14 octobre 2007

A votre Sant'nay!

Dans les années 1970, le vin n’avait encore rien de diabolique pour les enfants. On n’en buvait pas de grands verres, mais on avait droit de goûter, et l’on apprenait peu à peu à apprécier. Personne ne parlait encore de cours d’éducation au vin (on ne parlait même pas d’éducation sexuelle), mais sur la table de mes parents, il y avait de quoi s’instruire. Presque toujours du Bourgogne. Je me rappelle encore du nom sur l’étiquette: «Santenay Beauregard». A chacun sa madeleine de Proust, je n’aurais jamais cru, 35 ans après, pouvoir remettre mes yeux (et mon nez) dans un Beauregard. Mais je l’ai fait, à l’occasion d’une visite sur place. Mon conseil : faites comme moi !
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Santenay-les-Vins 

Le Santenay dont je vous parle aujourd’hui n’est pas le Santenay-les-Bains, station thermale recommandée… pour la goutte. Ni même le Santenay-les-Croupiers, celui du seul casino de Bourgogne, qui rapporte assez à la commune pour bien entretenir ses routes. Non, je vous parle du Santenay vineux, à l’extrême sud de la Côte de Beaune, celui dont les vins charpentés ont longtemps discrètement «remonté» quelques grandes AOC plus au nord, et plus ouvertement, les cuvées du négoce.Ces temps sont révolus, mais l’image de l’appellation en a longtemps pâti. L’anonymat dans lequel se retrouvaient les produits du lieu n’incitait pas vraiment à de grands efforts qualitatifs. D’autant que naturellement, les vins d’ici demandent du savoir-faire. Pourtant, le terroir est intéressant. Peut-être pas grandiose comme à Montrachet ou Echezeaux, mais varié et de qualité. Il s’étend sur 390 hectares, dont 140 hectares classés en premier cru - principalement les coteaux orientés sud ou sud-est, où affleure parfois la roche mère. Certaines parcelles sont assez semblables à celles qu’on trouve à Meursault, d’autres au contraire évoquent la Côte de Nuits. Cette diversité fait qu’on peut assez facilement, tout en restant sur Santenay, « se constituer une cave garnie de vins pour toutes occasions gastronomiques », comme dit le géologue de l’INAO Robert Lautel. C’est tout le mal que l’on vous souhaite…

Trésor caché

La production est d’environ 1,8 million de bouteilles de rouges, dont 600.000 bouteilles en Premier Cru. Celle de blanc, en légère augmentation, est de 200.000 cols, dont 50.000 de Premier Cru.

Traditionnellement, à Santenay, une taille courte est pratiquée (guyot simple pour le chardonnay, cordon de Royat pour le pinot noir), ce qui est un gage de qualité.? Autre élément favorable à la qualité: pour préserver la nappe phréatique (protégée du fait de la présence de sources thermales), certains traitements de la vigne sont interdits. Ceci a d’ailleurs incité les viticulteurs à explorer très tôt la piste du bio.Bref, ce beau village recèle sans doute un des plus jolis trésors de la Côte de Beaune: un rapport qualité prix quasi-imbattable. Rien d’étonnant, quand on connaît les vignerons d’ici: à Santenay, on ne se pousse pas du col, on reste modeste et l’on bâtit patiemment la réputation de demain. Si tant est que leurs terroirs soient inférieurs à d’autres zones plus prestigieuses (ce qui reste à prouver), on doit immédiatement ajouter qu’ils les mettent très bien en valeur. Leurs pratiques culturales sont bonnes, les rendements sont plutôt bas, et l’élevage soigné. De plus, la nouvelle génération partage ses expériences, elle a l’esprit de groupe, ce qui, au-delà de l’ambiance sympathique que cela installe, crée également de bonnes conditions pour progresser.

Que doit-on attendre d’un Santenay rouge ?

