19 février 2010

De père en fils, en Corse et à Chablis

Pas facile de se faire une place au soleil quand on est fils d'un grand vigneron reconnu. Même au pays du soleil.

Prenez Marc Imbert, du domaine de Torraccia, à Lecci. Christian, son paternel, est une des institutions du vignoble corse, dont il a été un des accoucheurs, dans les années 70. Et le domaine (43 ha au Nord de Porto Vecchio) est un de ses fleurons.

Torraccia

Marc Imbert

Marc a bien cru un moment qu'il ferait sa vie ailleurs, dans la finance américaine. Car si vinifier était sa passion, partager les commandes avec papa, c'était comme ateler deux lions à une charrette. Finalement, Christian a cédé la place. Et le plus drôle, c''est que le fiston s'inscrit aujourd'hui complètement dans la ligne du père. Il cherche l'authenticité, l'élégance, l'âme corse, tout ce que le paternel avait toujours préconisé. Marc en rajoute même une couche, en s'efforçant de mieux isoler ses micro-terroirs.

Et le vin préféré de Marc, c'est toujours le Torraccia Cuvée Oriu, dont il sort les vieilles bouteilles avec respect, et dont il essaie de retrouver les racines dans ses nouvelles vinifications.

Chez les Brocard, à Chablis, c'est un peu la même histoire, avec des nuances.

Jean-Marc le père, a dû tout construire ou presque du domaine et du négoce familial.

En arrivant à Préhy, dans les années 70, il n'avait pour tout viatique qu'un hectare de vignes et les encouragments de la famille. Aujourd'hui, le domaine compte 120 ha, dans tous les terroirs de Chablis, ainsi qu'en Côtes d'Auxerre et à Saint Bris. Et c'est Julien, le deuxième fils, qui est aux commandes du vignoble. Passage de témoin naturel? Oui et non: quand Julien a voulu se lancer dans la biodynamie, Papa était loin d'être enthousiaste. Il faut dire qu'à l'époque, nombreux étaient ceux qui voyaient dans les biodynamistes une bande de joyeux illuminés, ou pire, de mauvais viticulteurs incapables d'entretenir leurs terres.

BrocardBrocard père et fils

Alors Jean-Marc, qui est un pragmatique, a coupé la poire en deux: Julien a pu faire ses classes biodynamiques, mais sous son propre nom et sur un vignoble particulier, la Boissonneuse.

Et là, surprise, le fils a épaté le père, les vins de la Boissonneuse parlent de leurs terroirs, de leur minéralité, comme peu à Chablis. Jean-Marc, qui en connaît pourtant un bout en terroirs, le reconnaît avec fierté. Essayez donc La Boissonnière 2008: nez de pêche de vigne,  un peu d’anis, miel d'acacia; belle structure, minéralité, et surtout quelle longueur! Le vin finit sur le bitter, il est encore encore très jeune.

Torraccia, Brocard, les deux domaines méritent une visite, et si vous avez la chance, comme moi, de tomber sur les propriétaires, ne vous privez pas du plaisir d'écouter leur histoire de famille, car c'est aussi l'histoire d'une aventure humaine sur cette terre.

 

 

09:59 Écrit par Hervé Lalau dans France | Lien permanent | Commentaires (1) | | | |

17 février 2010

Il y a un an, souvenez vous !!!

En qualité de Secrétaire Général de la FIJEV, j'ai reçu hier cette lettre de Jean Clavel, vigneron et écrivain, défenseur passionné et passionnant de la cause vigneronne, et dont j'estime qu'elle a sa place sur ce blog. D'autant qu'elle évoque le rôle important, mais aussi pernicieux, des médias.

"Le 17 février 2009, les vignerons, toute la filière viti-vinicole, les  commerciaux, les connaisseurs et les amateurs de bons vins, les journalistes de la presse professionnelle, recevaient un coup de massue sur la tête.
Une puissante campagne de communication, payée sur le budget de l’Etat, relayée par toute la presse écrite quotidienne et magazine, par toutes les radios, par toutes les télés,  informait le grand public que la consommation du premier verre de vin était cancérigène !!! Et c’était appuyé sur des études scientifiques «incontestables !». Avec la complicité  d’un laboratoire (NACRE) de l’INRA (Institut National de la recherche agronomique). Stupeur et indignation générale.
Nous avions le sentiment que la profession viticole était comme anesthésiée. Jean Charles Tastavy  prit l’initiative d’une réaction énergique, et il a proposé, tout de suite, une réponse judiciaire à l’agression du Ministère de la santé et de ses filiales anti-vin. Pour cela il fallait une organisation structurée et quelques moyens.

Il nous réunit, à quelques uns, qui avions le désir d’agir,  et nous proposa de constituer une association nommée «Honneur du Vin» fixant des objectifs de combat judicaire et de communication, faisant connaître l’action envisagée pour collecter les fonds nécessaires. C’est ce qui a été réalisé, Vitisphère nous a offert l’hébergement du Blog, qui assure le contact permanent avec les adhérents et tous ceux que notre action intéresse. Les détails du déroulement des actions sont sur le blog www.honneurduvin.fr

Le principal résultat  fut le blocage de la distribution par le ministère de la santé et l’INCA (Institut National du Cancer) de la brochure destinée au monde médical et démontrant la «nocivité» du vin. Les actions judicaires se poursuivent, maintenant la pression, mais un autre résultat très important a été obtenu, le Haut Conseil de Santé Publique (HCSP) a diffusé le 24 juillet 2009 un avis sur l’action de l’INCA, très critique sur le fond et la forme de son action.Le combat n’est pas terminé, nos adversaires sont toujours actifs; la directrice anti-vin du laboratoire NACRE de l’INRA représentait  la France dans une conférence sur l’alcoolisme à Stockholm ou elle a réitéré ses accusations et le directeur de la Santé du Ministère vient d’intégrer un groupe sur la problématique de l’alcool à l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé).

Après un temps en vient un autre, les médias qui avaient, il y a un an diffusé, sans analyser sa  véracité, le message des anti-vin, ont repris le thème du French Paradox, qui à la suite de nouvelles études internationales, démontre les bienfaits d’une consommation modérée du vin.

Nous ne devons pas relâcher notre vigilance, poursuivre l’action judicaire entreprise, continuer une veille attentive pour prévenir tout nouveau dérapage des  anti-vin. Jean Charles très présent au niveau national, en particulier dans la structure Vin et Société, aide efficacement à la mission d'Honneur du Vin. On peut simplement regretter que les moyens soit si chichement donnés par la filière viticole à notre association qui vit principalement du bénévolat de ses adhérents.
"

Jean Clavel 16/02/2010

 

Merci, Jean de nous rafraîchir ainsi la mémoire. Que ceux qui ont des oreilles entendent, que ceux qui ont des sous les donnent; et que ceux qui ont des plumes, les aiguisent et les trempent dans l'encre de l'information honnête.

22:50 Écrit par Hervé Lalau dans France | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |