28 juin 2011

Objectivité, compétence, blog, journalisme... ma réponse à Pierre-Marie

Je réponds à M. Pierre-Marie, qui m'interrogeait hier soir, benoîtement, sur ce métier de journaliste du vin, l'objectivité, la compétence, etc...

M. Pierre Marie,

Je pense que je n'en saurai jamais assez assez pour faire autorité. Ni des enjeux, ni de la vigne, ni de l'ensemble du secteur.

Je pense aussi que les visites sur le terrain sont les moments les plus importants du métier - je pars en Corse dans quelques jours, j'ai hâte d'y être, de rencontrer des vignerons, de les faire parler, d'arpenter les vignes. D'essayer de comprendre leurs vins, leur région, pour vous en parler en connaissance de cause.

Maintenant, je crois qu'il faut établir un distingo entre cet "espace de liberté-ci", ce blog, et la presse au sens strict.

Un billet sur un blog, ça se nourrit de l'air du temps, ce n'est pas écrit pour l'éternité. Même si un journaliste n'enlève jamais vraiment sa casquette de journaliste, je m'autorise sur mon blog des commentaires personnels que je ne me permettrais sans doute pas dans les magazines. J'y sui plus naturel, plus rapide, moins "autorisé". Ces commentaires sont ils toujours avisés? Pas forcément. Mais tout de même, argumentés (sauf dans le cas de billets d'humour, évidemment).

Je me considère comme un artisan de la plume, qui apprend de tout, de ses réussites comme de ses erreurs, comme un menuisier apprend de ses outils et du fil de son bois. Et en ce qui concerne la poésie, que vous évoquez dans votre commentaire d'hier: j'essaie de faire la part des choses. Oui, il y a des commentaires de vins émouvants ou des portraits qui laissent une certaine place à la poésie, à une petite forme d'art que je qualifierai, en ce qui me concerne, de mineur. Mais les articles de fond sur un pays, une région, un type de vin, non, là on est plutôt dans le journalisme pur (pour autant que ça existe), l'enquête, les questions, les réponses, les analyses.

Pour revenir à l'objectivité, je pense que c'est un but qu'un journaliste doit toujours rechercher même s'il sait qu'il ne l'atteindra pas. C'est le B-A-Ba du métier; de même que l'obligation d'écouter, de se documenter, de retranscrire fidèlement ce qu'on vous a dit. Un journaliste, qu'il exerce dans le vin ou ailleurs, c'est un passeur, pas un acteur, ni un décideur, ni un créateur; plutôt un accoucheur de petites et grandes vérités. J'ai une sainte horreur de ceux qui manipulent les faits pour les faire rentrer dans leurs idées. J'espère bien que ce n'est pas mon cas, même malgré moi.

Je parle ici des journalistes, car les chroniqueurs ou les critiques peuvent avoir une conception différence. Le désir d'influencer, d'agir sur leur environnement. De retirer les bénéfices d'une certaine notoriété, d'un savoir-faire, aussi, peut-être.

Et pour la compétence? Et bien disons  qu'après une vingtaine d'années dans ce secteur, dont une dizaine vraiment en tant que spécialité, je me trouve moins compétent que je devrais l'être pour écrire les articles que j'ai envie d'écrire. Pour faire "le tour de la question". Mais je me trouve quand même plutôt plus compétent que d'autres dont je lis les articles sur le vin avec, parfois, une certaine stupéfaction.

Mais je n'ai aucune leçon à donner; je me répète, l'important, ce n'est pas celui qui écrit, mais ce qu'il écrit, son sujet, et éventuellement, mais seulement après, comment il l'écrit. Sincèrement, je ne pense pas que le meilleur de mes articles puisse apporter autant à un amateur de vin... qu'un bon verre de vin!

00:30 Écrit par Hervé Lalau dans Belgique, France, Fromages, Gastronomie, Vins de tous pays | Tags : vin, vignoble, journalisme | Lien permanent | Commentaires (4) | | | |

20 avril 2011

Les Chardonnays de Patriarche

Ce dimanche, par une belle après-midi de printemps, mon ami Marc Vanhellemont et moi nous sommes attelés à la dégustation de quelques chardonnays de la maison Patriarche, aimablement mis à notre disposition par Julien Lepont. Nous connaissons tous les deux la maison pour l'avoir visitée ensemble à plusieurs reprises, grâce à l'excellent Laurent Courtial (Rouge Granit).

Mais ayant encore à l'esprit le post de François Mauss sur l'indépendance journalistique, nous avons fait abstraction de ces bons souvenirs pour nous attacher aux vins, et aux vins seulement. Avaient-ils été "préparés" pour nous? Certainement pas. Ce n'est pas le genre de Julien. Et puis nous n'étions pas aux Primeurs. Il s'agissait de produits de la gamme "négoce", la base de l'offre de Patriarche, donc.

L'exercice avait un intérêt non négligeable: de nous permettre de calibrer nos papilles sur les différentes expressions du Chardonnay, avec un millésime de belle facture: 2009.

Et parce que j'ai été échaudé récemment lors d'une dégustation de Bourgogne blancs, j'ai consciencieusement redégusté les vins le lendemain midi chez moi. Bien m'en a pris, car dans certains cas, j'ai noté des améliorations. Sensibles. Un conseil, donc: n'hésitez pas à carafer vos chardonnays...

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Les forces en présence

Mercurey 2009

Iode et citronnelle au nez; la bouche est fraîche, avec des nuances de biscuit au beurre; puis déboulent quelques notes florales et même, plus surprenantes, des notes de cognac ou de whisky de malt. 14/20

Auxey-Duresses 2009

Un peu de réduction, mais avec le temps, apparaissent de sympathiques notes d'acacia et de fleurs blanches.  La bouche est joliment boisée, pas trop. Bonne acidité. Un vin très équilibré, beau représentant d'une appellation voisine de Meursault, mais beaucoup moins connue. C'est à droite au fond en sortant... 14,5/20

Chassagne-Montrachet 2009 Les Embazées

Fin. Complexe, fruits confits au nez (mandarine et mangue, dixit l'ami Marc); puis du grillé-beurré, du gras et de la vivacité, en bouche; très belle longueur,  un impression de plénitude; de la tension, de la sapidité, aussi. 15,5/20

Mâcon-Villages 2009

Quel joli nez! Fleurs blanches, pêche blanche, tarte aux reine Claude, très séduisant. En bouche, ce vin présente un beau gras, mais rien de pâteux. C'est solaire, drions-nous. En finale, retour du fruit, bien enrobé; et puis surtout, un  goût de revenez-y. 15,5/20

Meursault 2009

Je n'ai pas tellement aimé le boisé grillé envahissant, doucereux, ni l'amertume. Est-ce à ça que font allusion les ABC (anything but chardonnay)? Pour cette prise de contact, ma note est de 11/20. Le lendemain, c'était un peu mieux. Le bois semblait mieux intégré, on notait un certain gras, de l'amplitude. L'amertume avait disparu. Manquait un peu de vivacité et de complexité, tout de même. 12,5/20

Puligny Montrachet les Folatières 2009

Amertume du bois, bouche un peu fade, la première impression est assez décevante. Le lendemain, le vin s'est  ouvert. Pêche, coing au nez, un soupçon de curry; et surtout nettement plus de gras en bouche. Le bois est noble. Mais on n'atteint ni la complexité, ni l'élégance du Chassagne. Je donne un petit 13/20.

Voila qui peut étonner: la "hiérarchie" des grands blancs de la Côté de Beaune n'est pas respectée. Et alors! A chaque millésime, à chaque vin sa vérité!

En résumé: pas mal du tout pour une "entrée de gamme". Quelques déceptions - surtout là où l'on s'attendait à mieux, en Meursault et en Puligny, mais à l'inverse, une belle surprise avec l'Auxey-Duresse et la confirmation de tout le bien que je pense déjà du Mâconnais et de la Côte Chalonnaise, en termes de rapport plaisir-prix. Plus globalement, Patriarche reste une valeur sûre du négoce bourguignon.

Et vive le chardonnay de Bourgogne, propice à tant d'interprétations, du plus simple au plus majestueux! Et à tant de beaux accords gastronomiques...

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Marc pendant l'effort

00:18 Écrit par Hervé Lalau dans Bourgogne, France, Gastronomie | Tags : vin, vignoble, bourgogne, négoce, patriarche | Lien permanent | Commentaires (1) | | | |