D’abord du fruit. Le Santenay présente des arômes intenses (fraise, griotte, surtout dans sa jeunesse), auxquelles s’ajoutent souvent des notes d'amande et de violette. Avec l’âge, on part facilement vers le pruneau, le marron et le café grillé. Le «Santenay type» est plutôt tannique, et supporte généralement bien l’élevage en fût de chêne. La plus grande difficulté est de choisir le bon moment pour le déguster ; 5 ans sera l’optimum pour certaines cuvées au fruit très flatteur ; d’autres demanderont au moins 10 ans pour fondre leur charge tannique.

Et d’un Santenay blanc ?

A peu de chose près la même chose que d’un Meursault. Minéralité, gras, richesse en bouche, surtout pour les premiers crus, grâce à un élevage adéquat… En appellation village, on trouvera plutôt des nez qui chardonnent, de la pomme verte, de l’acacia ; en bouche, une belle charpente acide. A Santenay, les terres de prédilection du Chardonnay sont des argilo-calcaires plutôt caillouteux, peu profonds, notamment ceux des coteaux à forte pente, très filtrants.

Quelques domaines

Santenay compte sur son sol une quarantaine de vignerons (mais avec les négociants, les coopératives et les vignerons extérieurs possédant des parcelles à Santenay, le nombre d’étiquettes peut être doublé). Impossible de vous les présenter tous. En voici quelques uns, glanés au hasard des rencontres lors de la Saint Vincent, le 20 janvier dernier.

Le Domaine Olivier, à Santenay Le Haut, présente la particularité de produire presque autant de blanc que le rouge. Antoine Olivier, qui est aussi le président de l’appellation, est un perfectionniste; son goût le pousse vers des vins fruités, mais il les travaille avec application ; ses essais de barriques (trois types de chauffe au moins) sont minutieux, il n’hésite pas à se remettre en question, à expérimenter; persuadé que Santenay possède de grands terroirs, aussi bien pour les blancs que pour les rouges, il cherche à les magnifier. Antoine est une drôle de «cuvée», un improbable assemblage d’humilité face à la nature et d’ambition qualitative, de sérieux et de fantaisie, mais qui fonctionne très bien.

Tout comme Antoine Olivier, Hervé Muzard, du domaine éponyme (fondé en 1645!), fait partie de cette génération de vignerons qui s’investissent dans leur travail, mais aussi dans la redynamisation de l’appellation toute entière. Ces quadras (à peine) ne sont pas avares de conseils, mais ne rechignent pas non plus à en prendre chez les autres ; ils ont pourtant chacun leur style (Muzard privilégie le fruit et la délicatesse, plutôt que l’aptitude au vieillissement). Avec son frère Claude, il est à la tête de l’exploitation (16 ha sur Santenay) depuis bientôt 15 ans. Leur arrivée s’est traduite par une baisse des rendements et l’introduction de nouvelles méthodes (lutte raisonnée, récolte en caissettes, tries à la vendanges, qui a montré à nouveau en 2006 tout son intérêt face au risque de pourriture), égrappage, macération à froid ou encore et élevage sur lies ; à l’arrivée, des vins à la hauteur des attentes des deux frères, élégants et sur le fruit... et chaque année un peu mieux maîtrisés.

Roger et Julie Belland (le père et la fille) ont une des plus grosses exploitations du cru (23 hectares, mais pas tous à Santenay). La jolie Julie a introduit au domaine quelques nouvelles idées rapportées de stages au bout du monde ; et notamment une culture et une vinif plus écologiques: ses vignes sont enherbées, ses vignes effeuillées, ses levurages sont naturels, ses rouges subissent de longues fermentations à basse température. Les Belland aiment les rouges veloutés et fruités, et mettent un point d’honneur à mettre en évidence les terroirs différents dont ils ont la charge.

A Santenay, on ne peut pas manquer le Château de Philippe Le Hardi. Bien sûr, le Beau Duc de Bourgogne («premier ambassadeur du Santenay», comme aiment à le rappeler les Grumeurs), ne fréquente plus guère ce domaine. Le nom appartient aujourd’hui au Crédit Agricole, qui ne possède rien sur Santenay, mais y récolte des parcelles grâce à des échanges. Le banquier français possède un domaine de 94 ha, dont une bonne part en culture raisonnée. Sa production est confortable (environ 600.000 cols, surtout en Mercurey) mais les efforts qualitatifs sont indéniables.

Prieur-Brunet possède un domaine de plus de 20 hectares, réparti sur les six villages de la Côte de Beaune (dont une bonne partie sur Meursault, apportée par les Brunet). A Santenay, le plus beau joyau de leur couronne de terroirs est une parcelle de 5 hectares en Premier Cru Maladières. Guillaume Prieur, en charge de la vinification, a succédé à son père Claude, prématurément disparu en 2003, et auquel il a dédié une cuvée. Ici aussi, dans la vigne comme dans la cave, on laisse la nature s’exprimer. En blanc, les pressurages sont longs mais doux, les vins restent sur lies longtemps. Les rouges subissent de patientes macérations préfermentaires, pour livrer tout leur fruit et leur matière, mais on ne veut pas non plus sur-extraire. Et les rouges se clarifient naturellement.

Situé à Santenay-le-Haut, le Domaine Chapelle, toujours familial depuis plus d’un siècle, a pris le virage du bio (sa reconversion s’achève cette année). Côté culture, cette démarche se résume comme suit: remettre au centre les sols, la vie microbienne, la plante et l’équilibre écologique de chaque parcelle. Le tout, pour une meilleure expression des terroirs.Surface en vigne : 20 ha, tous en AOC.

A voir et à manger

Touristiquement parlant, Santenay est gâté par la nature. Il s’agit sans conteste d’un des plus beaux villages de la Côte de Beaune, grâce à son site (Santenay est enchâssé entre des collines habillées de vignes) et à son patrimoine bâti (Château de Santenay, Chapelle, moulin de Sorine, jolies rues en pente avec maisons vigneronnes…), Montagne des Trois Croix…Les adeptes de la rando seront à la fête, avec de beaux parcours entre les ceps, qui ne s’éloignent jamais beaucoup d’une « structure d’accueil » vineuse (GR 7, GR 76).Les descentes de caves y sont bien organisées, sans compte les caveaux de dégustations (Mestre, place du Jet d’Eau, à Santenay le Bas, ou Chapelle, à Santenay le Haut, par exemple). Un petit tour s’impose aussi chez le charcutier du village pour son jambon persillé de toute beauté.Côté hébergement, l’hôtel-restaurant des Ouillettes, Place du Jet d’Eau, est stratégiquement placé : il est encerclé de caves (attention, 4 chambres seulement, il vaut mieux réserver 00 33 3.80.20.6.34).

Mais Santenay abrite également quelques gîtes et chambres d’hôtes (Moniot-Nié, Grand Rue, de Lavoreille, rue de Narosse, et Girardin, rue de Narosse également). Et il s’agit de vignerons.

Centrale de réservation : 00 33 3.80.72.06.05

Et maintenant, comme on dit là-bas, "A vot’ Sant’nay" !

(c) Hervé Lalau

18:17 Écrit par Hervé Lalau dans France | Tags : vin | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

29 septembre 2016

Terrasses du Mourel Prestige, Saint Chinian 2013

Encore une surprenante cuvée de coopérative, dégustée (et appréciée) à l'aveugle lors de la semaine Terroirs & Millésimes en Languedoc, à début de ce mois: Les Terrasses du Mourel, un Saint Chinian de la Cave de Roquebrun.

Son fruit bien mûr semble nous emmener vers les délices un peu capouesques de l'alcool, sa belle fraîcheur ert ses épices en bouche nous extraient de cette langueur potentielle; avant que, pour finir, l'étincelle d'une pierre à fusil nous électrise les papilles. Ce vin cajole et secoue à la fois.

La texture est serrée, et si c'est le Mouvèdre qui joue les solos dans cette partition, c'est l'harmonie du tout, l'orchestration qui séduit.

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Cave de Roquebrun

07:04 Écrit par Hervé Lalau dans France, Languedoc | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |