16 février 2011

Dans les vignes avec Catherine Bernard

Vendredi, j'ai reçu le livre de Catherine Bernard, "Dans les vignes". Je l'ai lu ce week-end. Cette ex-consoeur y tient la chronique de sa reconversion à la vigne. Chronique lucide, mais pas désabusée. C'est que derrière la passion du vin de Catherine, il y a beaucoup d'humanité. Pas d'effets de style, pas de longues phrases, pas de romanesque, le parler-vrai d'une femme re-née à la vigne.

Alors oui, au-delà du parcours, intéressant, car quasi-initiatique, j'ai aimé le ton, la sincérité. Catherine nous embarque dans son aventure, nous fait partager un peu de son émerveillement: "je trouve déjà inespéré de faire ce que je fais".

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Catherine a réalisé ce que bon nombre d'entre nous aurions aimé faire, passer du côté lumineux de la cuve, faire du vin plutôt que d'en parler. Mais sans avoir l'air d'y toucher, elle nous révèle aussi le dessous des cartes, les petites mesquineries et les grandes illusions du monde viticole. La réalité du terrain. Ses prises de bec, ses coups de blues, ses enthousiasmes, ses découvertes sur le vin et sur elle-même. Il y a comme une pudeur chez Catherine à parler d'elle, à nous de relier les points. Mais à l'inverse, une vraie volonté d'expliquer le métier, de lever le voile sur son vécu de la viticulture au quotidien.

Je ne vais pas vous raconter le livre, mais j'aimerais bien quand même de vous donner l'envie de le lire. Alors voici quelques morceaux choisis:

"Souvent j'aime un vin pour ses défauts, la petite déviance qu'il fait qu'il ne ressemble à aucun autre de son appellation tout en y étant..."

"Le marselan est dans mes vignes comme un sans-papiers, un innommable nommé grenache sur mon casier viticole Je continue à faire comme si le marselan était du grenache, et le marselan continue de passer comme une lettre à la poste au comité de dégustation de l'AOC. Il fut question de l'introduire à l'essai dans l'AOC, mais la demande a été rejetée..."

"Les grandes fiertés de l'INRA sont, à la vigne, les capteurs infrarouges, à la cave la flash détente et l'acidification par voie membranaire, autant de moyens présentés comme une réponse au réchauffement climatique. Comme, en dehors d'un roman de science-fiction, cet arsenal ne fait pas vraiment rêver, le marketing vient remettre un peu de terre et de terroir sur les contre- étiquettes des bouteilles."

 Alors bravo Catherine, bon courage, bon vent et bon vin!

Dans les Vignes, Catherine Bernard, aux éditions du Rouergue, 240 pages.



05:14 Écrit par Hervé Lalau dans France, Languedoc, Vins de tous pays | Tags : vin, vignoble, catherine bernard | Lien permanent | Commentaires (8) | | | |

15 février 2011

Dégoût

Ce matin, la FNSEA a fait part de son «dégoût».

L’objet d’une réaction aussi forte? La campagne d'affiches de France Nature Environnement mettant en cause les dérives de l'agriculture productiviste (OGM, algues vertes). Il est vrai qu’à la veille de la "Grand Messe  paysanne" du Salon de l’Agriculture, ce genre de mise en perspective ne pouvait pas lui plaire. Il n’y a que la vérité qui blesse. Tellement que les syndicats des filières porcines et bovines, Inaporc et Interbev, ont voulu faire interdire la campagne en référé. Ils ont été déboutés.

bonnesvacances_cp.jpgFermer les yeux?

Les porte-paroles de la FNSEA, toujours majoritaire en France, malgré une forte érosion, sont prompts à monter sur leurs grands chevaux - pardon, sur leurs  tracteurs, toujours plus gros, et qui tassent les sols. Le plus surprenant, c’est qu’ils trouvent toujours une oreille complice dans la France nostalgique d'une ruralité disparue.  Et donc dans les médias.

