30 octobre 2007

Paul Filliatreau, jamais trop

Paul Filliatreau, à Chaintres, fête ses quarante ans d’exploitation. Quarante ans mis à profit pour devenir une des grandes références du Saumurois. Non seulement les résultats sont à la hauteur des moyens mis en œuvre (culture bio, rendements limités, vinifications à la parcelle…), mais il y a ici un petit supplément d’âme. Un compromis improbable entre théorie et pratique du vin, ancrage local et ouverture sur le monde.


En témoigne la cuvée La Combe aux Fées, premier Saumur-Champigny bouché à vis. Ce n’est pas parce que l’on reçoit ses clients dans une grotte (La Grande Vignolle est une habitation troglodytique) que l’on ne sort jamais de son trou…
Et dire qu’il y a des Parigots pour penser que Saumur-Champigny est une appellation de jolis petits vins de comptoir…

 
Filliatreau

Le domaine de la Grande Vignolle 

 

Paul Filliatreau 2006
Fruits rouges et noirs très frais (groseille,cerise du nord), bouche élégante, tannins bien présents, finit sur une note plus végétale, très plaisant dans un style « vin des copains »

La Combe aux Fées 2005
Fruits rouges et noirs compotés, belle harmonie en bouche, retour du fruit en finale, vin charnu, ambitieux, mais très accessible. La quadrature du cercle du plaisir. Bouteille à vis. Très jolie étiquette (croquis des bords de Loire).

Domaine Filliatreau Vieilles Vignes 2005
A nouveau une belle expression fruitée (myrtille, confiture de fraise garriguette) au nez ; la bouche est dense, comme il sied à une production de vignes aux racines profondes, et de petits rendements. Mais elle garde une belle fraîcheur. Quelques notes de torréfaction en finale, et pourtant ce vin n’a pas vu le bois.

Domaine Filliatreau « L’Affûtée » 2001
Une des cuvées prestige de la maison. Du bois, il y en a ici – mais si bien fondu ! Le fruit est toujours très présent, la bouche très vive, surprend quand on regarde le millésime. Un vin aujourd’hui déjà à son optimum.

Château Fouquet «Douze fûts » 2002
Le seul Saumur de la dégustation. Beaux arômes de mûres, bouche gourmande, mais pleine de vivacité. Beaucoup de prestance et de séduction, de la souplesse, finale très harmonieuse sur le fruit frais.


Filliatreau, de père en fils

Paul Filliatreau prend les rênes du domaine familial en 1967. Huit hectares, à l’époque.
La production est principalement composée de rosés, il va la faire évoluer vers les rouges, et même des rouges de garde. Sans renier la joliesse du fruit.
En 1990, son fils Fredrik le rejoint à la tête du domaine, qui comprend aujourd’hui plus de quarante hectares sur Saumur (Château Fouquet, à Brézé) et Saumur Champigny.


Contact : Filliatreau, 00 33 2 41 5290 84

(c) Hervé Lalau 

08:42 Écrit par Hervé Lalau dans France | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

28 octobre 2007

Les vraies fausses solutions du vin français

Nos confrères français de Capital consacraient récemment un volumineux dossier sur le vin, sous le titre suivant: «Leurs recettes pour relancer le vin français».
On y retrouvait quelques noms connus comme Joseph Landron, Nicolas de Lorgeril, Jean-Charles Boisset, Hervé Bizeul ou Alain Gayda (Sieur d’Arques), choisis pour illustrer les stratégies de reconquête de la France vineuse. Et expliquer aux néophytes les nouvelles pistes du business hexagonal.

Tout n’est pas convaincant. Entre «Fat Bastard» et le Clos des Fées, entre les coopératives de l’Aude et Trévallon, il y a une marge, aussi la démonstration manque de cohérence. Vous me direz peut-être que c’est le système qui en manque, et vous n’aurez pas tort, mais c’est une autre histoire.

Je suis le premier à reconnaître les abus du système AOC, mais la simplification à outrance, qui semble la voie prônée par Capital, ne me séduit pas.
Ce n’est pas parce que les Anglo-Saxons ne comprennent rien aux appellations (ou prétendent les ignorer) qu’il faut les abroger. Ce n’est pas parce qu’aux States, l’aromatisation des vins est monnaie courante, tout comme les assemblages de millésimes, faut y céder ici. Cela s’appelle jeter le bébé avec l’eau du bain. Il y a une vie, espérons-le, après les vins de cépages et les vins de marque à la Coca-Cola: ils ont leur intérêt pour former le goût des nouveaux consommateurs, mais on espère vivement que ces consommateurs pourront un jour passer à autre chose.

D’accord avec Capital pour saluer comme il se doit le travail du Sieur D’Arques, qui vend aujourd’hui un petit tiers de sa production à Gallo sous le nom de Red Bicyclette : l’Aude a fourni les raisins, la Californie le marketing, et tout le monde a l’air content. D’accord aussi pour tirer notre chapeau à l’UCCOAR, qui fait le plaisir des buveurs français avec des produits à marque de distribution – produits qu’ils n’auraient peut-être pas l’idée d’acheter sans la caution des grandes enseignes, et la mise en avant dont ils bénéficient sous ces enseignes.

Mais ne nous demandez pas de reprendre à notre compte «l’allégement de la réglementation», censé favoriser la compétitivité des vignobles européens. On comprend le principe, bien sûr: moins de règles, plus de volume à l’hectare, des produits moins chers à produire. Sauf qu’à ce jeu-là, on ne parle plus de terroir, mais de coût à l’hecto. Et d’autres pays que la France sont mieux armés pour y jouer, car leur foncier et leurs salaires sont moins élevés.
C’est vrai que la France doit revoir sa réglementation. Mais pas nécessairement par le bas. Si l’on écartait des AOC les vins qui ne les méritent pas, on redorerait leur blason, et l’on éviterait une concurrence stérile, celle qui va toujours vers le moins disant qualitatif.

(c) Hervé Lalau

08:50 Écrit par Hervé Lalau dans France | Tags : vin | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |