08 avril 2008

Faut-il croire dans la révolution française du vin?

Même si les ventes du Champagne et des grands crus masquent le problème, la France des vins est handicapée à l’exportation. Et c’est Viniflhor (office interprofessionnel français  ayant le vin dans ses attributions) qui le dit.

Ce handicap, curieusement, ce n'est pas tant vis-à-vis des pays du Nouveau Monde qu'il se fait sentir, que vis-à-vis des autres pays européens producteurs. On lit souvent que le vigneron français ne peut lutter contre les prix de revient de ses homologues du Chili, de l'Afrique du Sud ou de l’Argentine. Mais ses principaux concurrents, sur les marchés internationaux, sont l’Espagne et l’Italie. Et la comparaison avec ces deux pays ne tourne pas à l'avantage de la France.

Viniflhor a comparé les prix de revient du kilo de raisin dans 15 pays producteurs. Si l'indice 100 est la moyenne de cet échantillon, alors la France est à 124 (Champagne exclu, car avec le Champagne, on monte à 153). L'Espagne, elle, est à 47.

Surtout, l'écart se creuse. Entre 2000 et 2005, le rendement moyen dans le vignoble français a baissé de 5%. Dans le même temps, il augmentait de 4,5% en Italie, et de 31% en Espagne.

Bref, avec des couts de revient toujours plus élevés (et pas vraiment de maîtrise de ses rendements, fixés par décrets), le vigneron français ne peut guère espérer s'en sortir que par une différenciation qualitative. Oui, mais il y a-t-il un potentiel de clients suffisant dans les pays émergents pour des produits de première classe? Pas certain, et c'est pourquoi l'idée d'un secteur à deux vitesses (de vraies AOC d'une part, des vins purement marketing de l'autre) fait son chemin. 

Difficile de prédire l'avenir de cette "révolution" du vin (révolution pour la France, particulièrement conservatrice sur ce chapitre jusqu'à présent).

Tout dépendra, comme d'habitude... des décrets d'application!

06:53 Écrit par Hervé Lalau dans France | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

07 avril 2008

Les vignerons indépendants face à la réforme

Michel Issaly (Domaine de la Ramaye, à Gaillac) est Secrétaire-Général des Vignerons Indépendants de France (ex-Caves Particulières). Il a confié à Jacques Berthomeau (toujours aussi bien inspiré dans ses choix d'interviews) son sentiment sur la réforme des appellations: 

 

 michel issaly  chez Melac 1

Michel Issaly 

 

"Ce qui nous va bien c’est la grande idée de cette réforme : séparer le lieu de gestion d’une AOC du lieu d’agrément. Il était enfin temps de mettre un terme aux dérives qui sont apparues  depuis 15 ou 20 ans dans la gestion de nos AOC. Nous étions un certain nombre à penser, qu’il allait y avoir enfin, une réelle occasion de revenir à une véritable politique de vin construite sur cette notion de terroir que le monde entier nous envie. Je rappellerai aussi pour la petite histoire que les entreprises vignerons-indépendants produisent environ 60% des AOC françaises.


Malheureusement, les modalités de mises en œuvre ont été à nos yeux désastreuses. D’un coté, il fallait absolument que les nouvelles ODG permettent de garder le pouvoir et les moyens financiers des syndicats de production et, de l’autre coté, des « apprentis sorciers » se sont fait plaisir à rédiger des cahiers d’habilitation d’entreprises ressemblant à des usines à gaz. Et, au milieu, personne n’a pensé à d’abord, dire ce que nous voulions faire de nos AOC et quelles places elles auraient dans une segmentation enfin lisible de notre offre. Les vignerons indépendants de France attendaient et attendent encore ce grand débat. À nos yeux, il nous semblait qu’il aurait fallu commencer par là. Une fois de plus, la filière viticole française a mis la charrue avant les bœufs.


Nous pouvons également noter un manque criant de concertation des acteurs de la filière sur une réforme majeure de notre viticulture. Le réveil risque d’être brutal pour un certains nombre de producteurs, mais aussi pour certains négociants lorsqu’ils demanderont leur habilitation.
La mauvaise nouvelle dans tout cela, c’est que cette réforme va rentrer en application dès cette récolte 2008 et que les producteurs de base sont loin, très loin d’en connaître les contours et la philosophie. Nous nous posons également des questions quant  au coût réel de la mise en œuvre de cette reforme qui risque d’être au-delà du raisonnable pour que nous restions compétitifs sur le marché mondial."

 

Plus d'info:  http://berthomeau.over-blog.com/article-18419419.html

08:42 Écrit par Hervé Lalau dans France | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |