22 octobre 2009

Envoyé Spécial: "C'est le résultat qui compte"

Interpellée par des nombreux producteurs, chroniqueurs et journalistes, Céline Destève, la responsable du reportage d'Envoyé Spécial, s'explique sur le site "Le Médiateur" de France 2.

Je vous livre ce texte avec la joie non dissimulée de celui qui aime que chacun puisse dire sa vérité. Un pluraliste, quoi (excusez-moi si c'est un gros mot, de nos jours).

Envoyé Spécial

A vous de juger.

D'aucuns, comme Olif, sur son blog hédoniste (http://www.leblogdolif.com) semblent penser que l'objectif (dénoncer les dérives du vin industriel) justifie la manipulation des interviews, le parti pris flagrant, le détournement d'images. Moi pas; il est vrai que je m'honore encore un peu du titre de journaliste. Comme disait le regretté Desproges, "je me parfume d'une l'idée". De l'idée que l'honnêteté intellectuelle transcende les écrits du plus misérable encarté de la presse locale. Ce en quoi j'ai tort, évidement, mais il est bon de vivre dans l'utopie, ou au moins dans la recherche de l'objectivité. Les bloggeurs non journalistes (les bloggeurs "nature", en quelque sorte) n'ont cure de cette déontologie ringarde, c'est le résultat qui compte. Nous ne boxons décidément pas dans la même catégorie.

Ce n'est pas moi qui désavouerai Mme Destève quand elle réclame le droit à l'information sur les mauvaises pratiques - je ne l'ai pas attendue pour dénoncer la sur-chaptalisation dans le Beaujolais, par exemple, dans ces mêmes pages. Mais cette histoire commence à dater, non, pour des enquêteurs si friands d'actualité? N'ont-ils pas peur de servir du réchauffé?

Heureux ceux qui enseignent en apprenant!

A lire Mme Destève, ce n'est qu'au fil de son enquête qu'elle se serait fait une opinion. Heureux journalistes généralistes qui peuvent enseigner en apprenant, et comprendre tout en expliquant ce qu'ils découvrent, sans savoir ce qu'ils vont découvrir ensuite... Leur science est toujours neuve. Les enquêteurs ont voulu se mettre au niveau du consommateur, nous dit-on! Belle ambition pour le service public. Pourquoi ne pas faire réaliser les interviews par des candidats du Maillon Faible, pendant qu'on y est!

Heureux journalistes d'investigations, également, qui n'ont pas à se retourner sur le champ de ruines qu'ils laissent (au sens figuré, je les rassure) dans les secteurs qu'ils abordent. Celui du vin avait vraiment besoin qu'en en remette une couche! Qu'on jette le bébé avec l'eau du bain. Qu'on mette tout le monde dans un même sac. Car ne vous y trompez pas, Olif, les bio et les nature ne trouvent pas vraiment grâce aux yeux d'Envoyé Spécial - ce n'est pas moi qui le dit, c'est Mme Destève. Et puis, aujourd'hui, pour le pauvre consommateur lambda, le Maillon Faible du marché, tous les vins sont devenus suspects. Demain, sans doute, grâce à Mme Destève (même si elle s'en défend), il boira encore un peu moins de Préfontaine, de Mouton Cadet ou de Corbières de Cave Coop, et il les boira aussi un peu moins joyeusement. Il ne boira certainement pas plus de vin bio pour autant.

Non, rien de rien...

Bref, Mme Destève ne regrette rien. Pourquoi le ferait-elle, elle a fait parler d'elle, elle est même en passe de devenir spécialiste; je suis sûr que son rédac'chef rigole des commentaires des producteurs, et même son chef de pub. Car le vin n'a pas droit à la pub, vous le savez. France 2 n'a donc rien à perdre. Et puis, avec un tel programme, la chaîne ne risque pas les foudres des anti-vins, ni de l'INCa, ni de l'ANPAA.

Vous remarquerez quand même qu'après coup, Mme Destève se paye le luxe de la modération: "nous avons pleinement conscience que les viticulteurs s'emploient à réduire les doses", nous dit-elle. Voila qui tranche totalement avec le ton de son reportage. Dommage qu'elle n'ait mis de l'eau dans son vin qu'après le montage... on aurait été plus nombreux à l'entendre.

Peut-être un jour France 2 décidera-t-elle de nous les montrer aussi, ces bons vignerons?

En définitive, ce n'est pas ce qui m'ennuie le plus. Ma "consoeur" a le droit d'être fière de sa science toute neuve. Non, ce qui m'ennuie, c'est que les amoureux du vin se divisent. Il y a donc clairement deux églises dans le monde du vin (y compris les buveurs), Saint Alain le Chimique d'un côté, Notre Dame de la Bio de l'autre. Et pas de milieu. Plus de passerelles?

Je suis un fervent défenseur des vins bio. J'ai mal au coeur de penser aux vignerons qui s'infligent (encore plus qu'ils ne nous infligent) des doses déraisonnables de pesticides, d'herbicides et d'engrais - car ils salissent leur corps, leur terre (et la nôtre). Mais ils sont encore au bas mot 80% des vignerons de France, et ils produisent au moins 60% de ce que je bois. Les clouer au pilori comme l'a fait France 2, et en ricaner comme font certains de ceux qui ont pu sortir de cette spirale, c'est moche, je trouve.

 

 

00:01 Écrit par Hervé Lalau dans France | Lien permanent | Commentaires (9) | | | |

16 octobre 2009

Les Costières de Nîmes reçoivent le Prix René Renou 2009

Tiens, des ministres de la République se montrent à nouveau lors des événements consacrés au vin.

Il est vrai que l'événement est lié à l'oenotourisme, euphémisme à la mode et bien pratique face aux hygiénistes. "Ne dites pas à ma mère (ni à mon ministre) que je fais du vin, ils croient que je m'occupe de patrimoine culturel..."

Toujours est-il qu'hier, Hervé Novelli, secrétaire d'Etat au Commerce, et ci-devant secrétaire d'Etat au Tourisme, a honoré de sa présence la remise du Prix René Renou, qui récompense la collectivité territoriale française ayant le mieux œuvré, au cours de l’année écoulée,  pour la défense et la promotion du patrimoine culturel lié à la viticulture.

J'en suis d'autant plus heureux que je suis à l'origine de ce prix, comme Secrétaire Général de la FIJEV, avec mon confrère Marc Olivier, qui dirige l'Association Nationale des Elus de la Vigne et du Vin.

Pour 2009, le prix, qui porte le nom de l'ancien et charismatique président de l'INAO, a été attribué à la Charte Paysagère des Costières de Nîmes.

Lancée par le syndicat de l’AOC Costières de Nîmes en janvier 2006, en partenariat avec la communauté d’agglomération Nîmes Métropole et la DIREN Languedoc-Roussillon, cette Charte a pour but de valoriser l’image des produits AOC, en gérant l’évolution de leurs aires, de gérer le cadre de vie avec la volonté de faire du paysage un outil de développement et d’amélioration du territoire; de préserver les ressources naturelles, en maintenant une diversité animale et florale.

Prix René Renou

De gauche à droite, Philippe Martin, coprésident de l'ANEV,député de la Marne, Hervé Novelli, secrétaire d'Etat au Commerce et André Deyrieux,fondateur de winetourism.com

09:08 Écrit par Hervé Lalau dans France | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |