19 juin 2008

Ah, les Foires aux Vins!

Ah, les Foires aux Vins! Toute une ambiance... La Culture du vin à la portée du plus grand nombre... quelle belle idée!

Carrefour France annonce que 229 de ses hypermarchés en proposeront cette année. Les dates sont déjà arrêtées: du 10 au 20 septembre. A croire que le réchauffement climatique avance aussi la floraison... des promotions. 

 

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7 millions de bouteilles! 

L'enseigne française a déterminé 6 grandes zones par type de consommation de vin, afin d'adapter son catalogue de promotions, qui devrait comporter 50 pages pour 450 produits.

La sélection a été établie par 350 dégustateurs, sur la base de 6.000 produits, nous dit-on. Cette année, ce sont les Bordeaux 2005 qui auront la vedette, mais aussi les Champagnes de récoltants. La gloire, pour ces gentils enfants de la treille!

En 2007, les ventes vins de Carrefour lors de sa foire aux vins se sont élevées à 7,2 millions de bouteilles, dont 600.000 de Champagne. C'est un peu moins que son concurrent Intermarché (7,7 millions de cols). Mais si l'on ajoute à cela les ventes de Casino, de Système U, de Cora et de Leclerc, on ne doit pas être loin d'une bouteille par Français. 

Produit d'appel 

Si je vous en parle aujourd'hui, ce n'est certainement pas pour promouvoir la vente de vin dans les grandes surfaces. Carrefour lui-même avouait récemment à nos confrères de la RVF que cette activité n'est pas rentable. 

Dans la plupart des enseignes, et notamment lors des Foires aux Vins, le vin n'est qu'un produit d'appel. La passion pour le produit, mise en avant dans les catalogues, est toute relative. Parlerait-on de passion pour le lait, pour la laitue, pour les pâtes? A peu de choses près, ce sont pourtant les mêmes principes de mass-marketing qui s'appliquent pour tous les produits d'un hyper.

Bon nombre de producteurs sont plus otages que fournisseurs de la GD: certains n'ont même pas de rapports directs avec les enseignes, qui passent par des négociants ou rachètent des lots invendus à l'étranger. D'autres,  financièrement aux abois, acceptent des conditions de vente qui ne font que retarder l'échéance de leur dépôt de bilan - mais tirent les prix vers le bas pour tout le monde. Et c'est d'autant plus grave que la visibilité des offres de la GD n'a rien de comparable avec celle d'un petit destockage local. Et le client s'habitue très facilement au Cahors à 2 euros. Le low cost, ce n'est pas qu'une question d'avion, c'est la maladie des temps modernes: je paie moins, tu gagnes moins, donc tu me paies moins, donc je gagne moins, donc je paie moins...

Promotionnellement, les grandes enseignes se battent sur quelques grands noms, arbres de notoriété qui cachent la forêt silencieuse. Yquem, Latour, Figeac, Mouton, La Côte Blonde, la Romanée, Clos Vougeot... quelques bouteilles discountées sont jetées en pâture à des consommateurs crédules qui, émerveillés par la compétence et la puissance d'achat des grandes enseignes, se pressent dans les magasins... pour acheter un jaja à peine meilleur que d'habitude, mais avec la conscience tranquille d'avoir choisi le bon endroit.

Mais ce n'est jamais le bon endroit. Car les grands noms n'ont pas besoin de la GD pour bien se vendre. Et les autres ne peuvent guère compter sur la GD pour rentabiliser leur travail.

Les achats en parallèle déstabilisent parfois les marchés des grands vins, mais n'ont qu'un effet marginal dans les bonnes années. Le pire, ce sont les petites années; là, la GD devient le marché prioritaire, le recours pour écouler ce dont les importateurs traditionnels ne veulent plus.

A vous de choisir 

Bon, malgré tous ces défauts, la grande distribution est une fenêtre sur les vins - de toute façon, il faut se rendre à l'évidence, les consommateurs achètent en grande surface. Et puis, il y a quelques acheteurs vraiment passionnés - parfois eux-mêmes otages du système. "A l'insu de leur plein gré". J'ai de bons amis dans ce milieu, des gens plus que respectables dont l'idéal est de faire partager leur enthousiasme pour un produit au plus grand nombre. Ce n'est que lorque l'on parle du prix que cela peut se gâter. Le système n'a pas d'états d'âme, lui.

Je n'ai donc pas la prétention de vous dissuader d'acheter dans les Foires aux Vins - d'autant que je le fais moi-même. Juste de vous conseiller de plus visiter les régions viticoles, d'acheter sur place, ou de vous intéresser un peu plus au caviste au coin de votre rue. 

