18 novembre 2010

Unesc-roquerie?

Cocorico! Le "Repas Gastronomique des Français" est inscrit au Patrimoine Mondial de l'Humanité. Rubrique "patrimoine immatériel".

Cocorico.jpgVive nous!

Immatériel. C'est l'adjectif idoine, puisque ce "repas gastronomique" est de plus en plus rare en France, aussi bien dans les familles qu'hors du foyer, parce que la transmission du savoir faire culinaire se fait de moins en moins, faute de temps, faute d'intérêt de la part des jeunes, aussi.

Finalement, cet inventaire de l'Unesco, c'est un peu comme le classement des vieilles pierres: il intervient toujours un peu tard, quand la bâtisse menace de tomber. Et il est même parfois contre-productif, car il ralentit les travaux de consolidation.

Les plus optimistes nous disent que ce classement devrait justement permettre aux Français de renouer avec leur gastronomie. Comme j'aimerais le croire! Mais à part ce classement, qui ne coûte pas grand chose, flatte notre ego et récompense pas mal de chefs légèrement morts, que va-t-on faire, concrètement? La gastronomie, ça ne se décrète pas.

Et demain?

Va-t-on donner des cours de cuisine dans les écoles? Va-t-on renforcer le cursus dans les écoles hôtelières? Diminuer les charges sur le personnel? Réserver l'emploi des chèques repas aux seuls restaurants, pour inciter les gens à ne plus les fourguer chez Leclerc ou Lidl? Ou va-t-on juste créer un n-ième observatoire? Le Haut Commissariat à l'Education du Goût? Si ça n'existe pas déjà...

J'aimerais tellement être plus enthousiaste... mais en attendant, force est de constater que la gastronomie est de moins en moins abordable. Que les marges pratiquées sur les vins sont indécentes. Que la baisse de la TVA, réclamée à cor et à cri, n'a pas eu l'effet de baisse des prix escompté.

Que McDo se développe toujours, malgré José Bové. De même que les sandwicheries ou les doner kebab. Que le service et l'accueil dans la petite et moyenne restauration sont de plus en plus déplorables - surtout si l'on compare avec les pays limitrophes, où l'on semble avoir compris que c'est le client qui fait vivre les établissements. Que les restaurants de grande gastronomie française ont été doublés par leurs homologues espagnols, italiens ou danois, en termes médiatiques comme en termes de créativité, et sont relégués au statut de has-been. Ce qui est à la fois injuste (quand on regarde ce qu'on a effectivement dans l'assiette) et mérité: pourquoi diable donnerait-on des étoiles aux restaurants d'un pays qui se désintéresse de sa gastronomie?

Ma tante cuisine toujours aussi bien. Et prend le temps de le faire. Mais la nouvelle génération en est aux pizzas surgelées.

Le grand écart

Et que les Masterchefs et autres programmes culinaires à grand spectacle et petite ambition culturelle ne fassent pas illusion: le Français moyen s'y voit déjà, il juge les pauvres candidats avec la sévérité d'un Vatel, mais sur un savoir faire qu'il n'a pas et sur des plats qu'il ne connaît pas, parce qu'il ne les mange jamais. Et une fois la télé fermée, il retourne à ses coquillettes.

On jugera de l'écart qu'il y a entre cette réalité et les conclusions du Comité du Patrimoine de l'Unesco, dans les attendus de sa décision: selon lui, «la gastronomie française relève d’une pratique sociale coutumière destinée à célébrer les moments les plus importants de la vie des individus et des groupes. Repère identitaire, le repas à la française est séquencé – entrées, plats, fromages, desserts –, servi à table, avec une adéquation entre mets et vins d’une grande diversité et une présentation soignée.»

Pour être plus spécifique: le remplacement du vin par du Coca-Cola (vous savez, cette boisson qui donne du bonheur dans les repas en France, si j'en crois la pub) s'inscrit-il dans la démarche de l'Unesco?

Vive la France! Vive L'Unesco! Vive le patrimoine gastronomique français! Vive les arbres qui cachent la forêt!

Oserai-je présenter mes oeufs sur le plat au prochain classement?

00:05 Écrit par Hervé Lalau dans France, Gastronomie | Tags : gastronomie, unesco | Lien permanent | Commentaires (4) | | | |

12 septembre 2010

Faire-part

Tous les amis du Jaune, du Comté, du Morbier et autres délices du Jurassique Parc sont heureux de vous faire part de la naissance du petit Jésus... de Morteau. Ou plutôt, de l'IGP Jésus de Morteau, selon la nomenclature européenne.

Mais référons-nous au texte officiel de l'INAO:

"Le règlement européen enregistrant l’Indication Géographique Protégée «Saucisse de Morteau ou Jésus de Morteau» a été publié au Journal Officiel de l’Union Européenne du 21 août 2010.

La saucisse ou "jésus" de Morteau est une saucisse droite de forme cylindrique élaborée à base de viande de porc. Les porcs utilisés pour la fabrication de la saucisse ou jésus de Morteau, sont des porcs nourris au petit lait.

Le fumage de la saucisse ou jésus de Morteau lui donne une couleur typiquement ambrée. L’arôme de fumée est une des principales caractéristiques de la saucisse ou jésus de Morteau, obtenu notamment par la lenteur de son fumage réalisé à partir de bois de résineux. Historiquement, la saucisse ou jésus de Morteau est fumée dans de vastes et hauts fumoirs appelés «thués».

photo.php.jpegA Morteau, et nulle part ailleurs...

La texture de la saucisse ou jésus de Morteau se caractérise par son moelleux et sa souplesse. En bouche, le produit ne doit ni être dur ni caoutchouteux, mais ferme et juteux.

 La zone de production s’étend sur les quatre départements constituant la région de Franche-Comté: le Doubs, le Jura, la Haute-Saône et le Territoire de Belfort. Cette aire géographique correspond à la zone de savoir-faire traditionnel d’élaboration et de fumage de la saucisse ou jésus de Morteau. 

 A partir du début du XXème siècle, la production porcine de la zone s’est développée du fait de l’augmentation des quantités de lait et donc de petit lait disponible. Les porcs produits, jusqu’alors destinés uniquement à une consommation familiale, ont pu alimenter le marché, d’abord des bouchers et charcutiers locaux, avant de concerner le marché régional."

 En 2009, on comptait 31 fabricants et 60.000 porcs élevés au petit lait, pour une production de 4.077 tonnes de saucisse de Morteau.

Des gens qui ont la religion... du travail bien fait.


 

   


 

00:01 Écrit par Hervé Lalau dans France, Gastronomie, Jura | Tags : jésus, morteau, jura, saucisse, igp | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |