14 février 2008

Cotisations Volontaires Obligatoires

Qui prend encore le temps de lire attentivement les rapports de la Cour des Comptes, en France? Jacques Berthomeau, bien sûr! Et heureusement, puisqu'il y trouve quelques passages intéressants sur la vie des interprofessions viticoles et sur l'usage des fameuses "Cotisations Volontaires Obligatoires" (ne riez pas, ce n'est pas une blague, juste du jargon administratif à la française).

Dans son rapport 2008, aux pages 804 à 808, la Cour des Comptes avait relevé que les CVO venaient parfois abonder sans nécessité les réserves financières déjà élevées des interprofessions, ou encore que la représentativité des organisations membres d’une interprofession, condition nécessaire pour que l’extension d’un accord interprofessionnel ne relève pas d’un abus de pouvoir, n’était pas suffisamment vérifiée. La Cour avait aussi relevé que les interprofessions finançaient parfois, sans fondement évident, les organisations professionnelles qui les composent.

Ces arguments semblent avoir porté, puisque l’administration exige désormais, en préalable à toute extension, la liste des conventions de service passées par les interprofessions avec des tiers pour la réalisation des actions financées par CVO. Vous pensiez que c'était déjà la règle? Et bé non.

Quid des sommes induement distribuées par le passé, me direz-vous? On ne sait pas.

Mais le plus émouvant, dans cette histoire, est sans doute la réponse du Ministre du Budget à propos de "l’articulation entre les interprofessions et les offices agricoles", mis en cause par le rapport de la Cour. Je cite:

"La clarification des rôles respectifs des interprofessions et des offices agricoles s’avère en effet nécessaire afin d’éviter que leurs compétences ne se recouvrent. Les décisions du premier Conseil de modernisation des politiques publiques le 12 décembre dernier, relatives d’une part à la fusion de l’AUP et du CNASEA et d’autre part au regroupement des offices d’intervention agricoles, devraient être l’occasion de redéfinir les lignes de partage. De façon générale, il serait souhaitable de circonscrire le rôle des structures publiques aux actions qui ne peuvent être menées de manière efficace par les interprofessions. La réflexion sur la gouvernance des filières agricoles engagée dans le cadre des Assises de l’agriculture et les propositions que la France pourrait être année à faire en matière d’adaptation du droit de la concurrence aux spécificités du secteur agricole peuvent aussi être l’occasion d’un réexamen des interventions des offices et des interprofessions." 

C'est beau comme un camion. Le style, le phrasé, le choix des adjectifs, tout indique la grande préoccupation du responsable suprême (ou au moins du rédacteur de ses notes officielles) par rapport au problème soulevé par la Cour. Mais vous avez lu un engagement concret, vous?

On s'étonnera alors que la "base vigneronne" se méfie parfois de ses représentants comme de son administration... On ne voudrait quand même pas l'inciter à frauder?

Plus d'info:  http://www.berthomeau.com

08:50 Écrit par Hervé Lalau dans France | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

23 janvier 2008

Bénédict Tien

Ze Boschman a encore frappé cette semaine, et fort, comme on s'en apercevra à la lecture des lignes qui suivent. Sa cible, cette fois-ci: la bonne vieille Bénédictine, que le bougre se paie même le luxe de réhabiliter... 

 Bénédictine

"Il était une fois, au moins, vers 1510, 1510 et demi, un bénédictin de Fécamp, en Normandie, Dom Bernardo Vincelli, qui avait beaucoup voyagé. L’homme ayant dans ses attributions la santé de ses semblables compose un élixir à base de plantes régionales et d’épices orientales. 
Pendant un peu plus de deux siècles, les moines fabriquent l'élixir. Quand s’en viennent les temps troublés de la Révolution, la recette est mise à l’abri dans un vieux grimoire, sinon ce n’est pas drôle. Imaginez qu’elle aie été planquée dans le dernier SAS, ça fait nettement moins romantique.  