Je ne peux vous garantir que le vin sera toujours meilleur que dans votre hyper. Mais vous pourrez parler avec quelqu'un qui fait du vin, ou dont c'est le métier.

Vous comprendrez peut-être mieux ce que vous aimez, et pourquoi vous l'aimez. 

Dans le contexte, le prix prendra aussi une autre raisonnance. Et puis, n'oubliez pas, les "affaires" que vous faites en GD, quelqu'un doit bien les payer. 

 

 

09:58 Écrit par Hervé Lalau dans France | Tags : vin | Lien permanent | Commentaires (1) | | | |

17 juin 2008

La viticulture bio a-t-elle vécu?

L'Agence Bio vient de publier les chiffres 2007 de la filière biologique en France. On y apprend que les vignobles bio sont toujours forte progression (+20%, à 22.000 ha). C'est d'autant plus remarquable que la surface viticole totale, quant à elle, a baissé de 2,3% sur la période. 

 

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Les logos AB sont-ils appelés à disparaître? 

 

 

Des chiffres impressionnants 

Le nombre de viticulteurs engagés en agriculture biologique est également en forte hausse: +16%, à 1907. Plus du tiers des surfaces viticoles certifiées est en conversion. A la fin 2007, les vignes bio représentaient 2,6% du vignoble français.

Trois régions regroupent les 2/3 des surfaces en vigne certifiées: Languedoc-Roussillon, PACA et Aquitaine. Toutes trois connaissent une forte progression : Languedoc-Roussillon (6 140 ha, +16% par rapport à 2006), Provence Alpes-Côte d’Azur (5 294 ha, +24%) et Aquitaine (3 065 ha, +9%). La progression est également très forte en Bourgogne (+28%) où les vignes certifiées couvraient en 2007 près de 1.000 hectares.

Des lendemains qui déchantent? 

Notons que la certification bio ne concerne que la partie vigne de la production, et non la partie chai. En ce sens, on peut parler de viticulture Bio, et non de vin Bio.

Observons aussi que derrière ces belles progressions peuvent se cacher des lendemains qui déchantent. En effet, une directive européenne votée en 2007 prévoit dès janvier 2009 un changement de la légistation applicable aux filières bio, qui, dans le cas de la France, ne semble pas aller dans le sens qualitatif.

Comme le dénonce Véronique Gallais, d'Action Consommation, "le nouveau règlement prévoit des dérogations permettant d’utiliser des substances chimiques, dont certains pesticides de synthèse, et des intrants issus d’OGM. Et si les cahiers des charges privés restent autorisés, les normes nationales comme celles du label AB, plus strictes et plus adaptées aux régions que le nouveau cahier des charges européen, ne sont plus permises, les vidant ainsi de leur sens".

Et Mme Gallais de conclure: "Tous ces éléments ne peuvent que contribuer à marginaliser des modes de production biologique aux critères plus rigoureux, fondés sur l’utilisation de procédés et substances naturels (au lieu d’intrants commercialisés), ainsi que les plus petites exploitations".

Obligation de résultats et obligation de moyens 

C'est précisément cette "libéralisation" sans garde-fous que dénonce Stéphane Othéguy, viticulteur bio en Côte Rotie: "On remplace l'obligation de moyens, actuellement en vigueur, par une obligation de résultats". Pour Othéguy, le risque est réel que dès 2009, de grosses entreprises rentrent dans le bio et polluent le concept en utilisant des produits chimiques pour s'assurer de leur rendements. Il leur suffira de s'appuyer sur les failles du nouveau réglement, qui les autorise dans des circonstances dites exceptionnelles - circonstances non explicitées actuellement. Ce qui pose au moins deux problèmes: Primo, quels seront les seuils de résidus chimiques acceptés dans le produit final?
Secundo, peut-on accepter dans un concept dit biologique de polluer l'environnement pour produire un produit dit propre?

On s'étonnera que la France, qui médiatise tant son "Grenelle de l'environnement", ait voté cette réforme, alors que la Belgique, L'Italie, la Hongrie  et la Grèce s'y opposaient. Etait-ce le combat de deux conceptions, la victoire de l'Organic à l'Anglo-saxonne sur le Bio latin? Ou bien le lobby agro-industriel français a-t-il souhaité faire une OPA sur un secteur qui lui échappe encore? 

Pour beaucoup d'observateurs, en Europe, le Bio actuel a vécu... 


17:20 Écrit par Hervé Lalau dans France | Tags : vin | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |