07 janvier 2013

Critique gastronomique: Pericoloso Sporgersi

Reçu de Pierre Leclerc (que je remercie au passage), ce commentaire pas piqué des vers...

Chers amis journalistes et blogueurs,

Vos collègues de la gastronomie ont intégré, depuis plusieurs années, les plus hautes considérations morales, politiques, voire géopolitiques... Le champion du genre étant Périco Légasse.
Je me permets donc d'attirer votre attention sur 3 minutes rarissimes vécues sur la radio, hier dimanche 6 janvier, dans l'émission "On va déguster" (le podcast est déjà disponible sur le site de France Inter).

Pour rappel, le thème du jour y est annoncé comme étant "la galette des rois", mais la vraie vedette était Périco Légasse. Le passage exceptionnel va de la 4ème à la 7ème minute, et le reste de l'émission n'est pas revenu sur ces 3').

 

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- Il s'agit d'un exercice déjà trop rare entre journalistes, dans son principe: une dégustation à l'aveugle.
- Sur un des produits alimentaires le plus exploité politiquement et médiatiquement: le Camembert au lait cru...
- En outre, cela a été fait uniquement entre journalistes amis, et donc a priori sans piège*
- Enfin, c'était en public et en direct (personnellement, je n'avais pas entendu cela réuni depuis 30 ans: c'était déjà sur France Inter, mais avec Jacques Pradel, à l'époque ...)

Voici ce qu'on peut apprendre, en seulement 3 minutes. Grâce au journaliste le plus écouté en matière de "gastronomie et politique" (outre rédac'chef  à Marianne, Légasse est aussi animateur ou chroniqueur de plusieurs émissions de télé et de radio, intervenant dans des  films documentaires aussi politiques que "nos enfants nous accuseront", auteur de plusieurs livres, créateur d'une université du goût,...).

1) Il est impossible de reconnaître à coup sûr un "vrai" camembert (au lait cru) d'un "faux" (pasteurisé) !
Même en prenant tout son  temps pour le tâter, le sentir, et le déguster lentement .... et même lorsqu'on
est un hyper spécialiste du camembert et de la Normandie, comme  Légasse (voir son C.V. sur wikipédia ...)

2) Et même quand il s'agit du camembert "historique", vanté par le dégustateur lui-même, dans des "articles répétitifs" !!

En l’occurrence, le camembert du Président du Comité de défense du Camembert de Normandie au lait cru en personne: tout bio,  avec 100 % de vaches de la bonne race,  nourries par du foin ramassé en vrac...."tout comme il y a 100 ans"... mais qualifié de "nul, si c'est un vrai  camembert", quand il est dégusté à l'aveugle.

L'audition  de ces 3 minutes vous donnera tous les détails, mais pour le cas où vous voudriez en faire l'économie,
sachez que, pour expliquer la "nullité" d'un produit (si coûteux) dont il a lui-même tant fait la promo dans Marianne, Légasse :
- a d'abord imaginé un simple "manque d'affinage"... mais la lecture de l'étiquette a écarté cette 1ère hypothèse...
- s'est finalement raccroché à l'hypothèse d'un "coup de frigo". Les journalistes de France Inter, qui auraient ainsi commis (après 2 années d'émission gastronomique ...) une erreur capable d’annihiler tant de différences fondamentales, n'ont pas répondu sur cette 2ème hypothèse. Ils ont servi la soupe à leur ami, faisant longuement la promo de son dernier livre, rempli d'anathèmes économiques et politiques définitifs ...

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* En tout état de cause, personne n'a proposé de refaire l'expérience avec toutes les garanties sur la "chaîne du froid"...  et sur "la chaîne du chaud" (qui doit pouvoir provoquer, elle aussi, la totale annulation de si coûteux retours en arrière de 100 ans, dans le cas du camembert !)

II n'y a d'ailleurs eu aucun retour sur cette dégustation si éclairante, dans les 48 minutes d'émission qui ont suivi.
Légasse y a  bien confondu la bergamote et la cardamone. Mais outre la proximité phonétique, il ne s'agit pas là de produits alimentaires aussi politisés et médiatisés que le très symbolique camembert au lait cru, dont le meilleur de tous peut donc si facilement  être confondu avec un affreux et méchant pasteurisé, pas bio, industriel...
par son champion médiatique lui-même, lorsque c'est à l'aveugle ...

Ces 3 minutes de radio relativisent donc utilement 20 ans de "cinéma" à prétentions politiques. Bon podcast ...

Pierre Leclerc  

09:36 Écrit par Hervé Lalau dans France, Fromages, Gastronomie | Lien permanent | Commentaires (7) | | | |

11 décembre 2012

IGP Gruyère contre AOC Gruyère

La décision européenne d'accorder à la France l'IGP Gruyère, "sous réserve que le gruyère français présente des trous" (contrairement à la version originale suisse) me consterne.

Voila donc deux types de fromage pour un même nom! 

Je vois pas l'intérêt - d'autant que le gruyère français existe déjà, en AOP, et sans trou: c'est le Comté (le comité qui encadre sa production s'appelle toujours "Comité Interprofessionnel du Gruyère de Comté").

Et puis, quitte à renégocier des mentions (la fameuse convention de Stresa, qui permet tout et n'importe quoi, a bientôt 100 ans), il aurait mieux valu que l'Europe empêche une bonne fois pour toutes ses membres d'employer le mot Gruyère. Une mention, qui, rappellons-le, est d'abord le nom d'une région suisse autour de la ville de Gruyères.

La Hongrie a bien réussi à empêcher la France et l'italie d'utiliser le nom de Tokay! Lla Grèce a bien réussi à faire céder les autres Européens sur l'emploi du mot Feta!

Alors, pourquoi cet accord mal ficelé, et qui introduira inévitablement la confusion dans l'esprit du consommateur?

Comment voulez-vous que j'adhère à la politique européennes des Appellations, quand il y a tant d'exemples de tartufferies?

 

00:19 Écrit par Hervé Lalau dans France, Fromages, Gastronomie, Jura, Suisse | Lien permanent | Commentaires (1) | | | |