"Touche pas à mon paysan!" Sauf que la paysannerie, comme classe sociale, n’existe plus. Ni son prétendu bon sens paysan, ni même sa prétendue qualité de vie. Quelle bonne blague! Les agriculteurs paient un lourd tribut au cancer professionnel, au même titre que les ouvriers de l'amiante. Ils sont les premières victimes des pesticides qu'ils épandent, comme une affaire récente l'a à nouveau mis en évidence dans la viticulture. Et la FNSEA nous parle de l'agriculteur, "jardinier de la nature!"

Mais de qui ce syndicat censé représenter toute une profession est-il le porte-voix, en vérité? De Marcel Chombier, cultivateur de citrouilles bio à Trifougnette-les-Oliviers? De Soizic Ledantec, gaveuse d'oie Label Rouge à Trebeurmaria? Pas principalement. La FNSEA représenterait plutôt les gros céréaliers et les gros éleveurs. Ce sont eux qui paient le plus de cotisations. Ce sont eux qui ont le pouvoir. Rien de répréhensible à cela: tout le monde a bien le droit de former son lobby; et puis personne n’est obligé d’adhérer, il y a d’autres syndicats, qui représentent d’autres sensibilités. Si Marcel et Soizic s'y trouvent mieux, la porte est grande ouverte.

Mais la FNSEA reste l’interlocuteur privilégié des pouvoirs publics en matière agricole. La meilleure courroie de transmission des initiatives gouvernementales (et en contrepartie, la meilleure pompe à subventions). Aussi ses prises de position ne sont-elles pas anodines. En période pré-électorale, elles pourraient même influencer la politique agricole dans son ensemble.
Et le mot d’ordre aujourd’hui, c’est «fermez les yeux». Et envoyez les violons. Le gros céréalier et le gros éleveur qui jouent au petit chimiste pour encore augmenter leur production "nourrissent la planète" et "contribuent à la balance commerciale française". Bref, ni leurs représentants syndicaux, ni l'Etat ne les poussent à modifier leurs comportements polluants et productivistes. Ils se bornent donc à les habiller de "culture raisonnée", ce qui n'engage à rien. Et à  nier l'évidence. La bonne nouvelle de la semaine: renouant avec la grande tradition chiraquienne, le président Sarkozy inaugurera le 19 février le Salon de l'Agriculture. Pas de risques, à la Porte de Versailles, qu'il glisse sur un tapis d'algues.

Les éleveurs porcins peuvent même se payer le luxe de jouer les vierges effarouchées quand on leur montre l'effet de leurs nitrates sur la Baie de Saint Brieuc. Même le président de la Région Bretagne les soutient en dénonçant "une attaque caricaturale". Son argumentation est imparable: "Un plan a été lancé l'an passé pour le ramassage de ces algues". C'est bien, mais si l'on s'attaquait à la source?

Même réaction outrée du côté de l'Office de Tourisme régional. C'est que les réservations ont à peine commencé. Et puisqu'on vous dit qu'on va tout ramasser... Alors, touche pas à ma Bretagne!

Oubliée, la mort de l'ouvrier qui compostait ces algues à Lantic, en septembre 2009. Et celle du cheval  à Saint Michel en Grève, en juillet de la même année. Certains Bretons ont une mémoire de plus en plus sélective. On espère que ce n'est pas un effet de la laitue de mer.

Alors étonnez vous après ça que le dégoût du porte-parole de la FNSEA... me dégoûte. Les "paysans"  de ce syndicat se grandiraient tellement en reconnaissant leurs erreurs et en y remédiant. Pour eux, pour nous, pour tous. Je ne peux pas croire que tous ses adhérents sont des irresponsables!

 

 

 

21:39 Écrit par Hervé Lalau dans France | Tags : nature, environnement, fnsea, algues vertes, liberté d'expression | Lien permanent | Commentaires (2) | | | |