03 juillet 2009

Les Anglo-Saxons au chevet de la viticulture française

"Dysfonctionnements", "pas assez de marques fortes", "manque de vision marketing"...

Tel est le sombre tableau dressé par le chroniqueur vineux britannique Robert Joseph à propos de la France viticole, lors du dernier Vinexpo. Un pays qu'il connaît bien, puisqu'il lui a consacré plusieurs livres.

Toujours à Vinexpo, le professeur Tony Spawton, venu d'Australie pour participer à la conférence sur la crise viticole française, parle lui "de graves problèmes d'infrastructure". Et notamment à Bordeaux: "que la première région de production au monde soit obligée de recourir à la distillation de crise, c'est déjà mauvais signe". Le professeur a également critiqué la région pour la trop grande importance qu'elle accorde à la notation Parker. C'est surtout valable pour les grands crus, évidemment, car au Château Lapompe, Parker, vous savez... C'est drôle comme l'arbre spéculatif peut parfois cacher la forêt commerciale...

Mais pour en revenir au diagnostic de nos amis Anglo-Saxons, deux remarques.

Primo, c'est gentil à eux de continuer à parler de nos vins pendant la crise. Je suppose que le marché des primeurs de Californie, d'Afrique du Sud ou d'Italie se porte beaucoup mieux, car on n'en parle jamais.

Secundo, la vision de l'expert Australien sur notre crise est à remettre dans son contexte. Sécheresse, surproduction, baisse de la consommation, hausse des coûts de production, indigestion de marketing... les Australiens cumulent toutes les crises en même temps. Il fut pourtant un temps, pas si lointain, où même en France, on disait que les Kangourous avaient tout compris.

Alors, remercions nos amis et concurrents pour leur diagnostic (ou faut-il déjà parler d'autopsie?), mais penchons nous entretemps sur nos atouts.  Si, si, il y en a! Ne serait-ce que la notoriété de nos crus, bien utile en temps de crise, quand le consommateur en revient aux valeurs sûres. Exploitons cette rente de situation au mieux, c'est aussi important que de ressasser nos lacunes.

 

06:48 Écrit par Hervé Lalau dans France | Lien permanent | Commentaires (2) | | | |

02 juillet 2009

Ils sont fous, ces Suédois!

Lars Olofsson, le nouveau grand patron (suédois) de Carrefour, raconte à qui veut l'entendre que son modèle, en matière de distribution, a pour nom IKEA.

Une seule enseigne, un seul assortiment pour le monde entier, c'est évidemment imbattable en matière d'économies d'échelle. En matière d'alimentation, pourtant, j'ai mes doutes.

 

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On n'a sans doute pas besoin d'apprendre aux consommateurs à quoi sert un canapé, ni comment monter une armoire en kit. Mais demander à un Ecossais de manger comme un Catalan, à un Batave de délaisser ses tartines au Gouda pour un casse-croûte au camembert (du vrai, bien sûr, pas de l'aseptisé), c'est une autre paire de manches.

Qu'Olofsson entende rationaliser l'organisation de son groupe en diminuant le nombre de ses enseignes, pourquoi pas, si ça rassure ses actionnaires. C'est d'ailleurs déjà en cours.

Mais inventer une "diète internationale" où les assortiments seraient choisis sans tenir compte des goûts locaux, c'est confondre "économie d'échelle" et "viser à côté de la cible".

Un exemple, un seul: ne proposer aux clients des Carrefour belges que les vins qui plaisent aux Carrefour français, ce serait une fausse bonne idée. Les prix à l'achat seraient peut-être abaissés par un effet de volume, mais les gammes, elles, risqueraient fort de ne pas convenir.

Rappelons que dans ses supermarchés, le Belge bénéficie de toute éternité d'un choix de vins beaucoup plus large que son voisin du Sud - même en matière de vin français. Et quant aux vins non français, les acheteurs de Carrefour France ont encore à nous prouver leur expérience dans ce domaine.

Ce n'est pas tout de savoir acheter à bas prix, il faut encore savoir vendre. D'autant que la crise actuelle a pour effet de pousser le client vers les valeurs sûres. Alors, bouleverser les assortiments, ce n'est sans doute pas le meilleur moment.

A mon sens, M. Olofsson serait mieux inspiré de renforcer les compétences à l'achat dans ses centrales (il ne suffit pas de savoir dire non sur tous les tons pour savoir bien acheter), d'arrêter de faire tourner ses acheteurs dès qu'ils commencent à comprencdre quelque chose au marché, plutôt que d'appliquer la politique du "je ne veux voir qu'une tête".

S'ils sont vraiment fous, ces Suédois, comme dit le slogan d'IKEA, alors qu'ils aient la folie de la qualité, pas du moins-disant commercial!

 

 

10:53 Écrit par Hervé Lalau dans France | Tags : carrefour | Lien permanent | Commentaires (1) | | | |