27 juin 2008

Un nom peut en cacher un autre

Notre confrère Jim Budd le révèle dans Decanter: la Bordeaux Wine Trading Company, société de vente de vins en primeur actuellement mise en examen par la police de sa Gracieuse Majesté, vient de réapparaître sous une nouveau nom:  First Growth Investments (FGI). Le nouveau nom a été enregistré en avril.

La Bordeaux Wine Trading Company n'aurait pas honoré pour 215.000 livres de commandes.

Tout justiciable est réputé innocent jusqu'à preuve du contraire, mais un client averti en vaut deux. 

19:31 Écrit par Hervé Lalau dans Grande-Bretagne | Tags : vin | Lien permanent | Commentaires (1) | | | |

18 mai 2008

The Dark Side of The Food

La chronique dominicale et très éclairante de notre ami Eric Boschman - Grand Prix Lanson FIJEV de la Presse Belge du Vin 2008, s'il vous plaît!

«Etre privé d’un sens est, nous en convenons tous, une horreur sans nom. Même si certains de nos brillants représentants semblent en avoir perdu plusieurs depuis quelque temps, pour les gens comme vous et moi, c’est le genre de chose que l’on souhaite de tout cœur ne jamais vivre. La légende populaire affirme que nous sommes capables de compenser ce qui nous manque. Il semblerait que les sens restants deviennent plus «fins» et donnent nettement plus d’informations que dans leurs vies précédentes. Ayant eu la chance, jusqu’à présent, de n’être privé, et fort partiellement, que de mon odorat à l’une ou l’autre occasion, j’avoue que ce genre de démonstration restait pour moi, un peu dans la brume.
 
johnny_walker

 
Il y a quelques jours, à l’invitation de Diageo, je suis retrouvé les yeux bandés, dans le noir en plus, à déguster des choses que je ne voyais pas. Sensation étrange, un rien angoissante, il faut bien le dire. Du moins au début. Le fait de s’asseoir à une table, de devoir trouver ses couverts, son eau, son pain, le beurre, la serviette, j’en passe et des meilleures, entraîne une série d’actions étonnantes par rapport au quotidien d’un voyant. Il ne faut pas longtemps pour se rendre compte que les autres sens deviennent plus aigus, plus «ouverts». C’est très surprenant. D’autant plus pour moi que, la chose se passant à Amsterdam, j’ai bien vite perdu en plus l’usage de mes oreilles.

A cet instant de mon déclin personnel, mon nez s’est rappelé à mon bon souvenir. Tout devenait facile. Certes, je pratique la dégustation comme un sport régulier et quotidien, mais parfois la fatigue, le stress et d’autres facteurs charmants du même style oblitèrent mes capacités. Là, dans le noir, les choses sont apparues en pleine lumière. Je sais, vous êtes en train de vous dire qu’il faut m’enfermer, que j’ai trop fumé tant que j’étais là-bas ou que je suis en pleine crise mystique. Erreur, les gars! Je suis en pleine forme.

J’étais donc invité par cette entreprise pour découvrir autrement un de leurs produits-phare. Diageo, ça ne vous dit rien, c’est normal, c’est le nom d’un groupe qui se trouve simplement être le premier mondial en matière de production d’alcools. Rien que ça. Le genre de boîte présente dans plus de 180 pays et qui occupe plus de 20.000 personnes. Pour la petite histoire, ou la prochaine question du concours DH, sachez que Diageo vient des mots DIA (jour en latin) et GEO (monde en grec), ce qui signifie que les gens peuvent déguster les marques du groupe partout et tous les jours.

Dans le portefeuille de la maison, existe une gamme répondant au doux nom de Johnnie Walker. Le frère de Luke-Sky. Et le cousin de Cordell, le Texas Ranger. Savez-vous que John Walker fut un entrepreneur réputé au début du dix-neuvième siècle ? C’est à Kilmarnock, en Ecosse, que l’homme développa un commerce d’épices, aromates et distillats. Comme il était expert dans l’assemblage des thés, il se dit que tout compte fait, un whisky qui aurait un goût constant et régulier, ce serait une belle idée.
 
