20 octobre 2010

Le Mas Noir Collection Grand Cru «Moelleux»

Vous prenez un terroir de galets roulés, dans les Grès de Montpellier. Des vieux grenaches, du cinsault et 10% de muscat. Vous laissez passeriller sur souche ou sur fil pendant trois semaines, et vous récoltez fin septembre par tris successifs. Vous ne comptez pas votre peine. Et vous ne cherchez pas le rendement. Surtout, vous ne mutez pas, vous ne filtrez pas.

Et qu’est-ce que vous obtenez ? 10.500 bouteilles d’une sorte d’OVNI viticole. Au nez, c’est super mûr, confit, plein de fruits secs, d’abricot, de figue, de kumquat. Mais en bouche, la douceur s’équilibre de tannins bien présents, et cela reste du vin, presque élégant sous les vagues fruitées qui évoquent presque le porto.

Bref, c'est la Collection Grand Cru du Mas Noir, une bouteille dégustée voici quelques semaines chez IVV.

Comme c'était à l'aveugle, on a pas mal déliré sur l'origine et les cépages - on devinait bien que c'était sudiste. Mais pour le reste! Ça existe, des trucs pareils? Enfin, de guerre lasse, on a enlevé la chaussette noire de la bouteille, et on s'est tous regardés.

C'est pas tout les jours qu'on voit un OVNI. Alors en boire, vous pensez...

00:00 Écrit par Hervé Lalau dans France, Languedoc | Tags : vin, vignoble, languedoc, ovni, dégustation, moelleux, mas noir | Lien permanent | Commentaires (15) | | | |

19 octobre 2010

Il n'y aura plus de poires au Clos du Capoun

Ce message, reçu du réseau Consommer Juste, m'a "interpellé. Il ne parle pas de vin, mais de poires. Il y a cependant un rapport: les chiffres - qui valent souvent mieux qu'un long discours.


Bonjour,

Le verdict est tombé, les fruits se sont vendus cette année, une fois encore, de manière catastrophique, alors que tout était favorable. Il n’y avait pas de marchandise sur le marché et la récolte était faible. Les prix se sont effondrés dès la production cette année!

Pour être concret, les poires Williams vertes, dont le tonnage est passé de 135 tonnes en 2009 à 43 tonnes en 2010, ont été vendues 0,25€ le kilo.

Sur l’ensemble des poires de mon exploitation, je passe de 2009 à 2010
             
de   213 840kg  à  91 668 Kg récoltés
d'un prix moyen vendu   de 0.20€    à 0.1789€ le kilo

La main d’œuvre cueillette/kg, elle, est passé de 0.1619€ à 0.18€
 

Le chiffre d’affaires de 43 913€ à 16 377€
La perte était de 106 628€  en 2009, je ne l'ai pas encore évaluée pour 2010.

Je n’ai pas été longtemps à l’école, ni fait l’ENA mais il est grand temps que je comprenne, comme tous mes amis agriculteurs, que l’on ne veut plus de nous.

La grande distribution affiche toujours des prix insolents dans ses magasins. C’est une insulte pour les agriculteurs! Il y a semaine à Pantin, ville populaire s’il en est, sur trois magasins de la même rue, Ed, Franprix et Leader Price, une seule variété de pomme était française, vendue verte et de petit calibre 65/70 en sachet de 1 Kg 5 à 1,95 €. Les autres variétés venaient d’Italie, d’Espagne, Nouvelle Zélande et de Hollande au même prix de 2,65€ dans les trois magasins, alors que nous produisons les mêmes pommes et qu’elles nous sont achetées à 0,20€.

Le Ministre de l’agriculture sera invité sur France Inter un matin de décembre, comme il l’a été le 17 décembre dernier, pour venir nous redire que la situation est catastrophique, que le revenu des agriculteurs a chuté, mais qu’il va nous aider et qu’il faut relancer les circuits courts. Et surtout qu’il est très préoccupé par la situation!

Mon verger ou moi, la mort dans l’âme il m’a fallu choisir la VIE.

Le 4 Novembre 2010 j’arracherai tout, il n’y aura plus de poiriers sur l’exploitation et pourtant ils ne m’ont rien fait qui méritent la peine capitale.

Mais la sentence est tombée comme un couperet, sans appel.

La famille ne recevra pas les condoléances, ni les fleurs, mais demande à tous les vrais amis de se joindre à elle à Mollégès (13940) à partir de 8H30 au clos du Capoun. Un repas tiré du sac, comme cela se fait chez nous, permettra de nous remémorer les bons moments passés avec le défunt!

Recevez mon Amitié

Pierre

P.S. Merci à tous de faire passer le message au plus grand nombre de vos relations.

 

Volia, c'est fait. Et c'est bien peu. Je n'ai pas de solution à cette crise. Bien sûr, je pourrais vous dire d'acheter des fruits de saison, et de préférence produits près de chez vous, et dans des magasins de proximité (quand ils ne sont pas des succursales de grosses entreprises), ou des circuits courts (quand ils existent).  Comme dans le réseau consommer-juste, en France. Mais ce ne sera certainement pas suffisant pour sauver tous les Pierre en situation difficile - d'ailleurs, pour ses poires, c'est trop tard.


00:05 Écrit par Hervé Lalau dans France | Lien permanent | Commentaires (1) | | | |