17 septembre 2010

On vendange dans l'Aube

J'y étais hier, je l'ai vu: les vendanges ont commencé dans l'Aube, sur les pinots noirs de la Côte des Bars.

Très belle matière, belle maturité d'ensemble, peu de pourriture, belles grappes.

 

Aubevendanges.jpg

 

Aux Riceys, le 16 septembre 2010 (photo H. Lalau)

 

00:00 Écrit par Hervé Lalau dans Champagne, France | Tags : vin, vignoble, aibe, champagne, vendange | Lien permanent | Commentaires (3) | | | |

14 septembre 2010

Le Président vous parle

Dans sa chronique d’hier, sur le Blog des 5 du Vin, Jacques Berthomeau évoquait la division de la filière vin en France et  ces «17 à 27 Messieurs» qui représentent la «Vigne France» autour de la table du Ministre de l’agriculture. C'est ici.

Sans doute avait-il encore en mémoire la récente sortie des Vignerons Indépendants qui reprochent à Nicolas Sarkozy de ne pas intervenir dans les débats viticoles, et dont je vous entretenais il y a quelques jours sur ce même blog des 5.

Jacques a mille fois raison. Comment le Ministre, le Président et toutes leurs administrations pourraient-ils bien comprendre ce que veut une filière aussi atomisée! Et accessoirement, en tirer des conclusions, une stratégie, une action.

Hervé Président.jpgIl n'a pas un peu la grosse tête, ce Lalau?

 

Mais moi, indécrottable naïf, je me demande aussi ce que ces beaux Messieurs vont faire chez le Ministre.

Il fut une époque où le prix du vin, comme celui du pain, était encadré. Au titre de produit de première nécessité. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Dès lors, que vont donc chercher les représentants de la Vigne France sous les ors de la République? 

Mais... c'est bien sûr! Des arbitrages entre leurs irréconciliables positions!

Entre ceux qui ont la tête dans le cru et ceux qui ne l'ont pas. Entre les vraqueurs et les jardiniers de la vigne. Entre les qualitatifs et les quantitatifs. Entre les paysans et les investisseurs. Entre les  créateurs de valeur et les "aménageurs du territoire".

Entre les nantis et les parias du vin. Entre les coopérateurs et les affairistes. Entre les bankables et les losers. Entre les anciens et les modernes. Entre les illuminés et les désabusés. Entre les "moi-je" et les "si-tous-les-gars-du monde". Entre Reims et La-Ville-Dieu-du-Temple...

Et je ne vous parle pas des ambitions politiciennes, des relents de cuisine électorale, des retours d'ascenseur, des petites compromissions et des grands arrangements.

Pourquoi l'AOC Corbières est-elle si étendue? Pourquoi peut-on assembler rouge et blanc en Champagne et pas ailleurs (ouvertement, du moins). Pourquoi, en Alsace, l'embouteillage doit-il obligatoirement se faire dans les limites administratives de la région (que la zone soit viticole ou non)? Pourquoi, dans toute la France du picrate, les préfets reconduisent-ils si facilement, année après année, les dérogations exceptionnelles en matière de chaptalisation et de réacidification?

Pourquoi, pourquoi, et comment? La faute à qui, d'abord: à ceux qui signent les décrets ou à ceux qui les demandent? La tête me tourne. Que les choses soient claires: il ne faut pas faire porter au ministre ou à l'administration le chapeau des incohérences des vignerons eux-mêmes, alors que l'administration ne fait le plus souvent qu'avaliser des demandes émanant des vignerons ou de leurs représentants. Dernier exemple en date: certains vignerons de Quarts de Chaume demandent de légaliser la cryoextraction - ce sera à l'ODG d'en décider. La cohérence de ce projet avec le prestige d'une AOC qui est parvenue à interdire  en justice l'usage de la mention Chaume Premier Cru ne m'apparaiît guère. Mais quoi qu'il en soit, l'administration n'y est pour rien.

Plus fondamentalement, l'Etat est-il qualifié pour arbitrer conflits et intérêts d'une activité mercantile? Est-ce un Ministre qui doit dire si les plantations doivent être libres (un point qui a déjà été adopté au plan européen, accessoirement)? Est-ce lui qui doit décider du rendement? Du taux de soufre? De la possibilité ou non de mentionner le cépage ou le millésime sur l'étiquette?

A bien y réfléchir, il n’y a guère plus d’intérêt public dans le droit de planter de la vigne que dans le droit de tenir ce blog.

