24 février 2008

Les Talibans veillent

J'aime bien le style de Jean-Michel Peyronnet, le rédac' chef de la Revue Viticole Internationale. Direct, comme on dit d'un joli coup à la boxe.

Regardez un peu ce que cela donne quand il s'intéresse aux agissements du lobby anti-alcool - je sais, on vous en a déjà amplement parlé, mais face à ces acharnés, on n'en fait jamais assez...

 

Les Talibans veillent 

"Nos vieux «amis» de l’Anpaa commencent très fort l’année 2008 en faisant condamner notre confrère Le Parisien pour une série d’articles sur le Champagne. L’Anpaa (quand on a du souffle on dit «Association nationale de prévention en alcoologie et addictologie») n’en est certes pas à son coup d’essai mais là, chapeau, messieurs les Talibans !

Faire passer un article rédactionnel pour de la publicité, qui aurait dû, donc, être assorti du message sanitaire prescrit par la loi «L’abus d’alcool est dangereux pour la santé», alors là, bravo ! Le tout avec la complicité de juges qui, chacun le sait, sont, de par leur fonction, tout à fait à même de jouer les rédacteurs en chef et d’émettre un avis autorisé sur la différence, certes parfois subtile, entre publicité et rédactionnel."

Juste un petit commentaire, Jean-Michel: n'es-tu pas un peu méchant avec les Talibans? 

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Jean-Michel Peyronnet

19:06 Écrit par Hervé Lalau dans France | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

23 février 2008

Du bon, du beau, du Boschman

Avec sa permission, nous reproduisons ici le texte d'une chronique de l'ami Eric Boschman, parue dans La Dernière Heure Dimanche du 17 février. Je m'en voudrais de gâcher d'un commentaire lourdingue une si jolie pièce si bien montée. 

Oh, la belle Verte!

L’homme cuisine, d’après certains, depuis 500.000 ans. Je sais, pas la peine de demander au petit de sortir sa ligne du temps, on n’a « découvert » le feu qu’il y a plus ou moins 350.000 ans. Et alors, si pendant 150.000 ans ils ont préféré bouffer froid, c’est leur problème. De toute manière, vu qu’ils ne connaissaient ni le langage structuré, ni l’écriture, à qui pouvaient-ils se plaindre ? Bien fait pour eux en fait, ils n’avaient qu’à inventer le feu plutôt.

 

796 - Boschman

 Du bon, du beau, du Boschman

 

Si nos ancêtres les Gallois ont inventé la cuisine il y a un paquet de lustres, on peut carrément parler de magasin tant il y en a, ils ont mis un sacré bout de temps à inventer le vin. On parle en général d’il y a 10.000 ans « seulement ». Ce qui signifie que non seulement ils ont bouffé froid pendant quelques dizaines de millénaires, mais qu’en plus ils n’ont bu que de la flotte pendant des centaines de milliers d’années. Parfois, quand je me penche vers mon passé, j’angoisse, il me vient l’envie de pousser comme un grand cri d’effroi. Que d’eau, que d’eau, mais ça, quelqu’un l’avait déjà dit et c’était pas Noé, lui il a dit en avant, Arche ! C’est pas tout ça, je digresse (dans mon moteur, égalité des textes aidant), et je ne suis pas très avancé.

 

Il semblerait que ces fossiles connaissaient déjà l’alcool. Enfin, pas exactement, déjà le mot ne sera inventé que bien plus tard, à peu près en même temps que les premières distillations, et là, on est dans le récent, en tous cas durant le premier millénaire de notre ère, c’est à dire hier matin, entre Attila et la jument désherbante et Tamerlan* en Colère (accompagné de la célèbre sauce Tartare). Les nomades d’avant le vin s’abreuvaient là où ils le pouvaient, sources et autres réservoirs naturels. C’est de là que serait né l’alcool. Dans des cavités rocheuses, des fruits, des feuilles, de la pluie, des gelées, des changements de température, du soleil, de la fermentation, et hop, quand on va boire un coup à cet endroit, on a des visions*. C’est ce qui va donner les Pierres qui Chantent, qui Tournent et autres qui Sifflent. 

L’histoire des liqueurs tient un peu de cette préhistoire. L’alcool s’appelle dans bien des cultures : « Eau de Vie ». Son apparition dans nos régions date des croisades, c’est Arnaud de Villeneuve, un « médecin » qui a piqué le premier alambic aux Arabes. L’usage de l’alcool sera réservé aux savants pendant longtemps. C’est aussi ces savants qui connaissaient l’usage des herbes, des « simples » comme on le dit.

L’histoire de la Chartreuse est un peu plus récente que tout cela. Ça commence en 1605, le Maréchal d'Estrées remet aux moines de la Chartreuse de Vauvert, à Paris, un manuscrit révélant la formule d'un Elixir de Longue Vie dont nul ne sait l'origine. En 1737, le Monastère de la Grande-Chartreuse, proche de Grenoble, décide d'en faire une étude exhaustive. L'apothicaire Frère Jérôme Maubec est chargé de cette tâche. Il parvient à fixer la formule de l'Elixir Végétal de la Grande-Chartreuse. Toujours fabriqué selon les mêmes indications, cet "Elixir de longue vie" est connu aujourd'hui sous le nom d"Elixir Végétal de la Grande-Chartreuse". Il titre 71°… La Chartreuse Verte, 55°, dite "Liqueur de Santé", est mise au point en 1764.


En 1838, la formule est adaptée pour produire une liqueur plus douce et moins alcoolisée, la Chartreuse Jaune, 40°. En 1903, les Chartreux sont expulsés de France. Ils emportent leur secret et implantent une distillerie à Tarragone en Espagne pour la fabrication de la liqueur. En 1929, les moines retrouvent l'usage de l'appellation Chartreuse; ils reprennent la distillation en France. En 1935, la fabrication est transférée à Voiron, où elle est toujours réalisée, après le travail de sélection des plantes effectué à l'intérieur même du Monastère. 

Les liqueurs fabriquées par les Pères Chartreux ne contiennent aucun additif chimique. Leurs couleurs proviennent des plantes qui les composent. Mises d'abord à macérer dans un alcool sélectionné, les 130 plantes énumérées dans la recette sont ensuite distillées. Les alcoolats produits sont additionnés de miel distillé et de sirop de sucre pour obtenir les liqueurs Verte ou Jaune qui doivent longuement vieillir en foudres de chêne avant d'être commercialisées. A la dégustation, la jaune est effectivement plus subtile, plus ronde que la verte. La Tarragone est une merveille exceptionnelle. Un produit rare à na pas gaspiller, il n’y en plus depuis longtemps.


Vous trouverez les Chartreuses de base un peu partout et les hors normes, VEP et autres, chez les bons cavistes.

* Je peux garantir à Pamela Anderson que cet article a été élaboré dans le respect le plus strict de la vie des animaux, que ni les tas de merlans ni les visions n’ont souffert durant la rédaction et qu’ils étaient tous volontaires.

Eric Boschman

20:32 Écrit par Hervé Lalau dans France | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |