foie gras - et je l'écris

Attention, cette chronique pourrait choquer certaines âmes sensibles. Comme c'est là, pour moi, le prix de la liberté d'expression, je ne m'en excuserai pas. 

 

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Un récent article de Decanter relate les actes de vandalisme d'activistes anti foie-gras, en Angleterre, à l'encontre d'un restaurateur. Actes qui ont conduit le restaurateur en question à retirer le foie gras de sa carte.

Sans même juger du fond de ce problème (faut-il ou non gaver des oies?) et de son importance, je réprouve les méthodes de ces groupuscules ultra-minoritaires qui imposent leurs vues à la majorité silencieuse.  Plus généralement, je pense que les gens qui nous disent quoi penser, quoi manger, quoi boire, voire nous l'imposent, sont dangereux.

Les lobbystes anti-vin, dont j'ai déjà eu l'occasion ici de vous entretenir, en sont un autre exemple. Certes, ils ne recourrent pas encore au vandalisme, mais ils ne se privent, ni des campagnes publicitaires dégradantes pour le vin, ni de l'acharnement judiciaire.

 

Ce que j'oie, l'oie l'oit-elle? 

Ce qui m'a encore plus choqué, c'est la complicité de Decanter par rapport à ce type d'actions. Aucune réprobation! Mais l'on apprend au détour de l'article qu'une collaboratrice du magazine anglais, qui mangeait du foie gras, a viré sa cutie depuis qu'elle a visité une ferme d'élevage et n'en mangera plus jamais.

Fort bien, je ne chercherai pas à la reconvertir. Je respecte ses opinions. Mais cela ne donne pas le droit à Decanter de me faire la leçon, ni aux honnêtes producteurs de foie gras. Et encore moins d'ennuyer d'honnêtes lecteurs d'un magazine dont la sphère de compétence n'est pas l'oie, mais le vin (jusqu'à preuve du contraire).

 

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J'ai aussi visité des fermes, et sensiblerie pour sensiblerie, je me rappelle de la fermière qui pleurait à chaque fois que ses oies, "ses petites", comme elle disait, partaient à l'abattoir. Et puis, mon niveau de sensibilité par rapport à la vie des animaux d'élevage n'est pas le même que celui de ma consoeur anglaise. C'est la vie, on peut très bien vivre avec ce genre de différences - et n'embêter personne.

Je souhaite que les organisations coupables de vandalisme soient poursuivies et condamnées; j'espère aussi que les représentants des producteurs se défendront becs et palmes contre les agissements de ces agitateurs. Pourquoi la majorité est-elle toujours si silencieuse? Faut-il avoir honte d'être démocrate et respectueux des lois?

 

Attention au fatalisme 

On pourrait sourire de tout ça, et même avoir une certaine tendresse pour ces exaltés de la cause animale. D'autant que, dois-je vous l'avouer, je ne mange pas si souvent de foie gras que ça. Tout devrait nous inciter à baisser les bras, à passer à autre chose, à se dire que dans le fond, ces gens sont bien intentionnés...

Sauf qu'à y regarder de plus près, c'est notre mode de vie qui est en jeu. Il se trouvera bien quelques politiciens, un jour, pour relayer le lobbying des anti-foie gras. Il paraît qu'en Californie, c'est fait, le foie gras est interdit. Admirons le beau tour de passe passe: les Etats-Unis autorisent la vente des armes à feu, la chaise électrique ou la mort par injection, mais interdisent, qui le foie gras, qui les fromages au lait cru, qui le sexe oral (oui, ce type d'interdiction existe).

Si l'on souhaite que cette vague-là ne déferle pas un jour sur nos pays, il serait bon de rappeller que notre liberté finit où celle des autres commence, et que pour le foie gras comme pour le vin ou l'amour, nous n'avons besoin de personne pour nous dire ce que nous devons penser. Ceux qui entendent nous protéger de nous -mêmes, faire notre bien malgré nous, ressemblent fort à des totalitaires.

Ces gens-là me font frémir comme les livres d'Orwell ou d'Huxley. Notre seule défense, contre eux, c'est de répéter notre opposition à leurs vues.

Quel que soit le thème, quel que soit l'intérêt que nous pouvons avoir pour le sujet, c'est la liberté d'expression qu'il faut défendre. Peut-être mettez-vous au même rang le camembert au lait cru et l'emmental industriel sans croute, c'est votre droit le plus strict. Peut-être au contraire cette problématique vous empêche-t-elle de dormir. Nous n'avons pas tous les mêmes passions - heureusement.  Mais nous devrions tous - et pas seulement les journalistes - faire nôtre la phrase de Voltaire: "Je ne suis pas d'accord avec ce que vous dîtes, mais je me battrai pour que vous puissiez le dire".

Pas sûr, au train ou vont les choses, que beaucoup de journalistes prennent demain le risque de prendre la défense du foie gras ou du vin. Il n'est que temps de réagir.

Bon, les âmes sensibles peuvent reprendre leur lecture, j'en ai fini pour cette fois.

10:20 Écrit par Hervé Lalau dans Grande-Bretagne | Lien permanent | Commentaires (3) | | | |

15 février 2008

Un grand moment

Christopher Fielden, Chairman du Circle of Wine Writers, fêtait voici quelques jours dans son fief du Wiltshire ses 50 ans d'activité dans le vin. Un parcours entamé à Liverpool (eh oui, au temps des Beatles) et qui l'a conduit aux 4 coins de la planète vin, comme le montrait l'assistance très cosmopolite qui se pressait au Tollgate Inn de Holt. Outre ses amis britanniques du CWW et du négoce, on trouvait là des Champenois, des Bourguignons, des Espagnols, un Uruguayain, un Australien, et j'en oublie certainement.

Côtés vin aussi, c'était très  varié: une belle manzanilla de la Gitana, un somptueux Champagne Blanc de Blanc de Chartogne-Taillet, un Hautes de Beaune Blanc (60% pinot beurot, très enjoué) de Mazilly Père & Fils, un beau Riesling bien vif de chez Allan Scott, à Marlborough (NZ), le MC 2006 de Marqués de Caceres, le Reserve Shiraz de Driftwood Estate (AUS), le Tokaji Azsu 2000 de Disznoko; et en vedette espagnole, le tout premier millésime du nouveau Pago de Chivite, Arinzano (un 2001, une splendeur de tannins veloutés, vraiment très raffiné).

Bref, un grand moment dans la vie d'un dégustateur, qui plus est en très bonne compagnie. Et j'oubliais de vous dire que le repas était très bon. Comme quoi l'Angleterre vaut beaucoup mieux que sa réputation à ce niveau.

Quant à celle de ses critiques vineux, elle n'est plus à faire. Alors, être tout simplement là, aux côtés de ces gens compétents et charmants (et oui, c'est compatible), c'était comme une récompense.

Merci, Christopher!

 

Tollgate Inn

 

09:17 Écrit par Hervé Lalau dans Grande-Bretagne | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |