17 octobre 2010

"Vignobles et découvertes 2010": premiers sites labellisés

Le Secrétariat d'Etat au Tourisme et le Conseil Supérieur (français) de l'Oenotourisme ont annoncé la liste des sites ou circuits oenotouristiques labellisés  "Vignobles et Découvertes", en cette toute première promotion.

En Beaujolais, la destination "Beaujolais des Pierres Dorées".

En Bourgogne, la Colline de Montrachet, la Colline de Corton et  Dijon - Côtes de Nuits.

A Cognac, "Le vignoble de Cognac".

En Loire, La Vallée du Layon, la Vallée du Loir et la Vallée de la Loire Chinon - Bourgueil - Azay.

En Rhône, le projet "Vallée du Rhône Crussol Côtes du Rhône".

Dans le Sud-Ouest, le Pays des Bastides et vignoble du Gaillac.

Pas de label cette année pour la Provence, l'Alsace, la Champagne, la Savoie, le Centre-Loire, le Jura ni le Languedoc-Roussillon.

15 octobre 2010

A propos des Corbières

Sur le blog des 5 du Vin, ici mon confrère et ami Michel Smith nous offrait hier une très belle chronique sur le Cru Montpeyroux.

Si je partage globalement son analyse sur la qualité et l'antériorité de ce cru (d'autant que j'ai eu l'occasion de déguster chez Sylvain Fadat en la compagnie de Michel), j'émets quelques réserves sur une petite phrase: celle où Michel, emporté par sa verve, nous parle "des vins à la qualité aussi évidente que Faugères, Corbières ou Minervois".

Pour Corbières, notamment, je mets un petit bémol.

Pour moi, s'il y a une appellation fourre-tout, c'est bien celle-là. Promue AOC en 1985, Corbières est ce que j'appellerai une AOS - Appellation d'Origine Syndicale, voulue par "la base", les coopérateurs; et la base, à cette époque, ne manquait pas de relais en haut lieu. Il ne fallait pas désespérer Billancourt, certes; mais l'Aude non plus. Quant à l'INAO, elle n'a pas été trop regardante sur les aires classées: au total, 10 cantons, pas loin du tiers de la superficie de l'Aude en terme de territoires communaux, 13.500ha en exploitation, 600.000 hl de production.

decouvertes-corbieres-grands-vins-couleur-nat-L-3.jpegLes Corbières côté terre et côté mer

 

Résultat: 10 ans après, on réfléchissait déjà à morceler ce territoire; on discernait alors 11 terroirs (Alaric, Boutenac, Quéribus, Lagrasse, Sigean...). Les crus se profilaient déjà à l'horizon, alors que l'appellation dans son ensemble avait de la peine à faire vivre ses producteurs. Mais que signifiait-elle au juste? Comment avait-on pu mettre dans le même grand sac un terroir côtier comme celui de Sigean et  une zone d'arrière pays comme le Terménès ou Quéribus? Il fallait toutes les ficelles du marketing  pour justifier ce grand écart. Ecrire "terroirs" avec un grand "s". Il est vrai qu'à l'époque, on ne parlait pas encore d'AOP, ni de son fameux "lien au terroir" (au singulier).

Bref, dès 1985, à mon sens, il y avait  là comme un péché originel, le péché de gourmandise de ceux qui se disent: "Et pourquoi pas moi?"

Alors pour revenir au point de départ, à l'article de Michel, on peut certainement parler des qualités au pluriel (pour les meilleurs), et de la non-qualité (pour le tout venant), mais guère de "qualité Corbières".

Et Dieu sait pourtant que j'aime les bons Corbières: la Cuvée Romain Pauc, de La Voulte Gasparets, la Cuvée Marie Annick de Château Mansenoble, la Cuvée Cairo de Haut Gléon, la Réserve de Lastours, ou même, les cuvées de base de Villemajou et L'Etang des Colombes, dans les bonnes années. Sans oublier, bien sûr, les nectars de la Coop d'Embres et Castelmaure - La Pompadour et la Grande Cuvée.

Mais l'arbre ne peut cacher la forêt. Je me mets au niveau du consommateur: bien sûr, il n'est pas systématiquement volé en achetant son Corbières de hard discount, mais s'il achète parfois en dehors de ce circuit, il doit quand même avoir de la peine à comprendre comment, sous un même nom, on peut trouver des vins d'ambitions si différentes, et surtout si divers, du plus rèche au plus subtil, du plus rond au plus corsé, du plus dilué au plus robuste. Je sais bien que la "mixité" est aujourd'hui louée sous tous les tons, mais là, on est à la limite de l'erreur de casting.

Parfois, je me dis que les VDQS avaient du bon. Il paraît que les Costières de Nîmes envisagent de déclasser une bonne partie de leurs parcelles les moins qualitatives (elles passeraient en IGP), pour repartir du bon pied avec la nouvelle AOP. Voilà sans doute une piste pour les Corbières. Quitte à relancer la piste des Crus pour les zones qui produisent vraiment différent. Mais qui suis-je pour dire à des vignerons ce qu'il convient de faire de leur mention qualitative? Je peux juste dire ce que je pense des vins qui la portent. A chacun sa peine.