22 décembre 2010

Un des grands défis de "Bordeaux Demain"

C'est dans le Plan "Bordeaux Demain", rendu public cet été: 

"15 à 20% des vins de Bordeaux ne correspondent pas à un niveau de qualité cible en phase avec le positionnement de la marque". 

Face à cette situation, le Plan fait deux préconisations: 

-Une remontée en gamme de l’offre basique vers le fun ou la migration vers d’autres catégories

-Une suppression des produits aux niveaux de qualité non cohérents avec l'image de marque.

Ce qui va de pair avec la reconversion des entreprises non viables et avec la lutte contre la sous-valorisation du vrac.

Plus facile à dire qu'à faire, mais au moins, le problème est posé sur la table, et bien en évidence.

On le traduira en des termes plus directs, moins marketing: pour convaincre le consommateur d'acheter plus de Bordeaux et plus cher (et avant lui, pour convaincre les grandes surfaces de le référencer), il faudra des arguments valables, pertinents, ostensibles. Que la marque Bordeaux retrouve une cohérence, alors qu'elle est atomisée entrer des milliers de dépositaires...

Pour cela, et plus généralement, pour "relancer la machine Bordeaux", le Plan parle abondamment de nouvelle gouvernance interprofessionnelle. Ce dernier point, on le sait, a suscité la critique de certains vignerons de base. Mais peut-être faut-il laisser au Plan le temps de se mettre en place? Faire crédit aux équipes du CIVB?  

 Plus profondément, le Plan évoque une nouvelle gestion de la filière, une meilleure régulation du marché. C'est séduisant. Bien sûr que les marketeurs de Coca-Cola n'accepteraient jamais que sous leur marque coexistent des produits de qualité aussi hétérogène qu'on en trouve sous la marque Bordeaux. Oui, mais Coca-Cola appartient à ses actionnaires, qui sont indirectement associés à sa réussite via des dividendes, et  qui peuvent sanctionner ses dirigeants en cas de besoin. Alors que Bordeaux... 

Venus des grandes sociétés de pub ou de DMCG, formés à l'école des 4P, des 3M et que sais-je encore, les stratèges des appellations veulent à toute force les considérer comme des marques... qu'elles ne sont pas, faute de contenu homogène, faute d'unanimité dans leur gestion.

Ils tentent de régler ce problème congénital par touches cosmétiques. On leur souhaite bonne chance. Leurs Plans vont certainement dans le bon sens, mais ils ne peuvent guérir tout le malade, ou plutôt tous les malades: les petits, les gros, les coopés, les négociants, les vraqueurs, ceux qui vivent le la vente directe et ceux qui vivent du hard discount ou de l'exportation...

 



 

00:14 Écrit par Hervé Lalau dans Bordeaux, France | Tags : vin, vignoble, négoce, marché | Lien permanent | Commentaires (1) | | | |

21 décembre 2010

L’affaire Pusztai

Les OGM... vaste débat. N'ayant pas la compétence pour le trancher, je m'en remets à d'autres. Régulièrement, je vois fleurir dans les commentaires et dans les blogs des infos rassurantes. Je reste assez sceptique, sans trop pouvoir dire pourquoi.
Non que je réprouve toute forme de progrès, surtout quand il pourrait contribuer à abaisser les doses de pesticides, par exemple. Doses de pesticides dont d'autres commentateurs nous disent qu'elles sont parfaitement sous contrôle, cependant. Bref, tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes puisque la science nous permettra bientôt de résoudre des problèmes qui ne se posent même pas.
Mais trève de persiflage. Je suis tombé par hasard sur une curieuse histoire, celle du Dr Pusztai. Cette histoire démontre, d'une part, que contrairement à une unanimité de façade, tout le monde scientifique ne s'accorde pas  en ce qui concerne l'innocuité des OGM. Mais aussi, et cela me semble au moins aussi grave, comme journaliste, que toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire à l'ère des mass media. Voyez ici

On pourra objecter que ce site a choisi son camp, qu'il n'a rien de neutre. C'est vrai. Les informations qu'il reprend, cependant, émanent des très sérieux Daily Mail et The Guardian, deux quotidiens britanniques de tendances politiques opposées, mais qui se rejoignent sur un point: l'information sur les OGM serait manipulée par ceux qui ont intérêt à nous les vendre, et ce, au plus haut niveau.
D'où ma question toute bête: moi qui n'ai aucune compétence pour juger, je me demande pourquoi, si la technologie est sûre, on aurait besoin de recourir à une telle désinformation. Pourquoi on ne pourrait laisser des voix discordantes s'élever dans le monde scientifique...
Apparemment, en l'espèce, les partisans de Monsanto n'ont pas choisi d'argumenter, de discuter, de remettre en cause tout ou partie de leur travail, quitte à améliorer leur offre (le doute, c'est pourtant important, dans la science). Non, ils se sont arrangés pour que le trublion soit réduit au silence. Pire: ils ont tout fait pour le discréditer. Trente ans de carrière mis aux orties. Orties OGM, sans doute.
Là, on quitte le monde de la recherche pour entrer dans celui des affaires et de la politique. Moi qui n'avait aucun a priori contre Monsanto, je me pose des questions. Je sens comme un vague haut-le-coeur qui monte. J'ai toujours eu une aversion pour tout ce qui ressemble à une théorie du complot, j'ai dû mal à concevoir que des entreprises multinationales nourrissent de noirs desseins contre leurs clients potentiels. Mais là, je ressent comme une gêne. Pardon, un gène.
En France, les faucheurs volontaires de champs OGM ont été jugés, condamnés et abondamment décriés - ne les traite-t-on pas de "facistes verts"? Grâce à eux, pourtant, on a au moins appris une chose: que l'INRA réalisait des tests sur des vignes OGM à Colmar. On n'en avait guère entendu parlé auparavant. 
Sans excuser leurs excès, le black-out qu'on observe sur cette question ne justifie-t-il pas un petit peu de leur activisme? Même s'il convient de garder là aussi notre esprit critique, de ne pas prendre pour argent comptant des peurs qui peuvent devenir irrationnelles, seule une information pluraliste peut nous permettre d'exercer notre libre arbitre. Science sans conscience...