30 mars 2009

Du rosé de coupage et autres écrans de fumée politicomédiatiques

Je ne peux m'empêcher de revenir sur l'affaire du rosé de coupage; notamment pour souligner quelques incohérences dans la position officielle française - je veux dire, celle énoncée dernièrement par le ministre Barnier, qui infirme la position précédente. Vous me suivez, j'espère - car la Commission Européenne, elle, a un peu de mal.

Primo, le projet de la Commission Européenne ne vise que les vins sans indication géographique. Les Côtes de Provence (apparement les plus en pointe dans la dénonciation du projet "bruxellois") seront donc libres de continuer à imposer à leurs producteurs de ne pas recourir au coupage. J'espère même qu'ils en profiteront pour contrôler que cette règle est bien appliquée, car on me rapporte qu'il y a parfois des dérives - bref, que le coupage se pratique déjà en douce.

Secundo, la Champagne dispose d'une dérogation au droit commun, puisqu'elle coupe déjà allégrement ses rosés en toute légalité. Le projet ne la concerne pas, puisqu'il s'agit de vins à indication géographique. Néanmoins, on aimerait savoir au nom de quoi cette région dispose d'une telle dérogation - on ne voit pas pourquoi ce qui serait qualitatif en Champagne ne le serait plus en Bourgogne.

Tertio, je voudrais replacer le débat dans le cadre plus large des pratiques oenologiques.

Le projet de la Commission vise à libéraliser certaines pratiques communément admises dans d'autres régions du monde, mais jusqu'ici interdites en Europe, et notamment en France. L'objectif étant de permettre aux vins de l'Union de concurrencer plus efficacement les vins du "Nouveau monde".

Parmi ces pratiques, il y a non seulement le coupage de rosé, mais également l'emploi des copeaux. Et là, on n'entend guère le ministère.

Après tout, le coupage ne consiste qu'à ajouter du vin à du vin, ce qui ne change pas essentiellement la composition du produit. Alors que les copeaux sont un adjuvant.

Des experts nous disent qu'il est quasi-impossible de distinguer organoleptiquement un vin vieilli en barrique et un vin "copeauté". Certains prétendent même qu'il vaut mieux, pour des producteurs sans beaucoup de moyens, recourir à de bons copeaux qu'à de mauvaises barriques - ce que nous croyons aisément lorsque nous dégustons de ces vins qui veulent faire riches avec un "boisé aristocratique", mais au goût de vieille fûtaille pas propre.

Bref, les copeaux peuvent avoir un intérêt. La France a freiné des quatre fers sur ce dossier - moins par souci de qualité que pour préserver son industrie de la tonnellerie et l'image de ses grands crus. Mais voici que les tonneliers français se sont aussi mis au copeaux. Alors sans doute la France va-t-elle libéraliser leur emploi.

Si vous pensiez encore que la préoccupation des "responsables" était la qualité du vin, vous vous trompiez, les ministères n'ont aucune conviction en la matière, ils ne sont que les arbitres de la concurrence et des groupes de pression, syndicats, associations patronales, multinationales, députés de circonscriptions sensibles, etc...

La preuve: la France autorise depuis belle lurette l'osmose inverse, qui n'est pas à proprement parler une pratique traditionnelle. On concentre ainsi artificiellement les moûts des vendanges pluvieuses (et plus si affinités). Mais qui s'en soucie? Même pas les AOC! Pourtant, les données climatiques sont un élément constituant du fameux terroir, dont elles nous rabattent les oreilles. L'osmose inverse respecte-t-elle ces données? Evidemment que non, puisqu'elle permet d'obtenir en année pluvieuse la concentration d'une année sèche.

De même, les préfets de toutes sortes de départements viticoles ensoleillés ou non  autorisent régulièrement le recours à la chaptalisation (malgré des excès avérés comme en Beaujolais, mais qui ne sont sans doute que la partie émergée de l'iceberg) et à l'acidification (qui devrait théoriquement être exceptionnelle). A priori, les deux pratiques ne peuvent être utilisées simultanément, mais là encore, la théorie et la pratique ne coincident pas toujours.

Mais il y a pire, comme le révèle mon confrère Fabian Barnes: les levures aromatisantes de type "Thioles», «Acetate d’isoamyl» ou «Terpènes" sont autorisées en France, alors qu'elles influencent le goût du vin (c'est même leur raison d'être).

