09 juillet 2010

La comparaison qui tue

La directrice d'Anivin de France, Valérie Pajotin, vend bien sa nouvelle dénomination "Vins de France". Trop bien, peut-être: elle se flatte de ce que Vins de France va devenir le "Coca-Cola" des vins français. 

Bon, il s'agit pour elle de mettre en avant la régularité des vins - c'est vrai qu'avec Coca, on a rarement de surprise.

Mais c'est bête, moi, ce n'est pas la régularité que je recherche dans le vin.

Je connais même des marketteers chez Coca-Cola qui, dans le huis clos de leur domicile privé, préfèrent le vin, même irrégulier, aux produits maison. J'ai des noms.

"Ouvrez un Coca, ouvrez du bonheur", dit la pub... Je laisse leur bonheur aux big chiefs d'Atlanta,  ainsi qu'à leurs adeptes hexagonaux. Ce bonheur-là manque de relief.

Pauvre France, qui recourt à de telles comparaisons!

00:16 Écrit par Hervé Lalau dans France | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

06 juillet 2010

Hygiénisme, almalgame, autocensure et autres joyeusetés de l'époque

Ma maman lit le Parisien, alors quand je passe chez elle, je le lis aussi.

Dans le numéro du 4 juillet, mon regard a été attiré par un article intitulé "Bientôt une chaîne télé pour le vin!"
C'est le point d'exclamation qui m'a étonné. Je ne pensais pas que l'info était aussi bouleversifiante pour justifier cette interjection. Et puis j'ai lu l'article, où l'auteur faisait mine de s'étonner de la décision du Conseil Supérieur de l'Audiovisuel d'accorder une autorisation à une chaîne de vin (rassurons les ligues de vertu, elle est attribuée à la chaîne qui pratiquera le mieux l'autocensure). Et pour faire bonne mesure, mon confrère justifiait le refus du même CSA vis-à-vis d'Edonys, "coupable" à ses yeux de vouloir organiser des dégustations interactives.


Que cet article fleurait bon la bonne conscience, le convenu!

Mais je n'étais pas au bout de mon écœurement: ce papier était juste une partie d'une œuvre plus vaste, que je n'oserai qualifier du noble titre de dossier, mais qui comprenait un autre article plus étendu sur les ravages du binge drinking, témoignages de jeunes alcoolisés à l'appui.

Ce rapprochement ne m'a pas étonné, il y a belle lurette que les hygiénistes et leurs porte-plumes pratiquent cet amalgame entre alcool et vin. Je me demande simplement à quel type de pression mes collègues de la Grande Presse (je vous fait une promo sur les majuscules) sont soumis au sein des rédactions, pour "oublier" ainsi de recouper l'information; car quoi, une chaîne télé consacrée au vin peut-elle inciter les jeunes au binge drinking? Ont-ils dressé la liste des boissons dont s'imbibent les jeunes et en quelle position arrive le vin? Et notamment le type de vin qu'une chaîne de télé pourrait mettre en avant - à savoir, tout sauf le gros rouge qui tache.

Nos confrères ont-ils noté que la consommation de vin n'arrête pas de chuter en France, ces trente dernières années, et que le binge drinking nous arrive d'Angleterre, pays de bière plus que de vin?

J'aimerais aussi qu'on m'explique la cohérence rédactionnelle entre cette prose et l'article du lendemain: "Les femmes se mettent au cigare", qui traite le sujet de manière beaucoup plus décontractée, voire complice. La croisade hygiéniste souffrirait-elle des exceptions?

Et dire que c'est ce même Parisien pour lequel notre brave FIJEV avait fait une pétition, il y a 4 ans! Il s'agissait de défendre la liberté de la presse, et donc la sienne, alors que le journal venait d'être condamné pour avoir fait l'"apologie" du Champagne. Jugement pour le moins discutable, et qui méritait un recours.
Malgré notre proposition d'assistance, le journal n'a jamais fait appel. Ce qui vaut aux journalistes vineux français de se retrouver dans une situation inconfortable: au yeux des juges, sont-ils encore des journalistes ou de simples auxiliaires de publicité, soumis, en France, à la loi Évin?

Je n'en finirai jamais de m'indigner, moi, le Français expatrié, devant l'inconséquence de nos élites. Dans le pays où je vis, la Belgique, le vin est un plaisir cultivé; je veux dire, un plaisir culturel, et un plaisir qu'on cultive, aussi. Pendant ce temps-là, en France, le pays qui fournit aux Belges le plus gros de leurs importations de vins, le vin est traité dans la presse comme un sujet pornographique. Voire pire, car il y a de bonnes âmes et de bonnes plumes pour s'apitoyer sur le sort des prostituées de Gerland, alors que je n'en vois guère pour défendre notre ex-boisson nationale.

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Buvez du vin, vivez joyeux!

 

Je ne vous apprends rien, évidemment. Mais je crois qu'il est bon de dénoncer le plus souvent possible les dérives prohibitionnistes, qu'elles soient conscientes ou non. Dans le débat actuel, ceux qui ne disent mot consentent, ceux qui ne veulent pas choisir approuvent implicitement. Plus grave encore, quand les journalistes suivent les modes, la pente la plus douce, les soi-disant vérités révélées, et prétendent éduquer le public au nom de valeurs qu'ils ne comprennent même pas, ce n'est pas seulement le vin qui est en danger, mais la démocratie, la liberté de ne pas "penser comme", mais de penser par soi même.

Amaïh Pletszy Glatz!

00:15 Écrit par Hervé Lalau dans France | Lien permanent | Commentaires (2) | | | |