30 octobre 2009

Envoyé Spécial: les Bourguignon contre-attaquent

Reçu de Lydia et Claude Bourguignon, ce communiqué à nouveau acablant pour l'émission Envoyé Spécial - je n'en ai déjà que déjà trop parlé, mais comment rester insensible à des dérives qui mettent en doute le travail de tous les journalistes?

"Bonjour à tous,

Mille excuses pour le retard de notre réaction face à l'émission d'Envoyé Spécial du 1 octobre 2009, mais nous étions sur le terrain ces dernières semaines.



Bourguignon

Les Bourguignon n'ont pas attendu Envoyé Spécial pour s'intéresser au sujet...


Nous avions accepté de participer à cette émission à condition que nos propos soient correctement retransmis. Il n'en a rien été et nos explications sur le rôle prépondérant des multinationales sur l'empoisonnement des sols viticoles et agricoles par les pesticides ont été soigneusement supprimées lors de la retransmission. Il est vrai que ces multinationales de  l'agro-industrie du monde et qu'elles financent massivement la télévision par leur publicité.

Nous tenons, dans cette newsletter à exprimer notre profond désaccord avec cette émission décousue et dépourvue de tout professionnalisme. Force est de constater que les médias sont vendus et que les journalistes ne font plus leur métier. Cette émission semblait avoir été financée par le lobby anti-vin et nous mettons au défit le public non averti de comprendre quoi que ce soit sur le monde du vin tant cette émission était désespérante de médiocrité. On plaçait sur le même plan le sucre, les levures et les pesticides.

Le seul intérêt de cette émission est de montrer la profondeur du fossé qui s'est creusé entre les citadins et le monde rural.

Il est aussi profond que celui qui s'est creusé entre les politiques et le peuple. Le monde de la ville ne connaît rien à la terre et ne comprend rien à sa culture et c'est cette incompréhension qui aboutit à la volonté de détruire la boisson la plus civilisée du monde, celle qui représentait symboliquement le sang du Christ: le Vin.

Certes les vignerons sont responsables de s'être laissés manipuler par les marchands de pesticides, mais ce sont ces derniers qui portent la lourde responsabilité d'avoir empoisonné la terre au nom du profit.

Il est toujours difficile de prendre la décision de participer ou non à ce type d'émission où nous n'avons jamais accès au montage final avant diffusion.

Cependant, c'est ce type d'émission qui a permis de mettre le doigt sur les dérives de l'agro-industrie. Nous restons pour notre part aux côtés des vignerons et des agriculteurs qui restent avant tout des artisans et des artistes au service de leur terre".


Lydia et Claude Bourguignon



LAMS - Route de Charmont - 21120 Marey-sur-tille - Tél. 03.80.75.61.50 - Fax. 03.80.75.60.96
Laboratoire d'analyses de sol spécialisé dans l'étude écologique de profil cultural pour restaurer la biodiversité des sols de terroir afin d'améliorer la qualité et la typicité des vins et des denrées agricoles

09:37 Écrit par Hervé Lalau dans France | Lien permanent | Commentaires (2) | | | |

22 octobre 2009

Envoyé Spécial: "C'est le résultat qui compte"

Interpellée par des nombreux producteurs, chroniqueurs et journalistes, Céline Destève, la responsable du reportage d'Envoyé Spécial, s'explique sur le site "Le Médiateur" de France 2.

Je vous livre ce texte avec la joie non dissimulée de celui qui aime que chacun puisse dire sa vérité. Un pluraliste, quoi (excusez-moi si c'est un gros mot, de nos jours).

Envoyé Spécial

A vous de juger.

D'aucuns, comme Olif, sur son blog hédoniste (http://www.leblogdolif.com) semblent penser que l'objectif (dénoncer les dérives du vin industriel) justifie la manipulation des interviews, le parti pris flagrant, le détournement d'images. Moi pas; il est vrai que je m'honore encore un peu du titre de journaliste. Comme disait le regretté Desproges, "je me parfume d'une l'idée". De l'idée que l'honnêteté intellectuelle transcende les écrits du plus misérable encarté de la presse locale. Ce en quoi j'ai tort, évidement, mais il est bon de vivre dans l'utopie, ou au moins dans la recherche de l'objectivité. Les bloggeurs non journalistes (les bloggeurs "nature", en quelque sorte) n'ont cure de cette déontologie ringarde, c'est le résultat qui compte. Nous ne boxons décidément pas dans la même catégorie.

Ce n'est pas moi qui désavouerai Mme Destève quand elle réclame le droit à l'information sur les mauvaises pratiques - je ne l'ai pas attendue pour dénoncer la sur-chaptalisation dans le Beaujolais, par exemple, dans ces mêmes pages. Mais cette histoire commence à dater, non, pour des enquêteurs si friands d'actualité? N'ont-ils pas peur de servir du réchauffé?

Heureux ceux qui enseignent en apprenant!

A lire Mme Destève, ce n'est qu'au fil de son enquête qu'elle se serait fait une opinion. Heureux journalistes généralistes qui peuvent enseigner en apprenant, et comprendre tout en expliquant ce qu'ils découvrent, sans savoir ce qu'ils vont découvrir ensuite... Leur science est toujours neuve. Les enquêteurs ont voulu se mettre au niveau du consommateur, nous dit-on! Belle ambition pour le service public. Pourquoi ne pas faire réaliser les interviews par des candidats du Maillon Faible, pendant qu'on y est!

Heureux journalistes d'investigations, également, qui n'ont pas à se retourner sur le champ de ruines qu'ils laissent (au sens figuré, je les rassure) dans les secteurs qu'ils abordent. Celui du vin avait vraiment besoin qu'en en remette une couche! Qu'on jette le bébé avec l'eau du bain. Qu'on mette tout le monde dans un même sac. Car ne vous y trompez pas, Olif, les bio et les nature ne trouvent pas vraiment grâce aux yeux d'Envoyé Spécial - ce n'est pas moi qui le dit, c'est Mme Destève. Et puis, aujourd'hui, pour le pauvre consommateur lambda, le Maillon Faible du marché, tous les vins sont devenus suspects. Demain, sans doute, grâce à Mme Destève (même si elle s'en défend), il boira encore un peu moins de Préfontaine, de Mouton Cadet ou de Corbières de Cave Coop, et il les boira aussi un peu moins joyeusement. Il ne boira certainement pas plus de vin bio pour autant.

Non, rien de rien...

Bref, Mme Destève ne regrette rien. Pourquoi le ferait-elle, elle a fait parler d'elle, elle est même en passe de devenir spécialiste; je suis sûr que son rédac'chef rigole des commentaires des producteurs, et même son chef de pub. Car le vin n'a pas droit à la pub, vous le savez. France 2 n'a donc rien à perdre. Et puis, avec un tel programme, la chaîne ne risque pas les foudres des anti-vins, ni de l'INCa, ni de l'ANPAA.

Vous remarquerez quand même qu'après coup, Mme Destève se paye le luxe de la modération: "nous avons pleinement conscience que les viticulteurs s'emploient à réduire les doses", nous dit-elle. Voila qui tranche totalement avec le ton de son reportage. Dommage qu'elle n'ait mis de l'eau dans son vin qu'après le montage... on aurait été plus nombreux à l'entendre.

Peut-être un jour France 2 décidera-t-elle de nous les montrer aussi, ces bons vignerons?

En définitive, ce n'est pas ce qui m'ennuie le plus. Ma "consoeur" a le droit d'être fière de sa science toute neuve. Non, ce qui m'ennuie, c'est que les amoureux du vin se divisent. Il y a donc clairement deux églises dans le monde du vin (y compris les buveurs), Saint Alain le Chimique d'un côté, Notre Dame de la Bio de l'autre. Et pas de milieu. Plus de passerelles?

Je suis un fervent défenseur des vins bio. J'ai mal au coeur de penser aux vignerons qui s'infligent (encore plus qu'ils ne nous infligent) des doses déraisonnables de pesticides, d'herbicides et d'engrais - car ils salissent leur corps, leur terre (et la nôtre). Mais ils sont encore au bas mot 80% des vignerons de France, et ils produisent au moins 60% de ce que je bois. Les clouer au pilori comme l'a fait France 2, et en ricaner comme font certains de ceux qui ont pu sortir de cette spirale, c'est moche, je trouve.

 

 

00:01 Écrit par Hervé Lalau dans France | Lien permanent | Commentaires (9) | | | |