Pourquoi tout ceci ne peut-il être régulé par les professionnels eux-mêmes? Pour autant qu'ils règlent leurs querelles intestines, bien sûr.

Colbert est mort depuis longtemps, mais le Colbertisme a encore de beaux restes. A mon sens, le problème ne vient pas des fonctionnaires: à moins qu’on ne les menace de trop dégraisser le mammouth, eux ne demandent pas mieux que de voir les filières se prendre en main. Non, la dépendance vient d’ailleurs: des «acteurs» eux-mêmes, pour qui l’Etat fait office de "Colonel-Papa", comme dans la chanson d'Higelin. Ou de juge. Ou encore, et c'est bien pratique, de bouc émissaire, lorsque gronde la base.

Et ça ne date pas d'hier: déjà, lors de la crise de 1905, le bon Marcellin Albert prenait le train de Paris pour voir Clemenceau. Le Tigre lui fit de vagues promesses qui, déjà, n'engagaient qui celui qui les écoutait. Et en payant à Marcellin son billet de retour, Clemenceau le déconsidérait aux yeux de la base.

Ah, la base! C’est qu’on a besoin de troupes pour être réélu parmi les 17 ou les 27.

Je sais, Jacques, je caricature. Mais avoue que c’est tentant.

Alors, pour reprendre ton exemple, "si j’étais Président de la République", voilà ce que je dirais aux 17 ou aux 27. Attention, c'est du délire total.

D’abord, je leur rappellerais que la France est un pays d’économie libérale et que le vin ne participe ni des Services Publics ni de la Défense nationale (ou bien très marginalement, au mess des sous-officiers). Et que par conséquent, de telles réunions n’ayant plus de raison d’être, le Salon Murat est appelé à d'autres utilisations. Un conservatoire des nouveaux cépages OGM, par exemple. A moins qu'on y installe une table d'écoutes.

Ensuite, pour ne pas les décourager, je les exhorterais de la sorte: «Enrichissez-vous! Croissez et multipliez! Ou bien faites autre chose». Tout en leur rappelant que si les caisses de l’Etat sont vides, eux sont riches... d'avenir. Et que ce sont les consommateurs qu'il faut convaincre, plutôt que les ministres.

Et puis, la parole étant d’or, je leur promettrais de tout mettre en oeuvre pour promouvoir le vin français au sein du gouvernement et dans les relations internationales. J’irais même jusqu’à racheter des grands vins pour la cave de l’Elysée, et à me montrer en public un verre à la main. Histoire de donner l'exemple. Surtout, je ferais tout ce que je peux pour éviter que l’on brouille l’écoute des Français avec des mauvais procès sur le thème du vin et de la santé (le premier verre est déjà de trop, etc…).

Je prendrais les Français pour des gens responsables (après tout, ils m’auraient élu), qui sauraient modérer leur consommation. Bien sûr, je ferais la part des choses, entre les alcopops, la gnôle et les Grands Crus. J'appliquerais le beau programme de Lussac, celui du candidat Sarkozy, qui a dit de si belles choses à propos du vin-culture, comme le rappelle avec brio l'ami Peyronnet (c'est ici). Ca ne mangerait pas de pain, ça ne coûterait rien au Trésor public.

Enfin, fidèle  à mon engagement libéral, je dirais à ces mêmes producteurs d’aller voir ailleurs si je n’y suis pas, de garder leurs rangs de vignes comme je garde mes circonscriptions. Bref, de se mitonner eux-mêmes leurs plans quinquennaux, leurs feuilles de route et leurs rapports d’étapes.

Chers amis, voilà mon programme, ou plutôt, mon déni de programme. Jacques, je devine qu’il ne te plaira guère. Trop simpliste. Limite Thatcher. Limite journaleux, les phrases longues mais les idées courtes. Limite ce que tu veux. En attendant, je laisse aux shadoks de toutes obédiences le soin de faire dans la subtilité, le politique, le bizantin, l'usine à gaz. Rappelle-toi: d'aucuns disaient que ton rapport n'était pas sérieux parce qu'il était... compréhensible. Mais je n'aurais pas l'outrecuidance de comparer ton travail et mon délire.

Et puis, Jacques, je ne te demande pas de voter pour moi. D’ailleurs, comme Coluche, comme Montand, je retire ma candidature. Dans mon Etat du Moins d'Etat, on passerait de l'hyper-président à l'hypo-président, et j'ai mieux à faire.

Ouf, vous l'avez échappé belle!

00:00 Écrit par Hervé Lalau dans France | Tags : délire, vin, politique, vignoble | Lien permanent | Commentaires (2) | | | |