20 janvier 2010

Bonne année, et bon terroir... avec Sève

Voici quelques jours, le président de l'association Sève, Marc Parcé, qui milite pour un renouveau des appellations, adressait ses voeux. J'en extrais ces quelques lignes frappées au coin du bon sens, qui traitent du fameux "lien au terroir":

Parcé
Marc Parcé

 

"Nous avons fait le constat, chacun dans notre appellation, de techniques ou de comportements, à la vigne comme à la cave, qui distendaient, qui amenuisaient ce lien et qui banalisaient, uniformisaient le produit. Une fois de plus nous avons fait le constat qu’il est plus facile de définir ce qui gomme le lien au terroir que d’avancer avec certitude ce qui le crée: j’admet que sur cette parcelle, sur ce terroir je fais des vins différents de ceux que j’élabore à deux cent mètres ou trente kilomètres de là mais je ne puis affirmer du haut de ma superbe pourquoi. C’est un mystère que j’accepte, auquel je me soumet, auquel je participe, auquel j’adhère mais qui reste sans explications rationnelles à ce jour.

Nous touchons là un point délicat de ce dossier parce que certains, dans le doute, s’abstiendront, alors que d’autres iront chercher dans l’irrationnel des explications que la science ne peut leur fournir aujourd’hui ; enfin la majorité déclarera qu’il n’y a aucune raison qu’on vienne les questionner sur ce sujet puisqu’il est établi que depuis cinquante ans leur produit a l’appellation et qu’ils n’ont pas besoin de se justifier!

Cette dernière réaction me semble la plus mauvaise et la plus dangereuse aux yeux du monde viticole qui nous observe - sans parler des consommateurs: continuer de s’autoproclamer en appellation, sans confirmation de la véracité du concept confirmerait, à juste raison, le procès qui nous est fait de l’utilisation à des fins protectionnistes d’un mythe aussi creux qu’inexact".

Plus d'info: http://www.vigneronsdeseve.org/

07:00 Écrit par Hervé Lalau dans France | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

15 janvier 2010

Les anti-pesticides au ban des accusés

Le 6 janvier dernier, au Tribunal de Grande Instance de Paris, s'est tenue l'audience du procès intenté par la Fédération Nationale des Producteurs de Raisins de Table (FNPRT) contre le Mouvement pour le Droit et le Respect des générations Futures (MDRGF).

Ces producteurs accusent le Mouvement de dénigrement, pour avoir diffusé, fin 2008, une étude européenne réalisée dans 5 pays dont la France, établissant que 99,2% des raisins analysés contenaient des résidus de pesticides, et lui réclament 600.000 eurso de dommages et intérêts. N'allez pas croire qu'ils remettent en cause l'étude elle-même, ou les analyses du laboratoire (allemand). Ce qu'ils reprochent au Mouvement, c'est de n'avoir pas dit, lors de la publication des résultats, que «contrairement à celui d'autres pays, le raisin français est aux normes». Mais aussi, l'emploi de l'adjectif "contaminé"  à propos des raisins porteurs de résidus de pesticides. Ceci mérite une petite explication de texte: le Règlement communautaire n° 315/93 stipule dans son article 1er : «On entend par «contaminant » toute substance qui n’est pas intentionnellement ajoutée à la denrée alimentaire, mais qui est cependant présente dans celle-ci comme un résidu de la production». Les producteurs contesteraient-ils le caractère non-intentionnel de la présence de résidus pesticides?

Enfin, les producteurs accusent le Mouvement d'avoir provoqué une mévente.

Le dénigrement paraît difficile à établir, car le Mouvement n'est pas à proprement parler un concurrent pour les producteurs; de même, ce serait surestimer l'impact de l'étude que de lui imputer une quelconque baisse des ventes de raisin (surtout quand la campagne de ventes  2008 était terminée à la date de la publication de l'étude, et que les chiffres annuels montrent une hausse!).

Mais ce qui est en cause, ce n'est pas tant le montant des dommages que le droit à l'information. Toute condamnation, même faible, reviendrait à limiter le droit d'expression.

D'ailleurs, les demandes financières des producteurs constituent une une menace pour la survie du MDRGF, qui ne possède pas les sommes demandées (son budget annuel est de 100.000 euros). c'est ce qu'on appelle des "poursuites-bâillon", une technique courante en Amérique du Nord, qui vise à museler un groupe de citoyens dérangeants en l’étouffant financièrement pour le dissuader d’agir.

Il est pour le moins paradoxal que ce soit ceux qui dénoncent les dangers pour la santé qui soient assignés au Tribunal. Et comme Corinne Lepage (Ex-Ministre de l'Environnement, aujourd'hui avocate du Mouvement) le souligne: «Si mettre en lumière des faits avérés, à savoir qu'il y a trop de résidus de pesticides dans les fruits et légumes, c'est du dénigrement, alors le Grenelle de l'environnement qui dit qu'il faut diviser par deux les pesticides, c'est aussi du dénigrement. Et la DGCCRF, faudrait-il aussi l'assigner pour dénigrement quand elle fait chaque année son bilan sur les résidus de pesticides ?»

Par ailleurs, en son temps, nous avons relayé cette information (ce que les producteurs qualifient de "propagande") et nous sommes donc tout aussi "coupables" que le MDRGF.

La décision du Tribunal est attendue pour le 10 février. Espérons qu'il entendra les arguments de la raison.

06:58 Écrit par Hervé Lalau dans France | Lien permanent | Commentaires (1) | | | |