De même, nous dit Fabian, dans les eaux de vie, "le concentré liquide d'extrait de bois de chêne est autorisé pour imiter l'effet du viellissement en barrique". Espérons que ce concentré n'a jamais été employé dans les vins. Nous n'en avons pas la preuve.

En résumé, et au risque de gratter là où ça fait mal, la polémique actuelle sur le rosé de coupage ressemble fort à un écran de fumée. Le ministère vise-t-il à accréditer auprès des medias l'idée d'une France sérieuse, d'un ministère pétri de valeurs et soucieux du bien-être de ses consommateurs comme de ses producteurs?

Si les médias avalent tout ça, c'est qu'ils ne connaissent pas leurs dossiers. Et cela nous amène à d'autres considérations. Lors des points presse données récemment par le Ministre, les bonnes questions n'ont pas été posées. Pas même au cours du journal radio de RTL, hier, où il est allé de son couplet anti-coupage, le coeur sur la main et l'angélisme à fleur de lèvres, mais sans véritable contradicteur.

De même, au plus fort de la campagne de désinformation menée par l'INCa au sujet du vin et du cancer, la presse généraliste est restée virtuellement muette.

Ce qui ne laisse pas de poser la question de la véritable compétence de la presse française en matière de sujets techniques, et de sa véritable indépendance par rapport aux lobbys et aux annonceurs potentiels.

Je le dis avec d'autant plus de tristesse que je suis moi-même journaliste et français. Mais je pense de mon devoir de ne pas être sélectif dans mes indignations. Il serait trop facile de "taper" sur le Ministre tout en exonérant ma propre corporation. Sans doute suis-je également coupable, car on n'est jamais assez informé sur les sujets techniques.

Aussi vous laisserai-je ici, pour aller potasser un ouvrage de référence dont les subtilités me résistent: "Les Terroirs du Vin", de Jacques Fanet. La géologie et moi, cela fait 2. Il faut que ça change.

 

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13:48 Écrit par Hervé Lalau dans France | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

Quand Vitiphère présente la RVF

C'est bien écrit, bien senti aussi. C'est dans Vitisphère, sous la plume de Catherine Bernard. Une présentation ma foi très honnête de la RVF. On en redemande.

La Revue des vins de France, l’aîné droit dans ses bottes

Elle ressemble aussi à son nom, institutionnel. On y parle des trains qui arrivent à l’heure, et de préférence de ceux qui jouissent déjà d’un nom ou d’une renommée. Je ne sais si Martin Bouygues, patron du groupe éponyme qui vient de « réaliser le rêve de son père » en rachetant le château de Montrose à Bordeaux apportera beaucoup au vin, mais l’entretien que lui accorde le magazine dans son numéro d’avril, entretient une certaine idée du vin à la française, fière et orgueilleuse. « Ce n’est pas moi qui suis allé à Montrose, mais ... Montrose qui est venu à moi ». Le portrait de ce mois est consacré à Patrick Maroteaux, baptisé « l’ambassadeur de Saint-Julien », un autre « people » du vin. Magazine prescripteur, la RVF dresse aussi des palmarès -60 vins de Provence dans le numéro d’avril dans les kioques-, et a ouvert ses colonnes à l’oenotourisme, marché prometteur. Les encarts publicitaires emboîtent le pas aux thématiques.

Le coeur du journal se loge dans les pages jaunes, avec les notes de dégustation, toujours positives. S’il y a des larmes à verser, c’est sur « l’ultime sacrifice exigé par le Moloch hygiéniste qui nous surveille », explique Denis Saverot, son rédacteur-en-chef, dans son éditorial.

Les plumes des chroniqueurs, le sommelier Olivier Poussier et le géographe et essayiste Jean-Robert Pitte, sont, à l’instar des interviewés, réputées et incontournables. Parfois légendes et clichés voisinent. « Il faut donc aimer, valoriser, faire vibrer avec talent les bons terroirs reconnus, mais il importe tout autant d’aller au-devant des amateurs éclairés pour continuer à acheter les grands vins dont ils sont issus », conclut Jean-Robert Pitte dans son billet d’humeur.

Catherine Bernard a également consacré 3 autres jolis papiers aux autres magazine du vin en France

Plus d'info: http://www.vitisphere.com/

07:57 Écrit par Hervé Lalau dans France | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |