03 novembre 2008

Les vendanges 2008 en France, région par région

Avertissement extrait drôle, par notre ami Eric Bochman.

Il faut, lecteurs dominicaux, que vous sachiez que chaque année c’est un peu la même chose. Peu après les vendanges, les différentes instances, leurs différents responsables de communications et autres présidents en exercice et en mal de visibilité médiatique, nous assènent les mêmes containers de copeaux de chêne : Certes, le climat était bof, la récolte est moindre- pour ne pas dire faible- mais chez nous c’est plutôt pas mal. On s’en sort bien, grâce à (biffez la mention inutile):


- la superbe météo des quinze derniers jours,
- la pluie qui n’est pas tombée pendant 734 heures d’affilée,
- Nicolas Sarkozy,
- sœur Emmanuelle,
- le vol des corbeaux sur la plaine


Bref, il y a toujours un élément invérifiable qui va sauver la récolte de la région du gars qui cause et vous confiera, off the record, que par contre, chez leurs voisins directs, c’est vraiment la cata totale.
Oui, chers lecteurs, c’est de la communication institutionnelle, c’est comme ça, ça ressemble à la vérité, mais en fait c’est juste une vérité. Pas tout à fait un mensonge, pas tout à fait de la manipulation, il y a un fond de réalité dans le message, mais simplement, c’est un peu plus beau que la vraie vie. Comme la télé-réalité quoi. Malheureusement, il nous est impossible d’être présents partout à la fois pour vérifier la véracité des dires des uns et des autres, et je ne vous parle pas de celle des Huns. Certes, pour recouper vaguement l’info, il nous faut téléphoner encore et encore, à nos camarades dans le vignoble, mais là aussi, la recette à ses limites, le climat de Saint-Emilion est par définition fort différent de celui de Saint-Estèphe. Tout ça pour dire qu’il faut prendre un certain recul par rapport à ce qui est annoncé maintenant. On en saura nettement plus sur la récolte 2008 dans une petite année, quand les vins commenceront à sortir et que les langues seront déliées. En attendant, bonne visite.


Bordeaux : 40 % de moins dans les blancs


Bordeaux, objet de tous les regards, est à la peine. Les blancs ont commencé leurs vendanges le 10 septembre avec une demi-récolte seulement. Les rouges, qui ont une maturité plus difficile, n'ont débuté qu'en fin de septembre et plutôt début octobre pour les meilleures propriétés. Après le difficile millésime 2007 qui avait servi de banc d'essai, les propriétés les plus en pointe s'en sortiront. Mais les autres ? Le raisin peine à mûrir et les acidités sont élevées. La petite récolte qui s'annonce (25 à 30 % de moins dans les rouges, 40% dans les blancs), n'arrange pas les comptes d'exploitation. La qualité risque de ne pas être au rendez-vous. Il faudra s'attendre à des vins à deux vitesses, les uns d'honnête qualité chez ceux qui auront su gérer les impondérables (de lièvre), les autres verts et acides.


Bourgogne: les bons s'en sortiront

Au 20 septembre, il s'est produit un basculement qui favorise les plus patients. Dire que 2008 ne sera pas 2005 est une litote (au minimum). En Bourgogne comme à Bordeaux, les talentueux s'en sortiront, mais il faut s'attendre à une grande hétérogénéité.


Jura: l'optimisme


Habitué des vendanges tardives, le Jura ne s'alarme pas pour vraiment. Un mois de septembre ensoleillé et des journées fraîches, il semblerait que ce soit plutôt bien parti.


En Alsace: pas de panique

Officiellement, le raisin est sain. Il fait beau, personne ne panique. Dans ce type de configuration, le riesling s'en sort toujours pas trop mal car il peut aussi mûrir par températures fraîches.


Languedoc-Roussillon : récolte très faible


La pluie, qui a empoisonné le nord de la France, a épargné le Languedoc et le Roussillon, mais les températures sont restées fraîches. Les mois de juillet et d'août ont été secs, le raisin a pu mûrir convenablement. Toutefois, la récolte sera, une des plus faibles des cinquante dernières années.

 

Provence: vendanges froides et pluvieuses


La région s'en sort moins bien avec une forte sortie de raisins, du mildiou et des vendanges froides et pluvieuses qui ont réduit les quantités.


Rhône: récolte en baisse


La région a souffert: comme partout en France, les raisins ont été cueillis avec deux à quatre semaines de retard et les quantités sont en baisse de 10 à 20%.



Champagne: l'insolence


Face à ces résultats mi-figue mi-raisin, la Champagne affiche une qualité de récolte insolente. La fraîcheur du millésime lui sied à merveille pour l'élégance de ses cuvées. La récolte est certes un peu inférieure en quantité à celle de l'année dernière, mais elle est tout de même assez confortable.
Globalement, la France produira une de ses plus petites récoltes en quantité. Pourvu que les prix soient du même tonneau….

Eric Boschman

06:33 Écrit par Hervé Lalau dans France | Tags : vin | Lien permanent | Commentaires (2) | | | |

31 octobre 2008

La récolte 2008 en France, victime de la crise... météorologique

Notre ami Eric Boschman nous revient en pleine forme, même si sa chemise à feuilles caduques annonce déjà un automne frileux. Aujourd'hui, Eric nous dit le temps qu'il a fait cette année. Prévisions rétroactives qu'il accompagne de quelques menus commentaires de son joli petit cru. Millésime jaloux, maladies cryptogamiques, réchauffement climatique, logique économique... les thèmes ne manquent pas, traités avec sa verve coutumière.

Mais trève de barvardage glaciaire, de périphrases aqueuses et autres circonvolutions du bois. Les intros les plus courtes sont les meilleures, comme disait De Grote Lulu.

I give you... Eric Météo Boschman. Merci, l'ami!

 

Eric

Eric "Météo" Boschman


Votre légendaire sagacité n’aura certainement pas été prise en défaut cette année, il ne vous aura pas échappé que l’été fut, pour le moins merdique au niveau du ciel. Ajoutez-y un printemps humide et un début d’automne pas forcément chaud chaud, et vous aurez réuni les ingrédients parfait pour constituer ce que l’on nomme pudiquement une année « jalouse ». En d’autres termes, on dit aussi qu’il s’agit d’une année de vignerons. Comme si les autres étaient des années de gougnafiers ou que sais-je encore.

Certes, les millésimes plus «difficiles» demandent plus de doigté que les autres, mais une année dite grande n’est pas pour autant une partie de rigolade. L’adage voudrait que l’on s’offre de «grandes» étiquettes dans les «petites» années, et des vins plus normaux dans les «grandes» . Il est effectivement plausible de voir les choses sous cet angle-là, en se disant que le talent des faiseurs d’étiquette se démentant rarement, ils seraient plus à même de tirer la quintessence des conditions délicates. Certes, certes. Pour ma part, je suis nettement plus fidèle aux vignerons qu’aux millésimes.

Un type qui a du talent est capable de faire «sortir» son terroir dont le climat n’est qu’un des composants. Dans les vignes, les excès de chaleur du millésime 2003 ne sont déjà plus qu'un lointain souvenir. Les trois derniers millésimes ont cruellement manqué de chaleur. 2006 a vu un juillet cafardeux, sauvé par un beau mois d'août. En 2007, c'était encore plus moche, juillet et d'août furent toussinesques, le beau temps s'installa à partir du 30 août et permit de vaguement sauver les meubles. En 2008, le beau temps n'est arrivé qu'à la mi-septembre après un été frais et humide, mais avec une luminosité tout à fait normale. Cette luminosité donne de jolis degrés alcooliques qui peuvent faire illusion, mais les acidités sont vives. Pour faire bref, pluies, grêles, humidité, mildiou, oïdium... rien n'a été épargné aux vignobles hexagonaux. Conséquence de ces mauvaises conditions climatiques et sanitaires, la récolte qui se termine doucement s'annonce comme la plus faible depuis au moins 2000, inférieure de 10 % à la moyenne des cinq dernières années, selon les dernières prévisions. Elle est estimée à quelque 46 millions d'hectolitres, un volume légèrement inférieur au déjà faible niveau de 2007.
L’air de rien, on commence à sentir conséquences du réchauffement climatique. Même si les étés sont régulièrement «pourris», le réchauffement global se marque aussi par des saisons de moins en moins marquées. A titre d’exemple, cette année, l'hiver, pas assez rigoureux n'a pas offert un bon repos végétatif aux ceps. Le gel du 7/4 a endommagé de nombreux vignobles, en particulier dans le Val-de-Loire, la récolte devrait y être inférieure de 26 % à la moyenne des dernières années. Avril et mai, humides, ont bien profité au mildiou et à l'oïdium, compromettant la sortie de grappes.

Dans pas mal de zones, les caprices du printemps ont aggravé la coulure diminuant fortement les récoltes potentielles. Le climat de juillet a été déterminant. Selon les régions, il a propagé ces maladies cryptogamiques à la faveur de pluies abondantes ou contribué à assainir les vignobles grâce à un peu d’ensoleillement. Ces facteurs cumulés ont ralenti la maturation des vignes, qui présentaient à la fin de mois un retard d'environ dix jours dans le quart Sud-Est. Août ne changera à la situation, vu son déficit en degrés. Début septembre ne dérogera pas à la tradition, et il faudra attendre la seconde moitié pour que le temps veuille bien se mettre au beau et permettre une fin de cycle qui mènera les maturités à plus ou moins bon terme. Dans certaines régions, les vendanges ne sont pas encore tout à fait terminées. Dans le Bordelais, elles se terminent à peine.

Dans le détail des chiffres prévisionnels, la récolte des vins d'appellation produirait cette année 23,1 millions d'hectolitres, soit autant qu'en 2007 et que la moyenne des cinq dernières années. Par contre, la production de vins de pays reculerait de 3 % par rapport à 2007 et de 8 % comparé à la moyenne. Plus sinistrée, mais il y va aussi là d’une certaine logique économique et d’un changement de marché, la catégorie regroupant les autres vins, jus et moûts serait à  8 % de moins en glissement annuel et 41 % par rapport aux cinq ans passés. Si vous êtes bien sages, la semaine prochaine, c’est promis, je vous ferai un petit tour d’horizon des échos, région, par région de France, des vendanges. Sachant que comme toujours, même si c’est pas forcément terrible, ce sera quand même vachement bon. L’espoir nous fait vivre !

Eric Boschman

15:44 Écrit par Hervé Lalau dans France | Tags : vin | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |