26 février 2014

Une petite incursion dans l'univers des Malts

Mon premier aperçu de la variété des malts écossais remonte à une dizaine d'années, lors d'un voyage de presse chez Drambuie.

Cette variété n'était pas sans me rappeler la diversité des vins. Une diversité que j'avais pu apprécier "cask strength" (non dilué) à la Scotch Malt Whisky Society d'Edimbourg.

Et que j'ai pu à nouveau vérifier récemment chez In Vino Veritas, où Philippe Stuyck avait organisé une dégustation de 15 malts du groupe Diageo.

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Le tourbillon des saveurs (Photo (c) H. Lalau)

Je ne vais pas déflorer le sujet, qui fera l'objet d'un dossier spécial dans la revue. En attendant, pour vous mettre l'eau (de vie) à la bouche, voici mes impressions très personnelles sur 4 des produits dégustés, qui illustrent bien la variété des styles de ce que l'on peut trouver au sein des "classic malts"...

Les commentaires sont la synthèse entre les notes prises lors de l'olfaction (le whisky étant encore pur) et en bouche (dilué à raison d'environ un volume de malt pour un volume d'eau).

 

Echantillon N°1 Cragganmore 12 years old

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Cragganmore

Origine: Speyside (mais dans sa partie intérieure).

Premier nez très fin, ananas, fenouil, poire, orange. En bouche (réduit autour de 20°): zeste d'oranges amères, boisé léger, une grande élégance.

A noter que la maison utilise des alambics très particuliers, assez plats, et à cols de cygne en T. La Distiller's Edition est vieillie en pipas de Porto.

Echantillon N°2: Royal Lochnagar 12 ans d'âge (Distiller's Edition)

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Lochnagar

Nous sommes dans les Highlands, un peu en dessous de la Speyside. Non loin du château de Balmoral (le whisky doit son nom de Royal à une visite d'Albert et Victoria en 1848).

Première grande apparition des notes iodées au nez, agréablement complétées de fruits secs (amandes) et de crème brûlée. C'est cette crème brûlée qui prend le relais en bouche; un whisky plutôt frais, avec en finale quelques nuances poivrées. La fin de l'élevage se passe dans des fûts ayant accueilli du muscat (de Setúbal ou de Málaga, je suppose...).

Echantillon n°3: Coal Ila 12 years old

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Coal Ila (Islay, Côte Nord)

Origine: Islands. Et plus précisément, Islay, au Sud (le climat le plus doux d'Ecosse, grâce au Gulf Stream).

Première offensive de la tourbe dans notre dégustation, mais dans la mesure; nez fumé, quelques notes iodées, et puis des choses assez incroyables: liqueur d'angélique, gentiane, fleurs diverses. La robe est pâle, le style évoque un produit plus jeune, et pourtant, c'est bien un 12 ans d'âge. La maison préfère les fûts de deux refills, qui marquent moins le whisky. Elle a raison: cela ne fait que renforcer sa complexité, sa subtilité. A noter aussi une belle souplesse en bouche, un joli gras.

 Echantillon n°4: Lagavulin 16 ans d'âge

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 Lagavulin (Islay, Côte Sud)

Origine: Islay (un peu plus au Sud que Coal Ila, face à la péninsule de Kintyre). Le nom signifie: à peu près "le vallon près du moulin" en gaélique.

Retour de la tourbe au nez, mais bien contrebalancée par des notes fruitées (abricot, amande) et de miel.  En bouche, c'est plutôt la réglisse qui prend la suite Un whisky puissant, mais qui laisse presque une sensation de fraîcheur en finale (menthol, acidité?).

Vieillissement: fûts de bourbon (avec une "finition" en fûts de PX pour la Distiller's Edition).

En résumé: quelle richesse! Et encore n'ai-je commenté que 4 des 15. malts proposés. De quoi donner l'envie de renouveler l'expérience - et pourquoi pas sur place, un jour? On peut toujours rêver...

Hervé Lalau

00:05 Écrit par Hervé Lalau dans Grande-Bretagne | Tags : scotch malt whisky | Lien permanent | Commentaires (2) | | | |

15 janvier 2014

Réduire le nombre de régions en France - et les AOC aussi?

