04 novembre 2009

Vous avez dit "simplification"?

Avant, il y avait les Vins de Table, les Vins de Pays et les vins d'appellation, VDQS et AOC.
Enfin, je schématise un peu, parce que les Vins de Pays étaient en quelque sorte des Vins de Table avec une origine (mais il ne fallait pas le dire trop fort). Et puis, pour l'Europe, VDQS et AOC n'étaient jamais que deux noms pour la même chose, à savoir les VQPRD. Seuls les Français, esprits subtils, avaient besoin de plus de nuances.

Aujourd'hui, avec la réforme européenne, c'est censé être beaucoup plus simple: il y a les vins "Avec indication Géographique" (les VIG, en français siglé), qui regroupent les vins avec Indication Géographique de Provenance (IGP) et les Vins d'Appellation Géographique Protégée (AOP). Et puis les autres. A savoir, les Vins Sans Indication Géographique (les VSIG, de leur petit nom).
Sauf qu'en réalité, en France, il y aura deux sortes de VSIG. Ceux qui mentionneront le cépage et/ou le millésime (car c'est permis, à présent) et les autres. Vous suivez toujours, j'espère?

Sortez couverts... et habilités

Dans le premier cas de figure, à savoir celui des VSIG Avec Mention de Millésime ou de Cépage (VSIGAMM/VISGAMC, pour simplifier), les producteurs devront demander une habilitation auprès de la délégation régionale de France Agrimer, la nouvelle bonne à tout faire de la régulation agricole française. Qu'ils se dépêchent, les guichets sont tout juste ouverts!

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Nostalgiques de l'octroi à l'entrée des villes, voici pour vous

 

Cette habilitation permettra ensuite à l'administration de vérifier que le cépage mentionné est bien celui qui est utilisé, et que le millésime qui est indiqué est bien le bon.

Notez bien que le système européen prévoit qu'on puisse ajouter 20% d'un cépage ou d'un millésime différent - où est-ce 25%? Ou 15%? Je m'y perd un peu, mais moi, ce n'est pas grave, je ne suis qu'un journaliste vineux; l'important, c'est que le consommateur, lui, s'y retrouve.

Une question de confiance

Finalement, en France, avec la simplification européenne, on est passé de quatre catégories de vins à quatre catégories de vins. Ce qui est nettement plus simple, sauf que ce ne sont pas tout à fait les mêmes; et que ceux qui ne comprenaient déjà pas bien le système avant (ou s'en désintéressaient) n'ont aucune raison de mieux le comprendre ou de plus s'y intéresser aujourd'hui.

Il paraît que les Français ont de moins en moins confiance dans l'AOC comme signe de qualité, ou qu'ils considèrent que c'est un minimum. Quel dommage qu'on ait pas profité de la réforme pour faire passer en IGP toutes les AOC qui n'apportent rien, qui ne garantissent aucun lien au terroir; car rappelez vous, c'est le crédo de l'AOC. Mais comment y croire quand Fitou est coupé en deux zones (une en plaine littorale, l'autre en alititude); quand les Corbières ont identifié pas moins de 11 terroirs en leur sein; quand il y a plus de Saint Emilion Grand Cru que de Saint-Emilion tout court (c'est ce qu'on appelle une pyramide inversée); quand les Côtes du Rhône (pourtant favorisées par la nature) permettent à leurs ouailles de chaptaliser et de réacidifier la même année; quand la Champagne est un des plus gros débouchés de Béghin Say; quand la Clairette de Die ne contient que 25% de Clairette; quand les Côtes de Provence, si à cheval sur leurs traditions (voir l'affaire du rosé de coupage)  réclament une AOC de mousseux - j'en passe et des meilleures. Ne vous méprenez pas, je ne suis pas de ces libéraux à tout crin, qui ne jurent que par les marques et crachent sur les signes de qualité. Je reconnais même beaucoup de mérites à l'AOC, - notamment d'avoir sauvegardé un patrimoine. Mais que de dérives! S'il suffisait de rajouter un Q à l'INAO pour que contrôle et protection riment avec qualité!

Oui, quel dommage qu'on ait pas créé cette "AO d'Excellence" que René Renou appellait de ses voeux. Le doux rêveur. L'AOC n'est plus un bien commun, c'est une rente de situation. Pour les bons vignerons qui tirent les wagons, mais surtout aussi pour les autres, qui profitent de l'élan. Et quand un président de syndicat ou d'interprofession ose évoquer la nécessité de trier le bon grain de l'ivraie, les gros bataillons de médiocres (et ceux qui les commercialisent à vil prix) ont tôt fait de le rappeller à plus de sens social. A-t-on jamais vu un rentier accepter de perdre sa rente? Plutôt attirer tout le monde dans le trou que de chercher à en sortir...

Le syndrome de la contrôlite

Mais passons. Ce qui m'interpelle vraiment, aujourd'hui, au niveau de mon vécu de citoyen, c'est le besoin manifeste, viscéral, maladif, qu'ont les administrations, en tout cas en France, de tout contrôler, même les catégories créées pour donner plus de liberté aux producteurs. Pourquoi exiger une habilitation préalable quand il suffirait à la répression des fraudes de vérifier en aval, en cas de doute, ce qui est dans la bouteille? Et puis, les contrôles en amont ont-ils empêché la multiplication quasi-christique du pinot noir du Languedoc, l'an dernier? Ce n'étaient plus les noces de Cana, c'étaient les noces de Limoux. Gallo en rit encore.

Mais je suis bête! Ce n'est pas tant que l'administration se méfie des vignerons ou se préoccupe de ce qu'il y a dans leurs vins. C'est surtout qu'elle veut s'assurer d'avoir encore un rôle demain... Il n'y a plus de bureaux d'octroi à l'entrée des villes, en France, depuis la guerre. Alors il faut bien trouver autre chose pour justifier l'emploi. C'est social. Je ne sais pas si l'on va réussir à contrer le virus H1N1. Mias pour celui de la contrôlite, dans l'administration française, c'est mal parti.

Chapeau, en tout cas, aux producteurs de vin français, qui doivent non seulement produire des vins (vendables, si possible), mais également nourrir tant de contrôleurs au passage...

 

09:24 Écrit par Hervé Lalau dans France | Lien permanent | Commentaires (2) | | | |

02 novembre 2009

Bercy veille...

Bercy veille, Bercy descend sur le terrain, Bercy vinifie même. Bercy meaucoup!

Bercy veille

 

Qui a dit que les services de l'Etat se désintéressent du vin?

 

20:53 Écrit par Hervé Lalau dans France | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |