21 juillet 2014

Le vin de Guinevere

Ces jours-ci, je découvre avec délices l'univers très décalé de Donovan, un artiste dont je ne connaissais guère que quelques tubes pop comme Yellow Mellow, mais qui mérite plus d'attention.

Cet Ecossais est un poète, mais aussi un briseur de règles qui n'aime rien autant que mélanger les rythmes et les styles; il est aussi à l'aise dans le calypso, dans la musique indienne que dans le celtique. 

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Son influence a été énorme et variée, des Beatles, des Stones à Steve Hillage en passant par King Crimson, Genesis, Cat Stevens ou Led Zeppelin (John Paul Jones était son arrangeur, Jimmy Page un de ses guitaristes attitrés). 

Il crée un univers onirique, plein de fées, de rivières et de brumes celtiques, d'Atlantes, de nobles dames du temps jadis. Il résume à lui seul pas mal des années 70. Mais avec 5 ans d'avance.

Une de ses compositions dans ce style, Guinevere, évoque le vin, et j'y ai trouvé le prétexte d'évoquer ici ce troubadour:

"Draped in white velvet, silk and lace

The rustle of her gown on the marble staircase

Sparkles on fingers slender and pale

The jester he sleeps but the raven he peeps

Through the dark foreboding skies of the royal domain

Maroon colored wine from the vineyards of Charlemagne

Is sipped by the Queen's lip and so gently..."

Reste la question à 1000 écus: le Corton s'exportait-il à la cour du roi Arthur?

Arthur a-t-il d'ailleurs jamais existé?

Esprits terre à terre s'abstenir.

00:05 Écrit par Hervé Lalau dans Bourgogne, Grande-Bretagne | Lien permanent | Commentaires (1) | | | |

29 juin 2014

A la santé de M. Juncker!

Le nouveau président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, traine une réputation d'alcoolique pas du tout anonyme. Réputation que ses amis anglais (amis est un trait d'humour) ont courtoisement rappelé juste avant son élection. C'était sans doute plus facile de l'attaquer sur ce thème que sur son engagement européen. 

On a parfois l'impression que le meilleur candidat au poste, pour nos amis d'outre-Manche, est celui qui sabordera le plus vite la construction européenne; mais passons.

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Jean-Claude Juncker (Photo McZusatz)

Je ne connais pas M. Juncker. J'ignore ce qu'il boit exactement. Du bon, j'espère. C'est pour moi la vraie question. La question qualitative. Est-ce un homme de gout?  J'ai lu qu'on l'accusait de petit-déjeuner au Cognac. Les Britanniques sont-ils vexés que ce ne soit pas du Scotch?

Et puis, il y a des lacunes dans le raisonnement: que boit-il à midi? À quatre heures? Avant d'aller se coucher? 

On voudrait en savoir plus. On a le droit de savoir. Que fait la presse d'investigation? Serait-elle morte avec le News of the World et ses écoutes téléphoniques?

Plus sérieusement, je trouve très douteux de traiter ainsi quelqu'un d'alcoolique à la face du monde, que ce soit un homme public ou un simple citoyen.

Primo, où sont les preuves? S'agit-il d'une véritable addiction qu'il faut traiter? A-t-il déjà pris Angela Merkel pour un éléphant rose ou François Hollande pour une bouteille de Champagne?

Secundo, en quoi cela interfère-t-il avec ses fonctions? Après tout, les mêmes rumeurs circulent déjà depuis 2010 au moins - on dit aussi que c'est un gros fumeur. Et cela ne l'a pas empêché depuis de remplir la charge de premier ministre au Luxembourg. Et même d'être réélu. 

Cette histoire a de quoi faire sourire. Elle devrait pourtant nous mettre en garde. Contre les accusations gratuites. Contre une forme de dictature du politiquement correct. On n'admettrait plus, de nos jours, qu'un homme ou une femme politique soit empêché(e) d'accéder à une fonction parce qu'il ou elle trompe son conjoint, ou parce qu'il ou elle est homosexuelle, ou parce qu'il ou elle est de telle ou telle confession. Ou même, parce qu'il ou elle a touché au cannabis (certains s'en vanteraient plutôt). 

Alors pourquoi devrait-on stigmatiser quelqu'un qui boit ou qui fume?

Que la Grande-Bretagne décide ou non de sortir de l'Europe, on est en droit de demander à ses politiciens et à ses éditorialistes de respecter une certaine décence dans le combat politique.

Pour terminer, je me permets de leur rappeler qu'Hitler était on ne peu plus sobre, tandis que Churchill, pas vraiment. Si les deux avaient été candidats au poste de M. Juncker, je me demande si les eurosceptiques anglais auraient utilisé les même pathétiques arguments.

Alors, en résumé, et sans préjuger de sa politique, je me permets de lever mon verre de Rasteau (Ortas 2012) à la santé du dit Juncker! Et de tous les épicuriens d'Europe.

00:05 Écrit par Hervé Lalau dans Europe, Grande-Bretagne, Luxembourg, Pour rire, Vins de tous pays | Lien permanent | Commentaires (1) | | | |