Elle est tellement bien planquée qu’elle manque de disparaître, un peu comme les économies de votre vieille tante Aglaé. Elle est retrouvée par hasard, en 1863, par Alexandre Le Grand, qui, pour une fois, était sans Bucéphale, dans un grimoire ayant appartenu au monastère. Loin de moi l’idée de me moquer des gens que je ne connais pas, mais il y a des parents qui méritent parfois des claques dans le choix des prénoms. Quand on s’appelle Le Grand, à la limite Michel, ça le fait, mais Alexandre, c’est une vraie vacherie. C’est un peu comme Perle V. qui mesure 1,54m et 76 kilos. Personne n’a jamais imaginé à quel point cet enfant s’identifierait un jour à son prénom…

Alexandre le bienheureux distillateur

Pour en revenir à ce document, il contenait des recettes d’alcools. Il y était également question d'un élixir à base de plantes et d'épices propre à redonner vigueur à ceux dont la santé était déficiente. Ce n’était pas le cas d’Alexandre, n’empêche qu’il tenta de reconstituer l’élixir des moines disparu. Lorsqu’il y parvint, il décida de lui donner le nom de "Bénédictine" histoire d’honorer la mémoire des inventeurs. Les affaires marchaient plutôt bien pour notre homme. Pour lancer son produit dans des conditions optimales, il fit bâtir  un "palais-usine" de style mi-gothique, mi-renaissance. A côté de ce bâtiment étrange, le palais du facteur Cheval fait figure d’aimable plaisanterie. Dès 1863, l’élixir est commercialisé. Quelque temps plus tard, lors d’une virée à Paris, notre homme découvre dans un magasin de spiritueux, un flacon ressemblant plutôt franchement à sa bouteille! Il a le choix, soit il provoque son premier contrefacteur en duel, mais c’est dangereux et mal vu, soit il le pousse à modifier la silhouette et l'habillage de son produit. Désireux d'avoir la certitude que tout acheteur d'une bouteille de Bénédictine trouve le produit authentique, il fait protéger à la fois la forme, l’habillage et la dénomination commerciale de sa bouteille. 
Le produit passe les frontières, les exportations augmentent et le désir d'Alex est de pouvoir dire à ses descendants que, quel que soit le pays du monde où ils iront, ils pourront trouver de la Bénédictine. Dans la famille, le genre expansionniste est très prisé quelle que soit l’époque, mais il faut reconnaître que ces rêves de gloire-ci sont nettement moins sanguinaires. Pour contribuer à cette expansion, Alexandre se décide à faire de plus en plus de réclame en faveur de ses produits. Il fait partie des pionniers qui auront l'idée de consacrer un budget important à faire connaître leurs produits. Des sommes impressionnantes pour l’époque sont investies pour distribuer du matériel de propagande.


Véritablement vôtre

Encore aujourd’hui, on reconnaît le flacon à son bouchon marqué tout autour de l'inscription : "VERITABLE BENEDICTINE" et portant sur le dessous le sigle D.O.M. Une large ligature de plomb entoure le col des bouteilles et doit indiquer : "VERITABLE † BENEDICTINE". La préparation de l’élixir prend en moyenne deux ans. 27 plantes et épices sont mises à macérer pendant 4 à 6 mois dans de l'alcool. Le résultat est distillé, conservé 90 jours en fûts de chêne et enfin mélangé. Ce mélange mûrit pendant 8 mois, puis on ajoute de l'eau, du sirop, du miel et du safran. La liqueur jaune est alors réchauffée deux fois, filtrée et finalement fermentée, avant d’être mise en bouteille.
Sachez encore que les seuls alcools qui vieillissent bien en bouteille sont les liqueurs et autres élixirs à base de plantes. Il semblerait que les principes actifs des composants continuent à se développer dans l’alcoolat de base.

Aujourd’hui, si vous avez moins de quarante ans, et encore, ce genre de produit est plutôt un symbole de ringardise avancée. C’est dommage pour vous, vraiment. Surtout dans une époque où la recherche de produits «authentiques» bons pour la santé est une préoccupation importante, même pour les hédonistes amateurs. Certes, il s’agit d’alcool, donc il ne faut point en abuser ; certes il y a un paquet de sucre dedans, mais son goût est suffisamment complexe pour mériter que l’on s’y arrête un peu plus que le temps d’étrangler son verre. Avec un glaçon, en fin de soirée, après un repas, c’est un véritable digestif. Pas au titre de simple pousse-café, mais bien par sa composition.

Et puis, si vous avez peur d’avoir l’air vieux au bras de la charmante jeune femme qui vous accompagne, vous pouvez toujours jouer la Bénédictine en cocktail. Ça le fait plutôt bien. Pour calmer vos réticences, pour éviter de complètement niquer votre image, les actuels propriétaires de la maison ont décidé de confier chaque année leurs boîtes aux mains de stylistes plus ou moins inspirés. Comme ça, vous pouvez même avoir l’air d’être dans le coup avec un produit que vous imaginiez faire le bonheur de votre grand mère. On dit merci qui ?"

Eric Boschman

07:20 Écrit par Hervé Lalau dans France | Lien permanent | Commentaires (1) | | | |