5 ans après le rapport Balladur, 63 ans après la création des "régions programmes" (par le gouvernement de Vichy) et 225 ans près le premier projet de régionalisation de la Constituante, voici que l'on reparle de la simplification administrative, et notamment de la réduction du nombre de régions en France.

Un député PS cite l'objectif de 15 régions au lieu de 22 pour la Métropole.

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Premier projet de découpage de la France en régions (1789)

Ce tour de passe-passe serait obtenu par la fusion de plusieurs régions: Alsace et Lorraine, Centre et Pays de la Loire (sauf Vendée et Loire Atlantique) Bourgogne et Franche Comté, Haute et Basse Normandie (dont on n'a jamais trop compris pourquoi elles étaient deux), Aquitaine et Poitou-Charentes (plus Vendée), Auvergne et Limousin. Mais aussi par le démantèlement de la Picardie (l'Oise allant à l'Ile de France, la Somme et L'Aisne au Nord Pas de Calais).

Et par l'élargissement de la Bretagne à la Loire Atlantique. La capitale bretonne restant à Rennes... ou pas.

Le projet soulèvera sans doute encore bien des oppositions politiques (quid des présidents de régions et de leurs cabinets?) et laisse quelques incongruités. La forme de la nouvelle région Nord, de Dunkerque à Condé en Brie, serait passement tarabiscotée. Surtout, Languedoc-Roussillon (même éventuellement augmenté de l'Aveyron) et  Champagne Ardennes deviendraient de petites régions face aux nouveaux ensemble. D'aucuns proposent alors de créer une région Grand Est, agglomérant Champagne-Ardennes, Lorraine et Alsace. Et de fusionner Midi-Pyrénées et Languedoc Roussillon.

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Les régions actuelles

Reste à choisir le chef-lieu de chaque nouvel ensemble: Metz, Reims ou Strasbourg? Montpellier ou Toulouse? Bonjour la prise de tête!

Et qui a dit que les limites des départements étaient intangibles? Le Tarn & Garonne n'existait pas à la création des département; les limites de la Meurthe et Moselle sont un héritage de la guerre de 1870, le Var a été raboté lors de la réunion de Nice à la France (au point que le fleuve Var ne coule plus dans le département). Moi qui suis d'une famille de l'Oise, je verrais bien le Sud du département, la partie "française", revenir à l'ile de France (qu'elle n'aurait jamais dû quitter), et la partie nord, le plateau picard, rejoindre la Somme...

On peut bien sûr privilégier d'autres pistes: s'en tenir aux Zones d'action de la Datar (créer des sortes de collectivités de collectivités).

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La France des zones de la DATAR

Ou partir dans tout à faire autre chose: créer une région Bretagne-Corse-Alsace (pour que leurs régionalistes règlent leurs problèmes de langues entre eux). Ou encore, Paris-Lyon-Marseille (pour les fans du TGV). Qui a dit qu'un région devait avoir une continuité de territoire?

Pour rapprocher l'administration du citoyen, on pourrait aussi céder la Dordogne aux Anglais (en contrepartie du Quartier français de Londres); les Ardennes à la Belgique (en échange de la commune de Waterloo).

On peut aussi continuer à en causer et ne rien faire.

Mais si je vous en parle, c'est surtout que je me dis que cette réorganisation pourrait préluder à une simplification bien plus importante, et plus radicale: la diminution du nombre d'AOC de vins. Ce nombre serait ramené à 200, dans un premier temps. Par la transformation des AOC régionales (Bordeaux, Bourgogne, Alsace...) en IGP régionales, notamment.

C'est pour rire, bien sûr. En France, on préfère empiler.

PS. En ce qui concerne les "métropoles", la fusion projetée des départements de la petite couronne avec Paris me fait l'effet d'un retour vers le futur: jusqu'en 1964, ils ne formaient qu'un seul département, la Seine. Je le sais, j'y suis né!

14:05 Écrit par Hervé Lalau dans France, Grande-Bretagne, Pour rire | Lien permanent | Commentaires (1) | | | |