Aussitôt dit, aussitôt fait, et hop, début de l’aventure. Les générations suivantes vont pérenniser l’œuvre de l’aïeul. C’est en 1909 que le petit-fils de John va créer les Red et Black Labels. C’est dire si les produits sont depuis quelques années sur le marché. C’est aussi à cette époque que naquit la fameuse image du «Striding Man». Ce gars qui, avec ses bottes d’équitation, marchait résolument vers la gauche il y a quelques années. Il marche maintenant vers la droite, parce que des experts en marketing ont pensé un jour que ce mouvement avait une signification plus positive que le précédent. Cherchez pas, vous ne pouvez pas comprendre, moi non plus, vivant dans le monde réel, le marketing nous est très étranger.

Pour en revenir au produit, c’est en 1909 que sont posées les bases de cet assemblage de plus de 40 whiskies. L’air de rien, même si un récent snobisme prétend que seuls les malts valent le déplacement, la complexité d’un bon blend, c’est pas mal aussi. En fait, dans un blend, si l’on remet les choses au niveau des vins, on peut se dire que l’on est face a des cuvées d’éleveurs. La patte de Monsieur Grafé, à Namur, sur l’évolution de ses vins est unique, par exemple. Il en va de même pour un blend de qualité, on aime, on se fidélise à un type d’assemblage plutôt qu’à un autre.

Je sais, votre beau-frère, celui qui vient de recevoir sa BM de société et qui vous gonfle avec sa fatuité crétine (pléonasme redoutable, hein?) affirme que les blends sont juste bons à être largement arrosés de Coke et d’un demi iceberg. C’est con, il va encore falloir attendre cinq ans pour changer de beauf, mais en attendant, vous pouvez toujours le conchier. Au minimum.

Comme dans les malts, il existe dans les blends des différences de saveur, de style et de parfums qui donnent à ces produits de multiples usages. Faudrait arrêter de se prendre le chou sur ce genre de choses. Certes, un blend de 12 ans d’âge (ce qui signifie que parmi les 40 whiskies utilisés dans l’assemblage, pas un n’a moins de 12 ans) peut être utilisé dans un cocktail, ce n’est pas pour cela qu’il n’est qu’un aromatiseur de soda. Un peu de respect, quand même !

Bon, pour en revenir à cette dégustation à l’aveugle, je vous conseille de l’essayer à la maison, et en plus, c’est quand même bien fun. Faites ça le soir de préférence, c’est plus facile pour l’obscurité. Ensuite, offrez à vos convives un masque, du modèle de ceux que l’on reçoit lors des longs voyages en avion. Asseyez tout le monde autour de la table et servez. L’idéal étant de décomposer les parfums des vins ou des alcools à déguster dans les plats que vous préparerez. Dans le cas qui nous occupe, les saveurs dominantes tournent autour de la fumée, de la vanille, des fruits frais et des fruits secs, surtout la figue et les raisins. Ajoutez-y quelques touches de mangue, un rien de tannins et une petite pointe d’amertume en fin de bouche pour relever le tout et hop, c’est in-ze-pocket.

Allez, comme vous avez été bien sages pendant toute la lecture, je vous propose une recette simple et super rafraîchissante à faire pour fêter le retour des beaux jours : Fallen Apple, c’est le petit nom de la chose.
Dans un verre à long drink, écrasez deux tranches de citron vert dans 15 ml de sirop à la vanille. Ajoutez de la glace pilée et puis 35 ml de Johnnie Walker Black label. Mélangez et ajoutez la même quantité de jus de pomme. Mélangez encore une fois, ajoutez une tranche de pomme en garniture et soyez heureux. Sauf si au fond du jardin, n’abusez pas de la chose, en voiture c’est moyen comme truc, surtout après le second».  

Eric Boschman GPL

09:48 Écrit par Hervé Lalau dans Grande-Bretagne | Tags : scotch | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |