30 avril 2014

Envie de gerber

Hier, c'était la sortie officielle du classement 2014 des meilleurs restaurants du monde - pardon, The Worl's Best Restaurants, établi par le magazine anglais Restaurants et subventionné par Sanpellegrino (Nestlé).

Il y a beaucoup à dire sur la méthodologie de ce classement. Il suffit de gratter un peu. De faire fonctionner sa mémoire; même un poisson rouge devrait pouvoir se souvenir qu'en février 2013, le Noma de Copenhague (n°1 au classement) a dû fermer ses portes après que 63 de ses clients y aient contracté une intoxication alimentaire. Comme le Fat Duck de Londres, lauréat en 2005.

Un journaliste un tant soit peu curieux aurait pu aussi se demander pourquoi la majorité des restaurants cités sont des adeptes de la cuisine moléculaire; Perico Légasse l'a bien fait, lui!

Un rédac' chef un tant soit peu motivé aurait pu inciter ses troupes à s'interroger sur la représentativité de ce classement, sur l'influence exacte du sponsor, Nestlé, fournisseur officiel d'adjuvants textures moléculaires de ces majestés gastronomiques; sur le choix des restaurants en compétition... Avec, en question subsidiaire: où sont passés les restaurants français? Ne faut-il pas plutôt parler d'un classement des restaurants d'avant-garde, d'un classement de la cuisine expérimentale

Oui, mais en lui et place de ce travail d'investigation, hier, les téléspectateurs de la RTBF, télévision publique belge, ont eu droit à quelques minutes d'enfumage.

Mes confrères belges ont diffusé par deux fois, à 13h et 20h, un reportage consacré à ce classement, images et interviews de deux des chefs primés à l’appui – celui du Noma et celui de Can Roca.

Correction. Il ne s’agissait pas d’un reportage mais d’un "récit-montage" (c’est comme ça que c’était indiqué en petit à la fin sur l'écran). Car la RTBF n’a pas fait le déplacement de Copenhague ni de Barcelone. Pas assez d’argent. Ou pas assez de journalistes. Elle s’est donc contentée d’habiller les images reçues – de traduire les interviews, d'ajouter un plan passionnant du pilier de l'entrée du seul restaurant belge cité (le Hof Van Cleve) et de faire monter la sauce avec un petit commentaire enthousiaste. 

Le pauvre téléspectateur ne saura jamais rien des raisons de cette complaisance. Et voila 5 minutes de journal qui ne coûtent pas cher.

Vous me direz que ce n’est qu’un classement de cuisiniers, après tout. Que ça ne change pas la face du monde. Mais qu’est-ce qui me prouve qu'on consacre vraiment plus de travail quand on couvre l’actualité en Ukraine, les affaires de politique intérieure, DSK, Morelle, Cahuzac, le vrai faux téléphone de Sarkozy, le conflit israëlo-palestinien?

Pour le vin et la gastronomie, je connais un peu le dessous des cartes, alors je peux exercer mon esprit critique. Mais pour le reste, je n’ai  pas de compétence particulière et je ne suis parfois qu’un consommateur d’images. Tout ça me donnerait presque envie de gerber. Et pourtant, je fréquente guère les grands restaurants moléculaires.

09:44 Écrit par Hervé Lalau dans Belgique, Europe, France, Gastronomie, Grande-Bretagne | Lien permanent | Commentaires (1) | | | |

28 avril 2014

"The problem with Châteauneuf du Pape"

Lu sur le site de Decanter, sous la plume d'un lecteur, M. Butler:

"The only problem with Châteauneuf du Pape is that it is a blend and growers have many varieties to blend from,as back labels are not as informative as they could be, you have to find a grower whose blend you like and stick with him.Just buying a bottle of Châteauneuf du Pape can lead to disappointment."

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Cépages, élevage, climat, lieux-dits... faut-il mettre tout ça sur la contre-étiquette? LE plus simple est encore de déguster! 

(Photo H. Lalau)

 

Pour moi, le seul vrai "problème" est que des amateurs de vin aient encore besoin de se rassurer avec des mentions de cépages sur la contre-étiquette. Pourquoi ne goûtent-ils pas avant d'acheter? Pourquoi ne s'informent-ils pas? L'information sur les vins, à l'ère des forums et des blogs, n'a jamais été aussi abondante et facile d'accès. La contre-étiquette est un élément facultatif, développé en premier lieu pour la vente en libre-service, et si sa valeur est souvent limitée, c'est parce que c'est d'abord un élément de communication commerciale. Il y a des exceptions, des étiquettes vraiment informatives, mais on ne peut généraliser.

Se pose bien sûr, en filigrane de ce commentaire, la vieille question de la "typicité" des appellations.

L'AOC n'est au fond est une indication de provenance, elle garantit le respect d'un certain cahier des charge, une obligation de moyens, pas de résultats. Elle n'a jamais évité les "déceptions"; et en quoi la mention du pourcentage de Mourvèdre ou de Grenache dans l'assemblage serait-elle une garantie de qualité, voire d'identité? Je peux trouver une demi-douzaine de raisons pour lesquelles, à partir d'un même assemblage (mentionné ou pas sur la contre étiquette), les vins seront tout à fait différents à l'arrivée: le type de sols, les micro-climats, le moment de l'assemblage (raisins ou vins de cuve, vins élevés); le type d'élevage; les levures utilisées; la compétence du vigneron; sa maîtrise des rendements, etc...

Faut-il demander au vigneron de s'engager sur le goût de chaque vin, d'énumérer les molécules odorantes sur la contre-étiquette? Au nom du fameux principe de précaution, faudra-t-il bientôt apposer sur chaque bouteille des mentions du genre "produit pouvant décevoir le consommateur, le surprendre, le dégoûter ou le ravir"?

M. Butler, si vous voulez éviter toute surprise, arrêtez le vin!

00:21 Écrit par Hervé Lalau dans France, Grande-Bretagne, Rhône | Tags : châteauneuf-du-pape, précaution, cépage | Lien permanent | Commentaires (1) | | | |